Bonjour, c’est Serge à Genève, où l'on est soulagé d'apprendre que la police a confisqué les casseroles de femmes qui entendaient s'en servir pour faire du bruit. Heidi.news, en effectifs réduits par la grève, a néanmoins dignement couvert les aspects scientifiques de la journée d'hier.

Mais c'est d'autres manifestations dont je vous parle ce matin: celles qui ont secoué Hong Kong cette semaine. Face à plus d'un million de personnes dans la rue, soit un habitant sur sept, les autorités hésitent désormais à adopter rapidement la loi d'extradition vers la Chine.

Serge Michel, Genève,
le 15.06.2019


Ce que les manifestations de Hong Kong nous apprennent de la Chine

Affrontements entre la police et les manifestants de Hong Kong, mercredi 12 juin. AP Photo/Kin Cheung

Aux Etats-Unis, les experts de la Chine se répartissent en deux catégories opposées. Il y a les “panda-huggers” (embrasseurs de pandas) et les “dragon-slayers” (pourfendeurs de dragons). Les premiers estiment que tout ce qui se passe en Chine est pour le mieux, que chaque progrès chinois bénéficie au monde entier et que les problèmes, s’il y en a, sont marginaux. Les seconds estiment que la situation dans le pays est calamiteuse, que la Chine est une menace pour le reste du monde et que les progrès ne sont que poudre aux yeux.

Chez Heidi.news, évidemment, nous visons le juste milieu :-)

D’abord, il faut admettre que les manifestations de cette semaine à Hong Kong sont historiques. La ville a connu les marches de 2003, puis la “révolution des parapluies” en 2014, à chaque fois pour défendre les droits démocratiques d’un territoire qui appartient formellement à la Chine depuis la rétrocession de 1997 mais dans le cadre constitutionnel de la fameuse formule “un pays, deux systèmes”.

Jamais autant de Hongkongais ne sont descendus dans la rue que dimanche 9 et mercredi 12 juin. Ils protestaient contre un projet de loi visant à faciliter l’extradition vers la Chine, ce qui les exposerait aux perversions d’une justice sous contrôle du pouvoir communiste, emprisonnant sur commande avocats, journalistes, mais aussi hommes d’affaires, officiels et parfois simples quidams s’étant exprimés sur les réseaux sociaux.

Cette mobilisation sans précédent s’explique par la peur des Hongkongais de perdre leur liberté, mais aussi leur prospérité si la ville devait voir s’évanouir la sécurité juridique qui rassure tant les investisseurs. Un géant local de l’immobilier a d’ailleurs renoncé cette semaine à un projet à 1,5 milliard de dollars sur l’ancien aéroport de Kai Tak, évoquant la loi d’extradition comme l’une de ses raisons.

Ensuite, il faut reconnaître qu’il y avait un gant de velours autour de la main de fer des autorités dans leur manière de contenir les manifestations. Il y a eu des coups et des blessures, des larmes et un peu de sang, mais pas de mort. “C’est le traumatisme de Tiananmen, estime Basile Zimmermann, directeur de l'Institut Confucius à l'Université de Genève et excellent connaisseur de la Chine. Le gouvernement chinois ne veut plus jamais ça! Comparons-le à des parents peut-être autoritaires et conservateurs, mais qui ne tueront pas leurs enfants”.

Le sinologue de poursuivre: “les dirigeants chinois sont tous des professionnels de la politique. Jamais il ne leur viendra à l’esprit qu’un manifestant énervé pourrait mieux gérer le pays qu’eux-mêmes, mais cela ne les empêchent pas d’écouter ce que dit ce manifestant”.

De fait, dès hier, des voix très proches de la cheffe de l’exécutif hongkongais Carrie Lam se sont élevées pour suggérer de surseoir à l’adoption de la loi. Pour Pékin, outre le besoin de ramener le calme dans les rues de la ville, l’enjeu est évidemment Taïwan. Si la formule “un pays, deux systèmes” devait être rendue caduque à Hong Kong à force d’être grignotée, comment convaincre un jour Taïwan de rejoindre le continent?

Pour nous autres, Européens, la question qui se pose est celle de la confiance. Dans tous les dossiers controversés, de la technologie 5G contrôlée par le géant Huawei aux nouvelles Routes de la soie (one belt, one road), la Chine nous demande de lui faire confiance, de croire en sa bienveillance et au bénéfice partagé de ses initiatives. Est-elle, ce faisant, ouverte au dialogue? Oui, répond Basile Zimmermann, mais pas dans tous les domaines.

En résumé: les dirigeants chinois n’écouteront personne pour savoir comment gérer Hong Kong ou leurs dissidents politiques, car ils considèrent avoir tout compris dans ce domaine. Alors que pour des sujets dans lesquels la Chine estime avoir des lacunes, par exemple la compréhension des phénomènes religieux au Tibet et au Xinjiang, les universités chinoises font volontiers appel à des professeurs comme le Français Vincent Goossaert, spécialiste du taoïsme, ou le Suisse Philippe Borgeaud, historien des religions, et n'hésitent pas à leur confier la formation des élites dirigeantes chinoises.

