Bonjour, c’est Lionel à Lausanne, où je poursuis mes errances vaudoises, de retour après 10 ans dans la ville où je suis né et où j’ai passé la plus grande partie de ma vie d’adulte.

Au menu ce matin: les Houthis qui entrent dans la danse, les deniers de Donald Trump qui fructifient et des jeunes qui vieillissent trop vite.

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Lionel Pousaz à Lausanne
24.07.2026

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Les infos que j'ai retenues pour vous

Frappes des Houthis sur deux pétroliers en mer Rouge. Les alliés chiites de Téhéran ont lancé hier une attaque contre deux bâtiments saoudiens. De quoi étrangler plus encore les chaînes d’approvisionnement mondiales en pétrole, mais aussi faire craindre un élargissement du front de la guerre entre l’Iran et les Etats-Unis. Donald Trump a tenu l’Iran pour responsable des frappes commises par les Houthis et menacé les deux acteurs d’une «punition militaire majeure» en représailles.

Associated Press (EN)

La Gironde dans les flammes. 8800 évacuations étaient en cours hier aux abords du bassin d’Arcachon, où un incendie, déclaré mercredi mais désormais «contenu» selon les autorités, a ravagé plus de 4800 hectares en moins d’une journée. Au total, 20’000 personnes ont été évacuées dans la région. Un autre incendie, qui s’est déclaré jeudi à Biscarosse dans les Landes, a déjà parcouru 1200 hectares et entraîné l’évacuation de 5000 personnes, a indiqué la préfecture. Depuis le début 2026, 44’000 hectares ont brûlé en France, soit déjà plus que le total de l’année 2022.

France Info (FR)

Nouvelle salve de droits de douane américains contre plus de 80 pays. A compter de vendredi minuit (6h01 plus exactement en Suisse), plus de 80 pays verront des droits de douane de 10% ou 12,5% s’appliquer à un certain nombre de leurs produits entrant aux Etats-Unis. Ils prendront le relais des droits de douane de 10% imposés en février dernier et qui arriveront à échéance à la même heure. Avant même leur entrée en vigueur, l’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande ont vivement dénoncé ces nouvelles barrières tarifaires.

The Guardian (EN)

Il est temps de raconter le monde

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Ca m'est arrivé cette semaine (et aussi il y a sept ans)

Sept ans plus tard, je retrouve VFS Global. Cette entreprise helvético-émiratie sous-traite les démarches d’octroi de visa pour plusieurs dizaines de pays. Mais surtout, il s’agit d’une société aux méthodes discutables qui, je l’ai appris avec déplaisir, a décroché il y a peu un contrat avec les autorités suisses.

Retour en 2019. Nous sommes invités à un mariage au Royaume-Uni. Samira ne dispose à l’époque que d’un passeport iranien. Plusieurs fois, je l’ai vue écraser une larme de frustration ou de colère face aux humiliations byzantines infligées aux ressortissants de seconde zone en quête de visa. Et donc, je me propose pour faire les démarches. Une expérience révélatrice, pour un citoyen suisse habitué à voir les barrières des gardes-frontières se lever d’elles-mêmes. Je vous passe les innombrables documents à rassembler, garanties de solvabilité, lettres de recommandation et exigences tatillonnes. Ca nous ferait un roman, mais il serait assommant.

Je commence ma quête sur le portail des autorités britanniques, lequel me renvoie sur le site d’un prestataire externe, un certain VFS Global. Je ne m’aperçois d’ailleurs pas tout de suite que j’ai quitté la plateforme du gouvernement. D’entrée, le flou est entretenu. Cette société fait notamment son beurre sur des services dits «à valeur ajoutée» — coursiers, suivi de la demande et diverses prises en charge facturées plusieurs centaines de dollars.

Je progresse dans le formulaire en ligne et j’en ai, de mémoire, pour un peu plus de 400 dollars de facture en sélectionnant des options bon marché (était-ce pour un coursier? Je ne m’en souviens pas). Pas moyen de s’en défaire, alors qu’aucune d’elles n’est obligatoire. La présentation et le libellé ambigus laissent entendre qu’elles sont nécessaires, voire qu’en optant pour les plus coûteuses, j’optimiserai mes chances de succès ou accélérerai le traitement de ma requête. Il me semblait pourtant que les frais pour un visa touristique en Angleterre ne se montaient qu’à une centaine de dollars seulement…

Persuadé que j’ai raté un coche, je reprends les démarches à zéro. C’est reparti pour, au bas mot, 45 minutes de clics fastidieux sur une interface paralytique. Le passage d’une page à l’autre prend des siècles, les champs du formulaire semblent conçus pour dysfonctionner, le copier-coller ne fonctionne pas, et nulle part je ne peux décocher l’option à 400 dollars et des poussières. Arrivé au moment de passer à la caisse et toujours frappé de l’exorbitante facture, je reprendrai trois ou quatre fois la procédure entière, sans succès. On voudrait m’avoir à l’usure, après avoir aussi essayé de se foutre de moi, qu’on ne ferait pas autrement.

