Bonjour, c’est Alain à Paris où j’ai pris de la distance avec la Berne fédérale en devenant correspondant en France pour les titres de Tamedia.

Heidi.news a pensé que mon regard avait manqué à cette soirée électorale après toutes ces années à l'écran et m'a donc demandé mon point de vue sur les résultats de dimanche. J'ai trouvé ça flatteur mais exagéré car j'ai été suspendu à la RTS toute la journée et j'ai adoré ce qu'ont fait mes anciens collègues. Ils se passent très bien de moi.

Alain Rebetez, Paris
Le 22.10.2019


Dans mon radar

Le théâtre de l'élection du Conseil fédéral. Pour parler claire, la question qui va être au coeur du théâtre jusqu’en décembre, c’est: «Est-ce qu’Ignazio Cassis, élu contre la gauche, conseiller fédéral décevant, doit gicler au bénéfice d’un écolo?» Mais à mon avis ça restera du théâtre. Là, c’est le conservateur soucieux des institutions qui parle: malgré leurs écrasantes victoires électorales, les Verts et les Vert'libéraux ne devraient pas pouvoir obtenir ce siège, car c’est aller contre la formule magique et la stabilité du gouvernement. Pour faire bouger ça, il faut confirmer sur plusieurs élections et ne pas faire élire un conseiller fédéral qui ne serait pas réélu dans quatre ans. Les partis qui pourraient vouloir appuyer les écologistes pour menacer cette stabilité et faire perdre la majorité à la droite, c’est le PS et le PDC. Mais ils n’ont pas intérêt à fragiliser la stabilité de la formule magique, car ça pourrait se retourner contre eux dans quatre, huit ou douze ans. Quand les UDC attaquaient un siège socialiste, ils n’étaient pas pris au sérieux. Là, ils le seraient, et le PS ne veut pas ça. En même temps, je faisais partie de ceux qui disaient que Christoph Blocher n’avait aucune chance d’entrer au Conseil fédéral. Donc je peux me tromper…

24heures.ch (FR, Paywall)

Le Vert dont on va parler. Dans ce contexte de possible siège vert au Conseil fédéral, je parie qu’on va entendre parler de Bernhard Pulver. Il est très respecté, populaire, parle bien français et il vient de Berne, un canton où les Verts et les Vert'libéraux ne sont pas séparés. Il pourrait être le Widmer-Schlumpf de 2019.

Blick (FR)

Rappel des infos qui comptent

Vague ou pic de fièvre. Une vague, un tsunami, on ne sait plus comment appeler ça. L’impressionnant succès des Verts est vraiment hors du commun. A Berne, on est plutôt habitué à analyser des vaguelettes avec une loupe, c’est un travail d’horloger. Avant, c’était plutôt «Ouh la! 2%, il y a une tendance!». Là on parle d’une évolution de 6%, c’est du jamais vu depuis la révolution blochérienne de l’UDC et ses 7% de progression en 1999. Le problème c’est que l’UDC avait réussi à progresser sur quatre élections fédérales. Dernièrement, les Verts, c’était plutôt en dents de scie. Il faudra donc attendre 4 ans pour savoir si c’est un bouleversement historique qui va changer le visage politique de la Suisse ou un pic de fièvre lié à un contexte international et à un été où on n'a parlé que de climat.

RTS (FR)

Le PS rétrécit, se fripe. Dans leur malheur, les socialistes ont de la chance. Leur gros recul en force électorale ne se transforme pas en une énorme perte de sièges. Mais le problème, c'est que le PS recule depuis plusieurs élections. Quand en 2007, il est passé sous les 20% de voix c'était déjà une humiliation. Là, on parle de 16%. C’était le plus grand parti de Suisse quand même! Ils vivent ce que le PDC et le PLR ont vécu. Le PS rétrécit, se fripe. On commente peu cet amoindrissement d’une force politique historique. C’est un peu la version suisse de ce qui s’est passé pour la sociale-démocratie en Europe. Comme c’est la version suisse, c’est moins spectaculaire, mais on assiste au même déclin des grands partis au bénéfice d’outsiders en dehors du système.

La gauche mitigée. Le but de la gauche était de casser la majorité de droite UDC/PLR au National. C’est fait. Christian Levrat, le président du Parti socialiste suisse, voulait ça, il devrait sabler le champagne. Mais non, on le sentait très préoccupé dimanche. La débâcle du PS gâche la fête. J’ai eu un proche d’Alain Berset au téléphone, il a souffert toute la journée de dimanche. Pour quelqu’un de gauche, pour quelqu'un pour qui le PS signifie quelque chose, c’est un bonheur très mitigé que ce changement de majorité parlementaire.

24heures.ch (FR)

Les seigneurs de la défaite. A chaque votation, ses grandes victimes. Cette année, c’est Jean-François Rime et Hans-Ulrich Bigler, le président et le directeur de la très puissante et politiquement omniprésente Union suisse des arts et métiers, éjectés du parlement alors que personne ne s’y attendait. Encore un symbole du dégagisme, d’autant que derrière eux, l’UDC romande avec l'éviction d'Yvan Perrin prend un petit coup de balais.

Tribune de Genève (FR, Paywall)

Sur Heidi.news aujourd’hui

Un sanctuaire en Amazonie reprend vie en 3D. Entreprise spécialisée dans la production d’œuvres pour des artistes contemporains, Factum Arte a recréé un facsimile du site tel qu’il était avant la destruction grâce à ses technologies d’acquisition de données et d’impression 3D. Les représentants des peuples du Xingu ont reçu ce week-end à Madrid cette copie quasi parfaite.