Alors? Ne la pourfendons pas, ne l’embrassons pas non plus. Tentons plutôt de maintenir le dialogue avec la Chine. Et oui, faisons-lui confiance. En avons-nous le choix?


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Les portes des toilettes au Wacken Open Air, en Allemagne, le plus grand festival heavy metal au monde. Ici en 2013. EPA/Axel Heimken

La guerre des genres aura lieu, dans les toilettes. Où l’on découvre un paradoxe. D’un côté, les inégalités en matière d’accès à l’assainissement touchent surtout les femmes, qui passent 97 milliards d’heures chaque année à trouver un endroit sûr où se soulager. Mais développer les toilettes unisexes pourrait aussi les mettre en danger. Une bataille à fronts renversés pour féministes et adeptes de la théorie du genre. Par Arnaud Robert

Heidi.news (Les Explorations) (FR, Paywall )

Dans l'enfer des normes étatiques. A l’Etivaz, l’indépendance fait loi. Mais quand les autorités s’en mêlent, pour codifier à coups de règlements la manière de vivre et de produire sur l’alpage, l’incompréhension, la colère et le découragement affleurent. Par Camille Andres.

Heidi.news (Les Explorations) (FR, Paywall )

Huit bonnes lectures pour le week-end!

Le NYT s'étonne de la combativité des femmes suisses. "Bien que la Suisse affiche l'un des taux de richesse par adulte les plus élevés au monde, les femmes déplorent la lenteur avec laquelle le pays corrige les inégalités entre les sexes", écrit l'un des plus grands quotidiens du monde dans son reportage sur la grève des femmes, en Suisse.

The New York Times (EN)

Des femmes qui courent, un acte de défi. Les coureuses se battent depuis longtemps pour obtenir la reconnaissance et le statut des coureurs masculins. Rachel Hewitt se demande pourquoi la course à pied ne lui a jamais offert la liberté dont elle avait besoin. D'ailleurs, à deux reprises, un harceleur lui a couru après.

1843 (The Economist) (EN)

L'Iran, coupable idéal mais peu probable. Le scepticisme gagne du terrain sur la version américaine des incendies de pétroliers dans le détroit d'Hormuz. Après les doutes émis par le ministre allemand des affaires étrangères Heiko Maas, le quotidien israélien Haaretz dit tout le mal qu'il pense d'une version américaine "cousue de fil blanc".

Haaretz (EN)

Les enfants sont-ils des projets de développement? Une note de lecture intéressante du livre The Sum of Small Things d'Elizabeth Currid-Halkett. L'idée est que les élites actuelles se distinguent par une multitude de choix peu ostentatoires plutôt par du bling bling. Par exemple: l'éducation de leurs enfants. Dans laquelle les sommes investies par les familles riches ont crû de 300% depuis 1996.

La vie des idées (FR)

De l'or sous l'oreiller. Les enfants, encore. En chaque bambin adorable sommeille un spéculateur cupide. En vingt ans, la pauvre Petite Souris a vu le cours de la dent de lait sous l'oreiller être multiplié par trois - bien davantage que l'inflation.

Vox (EN)

Comment devenir une influenceuse? Une journaliste canadienne veut sa communauté sur Instagram. Elle s'invente une identité, The Pretty Runner, bâtit des mensonges. De fil en aiguille, de vraies personnes s'abonnent à son compte, aiment ses photos, commentent ses publications. Et donnent beaucoup de crédibilité à la fausse coureuse.

La Presse (Canada) (FR)

Mr Bad News Alden Whitman fut responsable de la rubrique nécrologique du New York Times dans les années 1960. Après avoir écrit une belle notice, sa fierté d'auteur était telle que son cœur battait d'impatience de voir mourir la personne en question, afin de voir son chef-d'œuvre imprimé. Le site reprints.longform ressort de bons articles, comme celui-ci de 1966.

Esquire (reprints.longform) (EN)

La vraie Smart City sera africaine. Sénamé Koffi a fabriqué au Togo des imprimantes 3D avec des déchets informatiques. Il est arfhitexte, urbaniste et philosophe. Il réfléchit. Et pense que face à l'émergence de "Smart Cities" dominées par les grandes puissances mondiales, l'Afrique, elle, construira la ville intelligible et durable.

Uzbek & Rica (FR)

Une édition spéciale très commentée. Vous avez été nombreux à réagir à notre édition d'hier du Point du jour, confiée à Gisou van der Goot, doyenne de la faculté des sciences de la vie de l'EPFL, qui n'a pas mâché ses mots. Des commentaires enthousiastes pour la plupart, à l'exception d'un lecteur qui nous accuse d'être beaucoup trop politiquement corrects, de manquer de vision libérale et de prendre tous les hommes pour des cons... ce que je récuse catégoriquement :-) Après une édition du 1er juin faite par Aviel Cahn, le prochain directeur du Grand Théâtre de Genève, nous continuerons à confier de temps en temps Le Point du jour à de fortes personnalités, en plus de nos correspondants dans cinq villes du monde.


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