Sur les forums internet, la plupart des requérants sont d’ailleurs convaincus que ces services sont des frais de procédure perçus par le gouvernement britannique. Après une bonne heure à écumer Reddit, je finis par trouver la solution — je ne m’en souviens plus pour sûr, mais de mémoire, c’était une petite case bien cachée et très, très mal libellée, à décocher en toute fin de processus.

Mon expérience se reflète dans une enquête publiée en mai dernier par le consortium Lighthouse Reports, en collaboration avec Le Monde, Politico et Semafor, entre autres. Les journalistes ont notamment mis la main sur des rapports déposés à la Commission européenne par plusieurs Etats membres, lesquels relèvent de la part de VFS Global une «pression excessive pour promouvoir [les] services complémentaires» ou un caractère optionnel «pas du tout clair». Un document suédois observe qu’il n’est «pas toujours explicite que les services à valeur ajoutée (VAS) sont optionnels». Je vous passe les autres pratiques problématiques de l’entreprise: le lien vers l’enquête se trouve ci-dessous.

Mon épouse a depuis obtenu la nationalité suisse. Et j’ai eu la naïveté de penser que ces affres étaient derrière nous. VFS, continue ton juteux business sur le dos des citoyens des pays en développement, elle ne fait plus partie du club, hasta la vista! Hélas, le destin en a décidé autrement.

En mars, nous devions nous retrouver avec mes beaux-parents iraniens à Oman. Ils auraient dû revoir leur fille et leur petite fille, pour la première fois en deux ans, et faire connaissance avec leur nouvelle petite-fille de 6 mois. Pourquoi Oman? C’est qu’il n’est pas question pour Samira de remettre les pieds en Iran depuis le meurtre de Mahsa Amini, surtout en tant que résidente aux Etats-Unis, et pas possible pour son père et sa mère de nous rendre visite, le locataire de la Maison-Blanche ayant prononcé un bannissement quasi total des citoyens iraniens. Hélas, ce même locataire aura aussi décidé de lancer une guerre contre l’Iran quelques semaines avant notre voyage.

Qu’à cela ne tienne, nous essaierons de nous retrouver en Suisse! Début juillet, quelques jours après notre arrivée au pays, l’Ambassade helvétique à Téhéran reprend ses services de visa, interrompus au plus fort de la guerre. Samira guette ce moment depuis des semaines sur le site de l’administration suisse. Et de cliquer sur un lien pour se retrouver sur… Le site de VFS Global, bien sûr.

Cette fois-ci, pas de forcing commercial. La société a-t-elle revu ses pratiques après sa récente rincée médiatique? Agit-elle de manière différente selon les pays mandataires? Quoi qu’il en soit, un rendez-vous est aussitôt réservé le 22 juillet. Un numéro de confirmation atterrit dans notre boîte email, nous avons 48 heures pour nous acquitter des frais. Ma femme s’empresse de payer et, là… notre réservation est annulée. Aucune raison n’est invoquée. L’email et le téléphone de la société restent muets à nos tentatives de contact. L’Ambassade suisse de Téhéran, où je parviens à contacter une employée après des dizaines d’appels infructueux, nous renvoie bien sûr à VFS Global.

Face à ce déni de transparence, on ne peut s’empêcher de se demander si un autre traitement nous aurait été réservé en l’échange d’une souscription à leurs services «à valeur ajoutée» (une boîte de chocolats? Un cirage de pompe au gras de baleine?). C’est là un autre aspect vicieux du système. Je ne serais pas étonné que leur fonds de commerce repose aussi sur cette crainte, qu’elle soit ou non fondée en pratique.

Ce ne sont pas des vacances estivales qui sont en jeu. Ceux qui doivent se battre pour obtenir un visa le font souvent, comme nous, pour réunir le temps de quelques semaines une famille séparée par la guerre, une dictature meurtrière ou la bêtise crasse d’un président orange. Des histoires comme la nôtre, j’en aurais des dizaines à vous raconter, à force de fréquenter la diaspora iranienne. Il y a quelque chose d’éminemment cynique à sous-traiter le destin fragile et parfois tragique de ces personnes à un prestataire opaque, aux objectifs éminemment lucratifs (le fonds américain Blackrock est d’ailleurs entré au capital de VFS). Au gouvernement de mon pays, client de VFS depuis 2025, j’aimerais faire part de ma déception.