Heidi.news (FR)

6 fois plus de rougeole cette année. Deux décès liés au virus ont été recensés en Suisse depuis le début de l’année. Sur la même période, 45 personnes (21% des cas déclarés) ont dû être hospitalisées en Suisse; une pneumonie a été diagnostiquée dans 16 cas (7%) et une méningite dans un cas (0.5%).

Heidi.news (FR)

«La 5G ne pose pas les bonnes questions». Le Suisse Serge Willenegger, ancien senior vice president du spécialiste américain des technologies mobiles Qualcomm, porte un regard critique sur la 5G et ses enjeux géopolitiques et sociaux. Selon lui, la révolution technologique de la convergence entre information et télécoms a déjà eu lieu avec la 3G et la 4G. Et il nous appartient désormais de poser collectivement la question du sens de cette convergence pour la société. Entretien.

Heidi.news (FR)

La communauté scientifique doit réformer ses pratiques. Pour Pierre Vandergheynst, professeur au Laboratoire de traitement des signaux et Vice-président pour l’éducation à l’EPFL, le processus d’évaluation par les pairs, ou peer review, connaît d’inquiétantes dérives: manque de temps, manque de reconnaissance des experts, rapports bâclés…. Dans une tribune, il en appelle à la communauté scientifique pour qu’elle réforme sans attendre ses pratiques et ses valeurs.

Heidi.news (FR)

Bien vu

ALESSANDRO DELLA VALLE/KEYSTONE

Cette année, il y a eu deux manifestations d’ampleur colossale. C’était celle de la grève des femmes avant l’été et la marche pour le climat à Berne. Là, c’était du jamais vu, les gens ne pouvaient plus sortir de la gare. Eh bien ces deux combats sont les deux vainqueurs des élections. Ce qui s’exprime dans ces résultats, c’est ce qui s’est exprimé dans la rue, c’était donc quelque chose de profond.


Le média sur les sciences, la santé et l'innovation

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Le caca a mauvaise presse. Il est pourtant au cœur d’une bataille économique mondiale et d’une révolution technologique et culturelle dont Genève est l’épicentre. Une enquête autour du monde, signée Arnaud Robert. Découvrez sur notre boutique en ligne les Revues des Explorations de Heidi.news, parues et en pré-commande.


Mes raisons d’espérer

Un parlement qui compte. Vu de France, cette élection n’a pas suscité grand intérêt. Pratiquement aucun article avant. Quelques petits titres sur la vague verte après. Il faut bien avouer que si on m’avait demandé les enjeux du vote, en quoi il allait changer les choses, j’aurais été en difficulté pour enthousiasmer les foules. On est bien loin de l’hystérie française où chaque alternance est une révolution (même si Macron est en train de passablement changer ça). Mais ça ne me fait pas pour autant perdre ma passion pour la politique suisse. En France, je suis choqué par la faiblesse de la majorité parlementaire qui doit demander la permission du président pour ne serait-ce que déposer un amendement. Comme un coureur du Tour de France qu’on laisserait sortir du peloton car il n’est pas menaçant. Je suis encore dans la peau du Suisse qui se dit que notre système n’est pas si mal. Certes ces élections ne vont pas révolutionner le paysage politique. Il y a même peu de chances qu’elles changent le visage du gouvernement. Mais notre parlement a du pouvoir, il travaille et lui il change un peu.

Libération (FR)

Changer l’ambiance à Berne. Il n’y aura jamais eu autant de femmes et autant de jeunes sous la coupole. C’est beau. On surmonte une sorte d’hémiplégie de la représentation politique. Ces femmes qui remplacent des Bigler, ces Rambo brutaux de la politique, vont changer l’ambiance à Berne. Ça vient un peu tard mais ça vient enfin, il faut se rappeler que la Suisse était un des derniers pays occidentaux à donner le droit de vote aux femmes.

RTS (FR)

Ça pourrait vous étonner

L'UDC dénonce le populisme. Un truc qui m’a beaucoup fait rire, c’est d’entendre en fin d’après-midi, quand ils remarquaient que leur camp allait perdre beaucoup de sièges, des vieux de la vieille de l’UDC comme Oskar Freysinger ou Albert Rösti expliquer que c’était les médias qui avaient fait ce résultat en décidant de ne parler que du climat. Il y a quatre ans, les médias ne parlaient que de la crise migratoire et l’UDC gagnait, mais là c’était pas grâce à eux mais malgré eux. C’est un peu comme s'ils dénonçaient le populisme. C’était trop drôle de les entendre se plaindre d’un électorat manipulé par un débat réducteur qui empêche d’aborder le reste des questions.

RTS (FR)

Si vous avez encore le temps

Au-delà des tsunamis. Dans l’actualité récente, la dernière lecture qui m’a marqué, c’est celle de «Capital et idéologie» de Thomas Piketty. Le lien avec cette élection, c’est que comme le montre Piketty, la politique, c’est une appréhension de la totalité des problèmes. Ce livre extrêmement puissant analyse toutes les inégalités et montre comment elles sont liées entre elles, ce qu’on oublie un peu avec l’urgence climatique. La politique, c'est prendre en compte tous les aspects de la situation, aller au-delà des slogans, des vagues et des tsunamis qui emportent tout (y compris le PS en Suisse). Croire qu’il suffit de «certaines mesures faciles» pour régler le problème climatique, c’est oublier ça. Les gilets jaunes l’ont bien montré.

Payot (FR)

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le Point du jour de lundi

Bonne journée!

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