Lighthouse Reports (EN)

Mon labo américain

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Keystone / AP Photo / Mark Humphrey

Les sous du Donald. En 2017, quand le président américain effectuait son premier mandat, ses revenus se montaient à 594 millions de dollars. En 2025, ils dépassaient largement les deux milliards. La principale cause de son enrichissement relève d’un domaine dans lequel il exerce une influence considérable en tant que chef de l’exécutif: les cryptomonnaies. Que ce soit à travers son entreprise World Liberty Financial (799 millions de dollars de revenus) ou l’émission des $TRUMP memecoins (636 millions de dollars de revenus), le locataire de la Maison-Blanche a vu sa fortune personnelle exploser, en grande partie parce qu’il a promis de libéraliser le secteur. De là à crier au conflit d’intérêts…

New York Times (EN)

L’accord nucléaire entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. Donald Trump annonçait mercredi vouloir fournir une assistance au Royaume pour qu’il puisse produire son propre uranium. Des entreprises américaines seraient chargées de construire l’infrastructure nécessaire et de superviser les activités d’enrichissement de l’uranium. Mais, surtout, Washington renoncerait à requérir des inspections de la part de l’Agence internationale de l’énergie atomique, notamment pour attester de l’usage pacifique des matières fissiles. On peut craindre de fournir ainsi un motif de plus à l’Iran pour se pourvoir de la bombe. D’autant que le prince héritier Mohammed ben Salmane a évoqué, par le passé, l’idée de s’en munir si la République islamique en faisait autant. Le président américain a-t-il réuni les conditions pour une course à l’arme nucléaire au Moyen-Orient?

The Guardian (EN)

Ces jeunes qui vieillissent trop vite. Une étude américaine, parue dans Nature Medicine, pourrait avoir trouvé une partie de l’explication à la hausse de cas de cancer chez les moins de 50 ans: ils vieilliraient plus vite que la génération précédente. Une interprétation séduisante, le cancer étant typiquement une maladie de l’âge. Pour parvenir à cette curieuse (et inquiétante) conclusion, les scientifiques ont mesuré dans des cohortes britanniques et étasuniennes l’âge de milliers de personnes. Des tests qui reposent sur divers biomarqueurs de l’âge, comme PhenoAge, la méthode Klemera-Doubal ou un score métabolomique. Par rapport à leurs aînés, l’âge «systémique» des jeunes serait ainsi associé à un risque accru de 8% des tumeurs malignes des poumons, des intestins ou de l’utérus.

Washington University (EN)

Une raison d'espérer

La ville qui a banni les affiches publicitaires. Je l’avoue, sitôt passée la frontière française, je suis pris d’un choc esthétique face aux énormes affiches des hypermarchés. Des étendards de la laideur ordinaire, des fanions de l’abjection, des verrues sur un pays par ailleurs si beau. Au point que les affiches Hyper U et Casino sont devenues, pour moi, le symbole de la mocheté hexagonale. Et de me réjouir à la lecture de cet article sur la lutte de Grenoble contre la pollution visuelle. Voici un peu plus de 10 ans que la ville est devenue la première en Europe à bannir ces furoncles du grand commerce, apprends-je, moi qui n’ai jamais mis les pieds là-bas. Bravo Grenoble!

Reasons to be Cheerful (EN)
En direct de la Trumposphère
«Escarmouche»

La politique, on le sait, c’est une histoire de mots et de cadrage. De la com’. On minimise, on désamorce avec de petits mots et on prend un peu ses désirs pour de la réalité.

Revenons donc à mercredi où Donald Trump donnait un meeting en Géorgie. Les Iraniens, qui savent à quel point le président américain désespère de se sortir du bourbier dans lequel il a lui-même mis les pieds, ont certainement apprécié le discours:

«Cette escarmouche que nous avons avec la République islamique d’Iran, et je l’appelle ainsi, car laissez-moi vous dire, ils sont frappés si durement qu’ils veulent conclure un accord. Je dis qu’ils ne sont pas prêts… Ils ne sont pas prêts, ils le seront très bientôt.»

Votre correspondant. Journaliste et communicateur scientifique, procrastinateur professionnel, je fais tout à la dernière minute. Cet autoportrait bâclé ne fait pas exception, aussi mal écrit que la lettre de recommandation de mon père pour faire venir mes beaux-parents en Suisse.

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