Bonjour, c’est Stéphany à Genève, où le soleil nous invite à lever le nez de nos smartphones – après avoir lu ce Point du Jour – pour profiter des bords du lac et aller acheter des légumes de saison au marché.

Bref, une journée idéale pour prendre soin de soi et faire de la prévention, à l'heure où le bon vieil adage «Mieux vaut prévenir que guérir» semble avoir sacrément du plomb dans l’aile...

Stéphany Gardier, Genève,
le 08 juin 2019


Cette semaine s’est tenu à Chicago le congrès de l’American Society of Clinical Oncology (l’ASCO), la grand-messe internationale de la cancérologie qui attire des dizaines de milliers de médecins et de scientifiques - 40'000 cette année. Même si vous n’êtes pas médecin, je suis certaine que vous en avez entendu parler: au TJ, en lisant le journal ou sur Heidi.news.

Depuis plusieurs années, l’oncologie est devenue médiatique: le sujet est «concernant» comme on dit dans les rédactions. Les cancers – il en existe des milliers – tuent encore 17'000 Suisses par an.

Mais surtout, le monde de l’oncologie a connu depuis le début des années 2010 une révolution, celle de l’immunothérapie et des thérapies ciblées. Certains cancers, dont le pronostic était jusqu’ici très mauvais, peuvent aujourd’hui être maîtrisés, faute d’être encore guéris, pendant des mois voire des années.

Formidable!

Mais ces traitements sont aussi très coûteux: plusieurs dizaines de milliers de francs au moins, pour des durées indéterminées et sans certitude de résultat. Toute la question est de savoir si les systèmes de santé étatiques auront les moyens de rembourser aux citoyens ces nouvelles thérapies si prometteuses, et sous quelles conditions.

Dans ce contexte, on ne peut que s’étonner de certaines discussions qui se sont tenues, ici à Genève, la semaine passée, lors d’un autre grand raout, la 72e World Health Assembly de l’OMS, où plus de 4000 participants ont planché sur différentes résolutions.

L’une d'entre elles demandait une meilleure transparence sur le coût et le prix des traitements. Elle a été l’objet d’âpres négociations pour la rendre moins contraignante pour l’industrie pharmaceutique. Manoeuvres pour le moins étranges de la part d'États qui dénoncent le hold-up des multinationales du médicament, qui sont cependant des fleurons de leurs économies…

Et la prévention dans tout cela me direz-vous? J’y viens!

Les maladies cardiovasculaires (AVC, insuffisance cardiaque...), métaboliques (obésité, diabète...), et les cancers sont devenus la première cause de mortalité dans le monde. En Afrique, désormais le diabète tue presque autant que le paludisme. Reconnues comme urgence sanitaire mondiale par l’OMS, ces maladies doivent faire l’objet de mesures spécifiques pour réduire leur incidence et leur impact sur la mortalité. C’est un des Objectifs de Développement Durable sur lequel se sont engagés les États membres des Nations unies pour 2030.

Mais concrètement, que se passe-t-il?

Et bien comme l’ont avéré les experts réunis à Genève à la WHA: pas grand-chose.

Pourtant, faire de la prévention est la manière la plus simple et la plus efficace d’assurer une meilleure santé aux citoyens et un avenir aux systèmes de santé. Il y a quelques années, l’Institut national français du cancer rappelait dans une campagne de communication que «4 cancers sur 10 sont évitables». La recette est simple: mangez mieux, buvez moins, arrêtez de fumer et bougez-vous si vous voulez réduire votre risque de cancers.

Soit.

Mais quelle responsabilité les Etats prennent-ils dans ces 40% de cancers évitables? En ciblant l’individu comme seul garant de sa bonne santé, on oublie un peu vite que c’est le législateur qui dispose d'outils puissants de régulation concernant les facteurs de risques tels que l’alcool, les produits ultra-transformés (trop riches en sucres, sel et gras), le tabac, etc.

C’est à l'État de permettre à ses citoyens de manger mieux, bouger plus et s’intoxiquer moins. Or la frilosité des gouvernements pour mettre en place des mesures simples, dont l’efficacité a été prouvée scientifiquement (taxe sur le sucre, paquet de tabac neutre, Nutriscore…), et qui pourraient bénéficier aux citoyens et aux finances publiques, soulignent une triste évidence: la prévention ne rapporte rien aux entreprises, elle est un caillou dans la botte de sept lieues des géants de la pharma, de l'agro-alimentaire, du tabac etc.

En résumé: il faut se réjouir de voir les scientifiques mettre au point des thérapies de pointe dans la lutte contre le cancer. Il ne faudrait pas que ces avancées scientifiques deviennent un miroir aux alouettes, pour légitimer des politiques de santé qui auraient l’ambition de «guérir sans prévenir».


Sur Heidi.news

Guillaume Mégevand pour Heidi.news

La recette de l’Etivaz vue par un expert de la gouvernance. Pour comprendre cette success story fromagère, nous avons confronté un directeur académique à l’Insead et Jacques Henchoz, président d’honneur de la coopérative. Et la théorie confirme la pratique...

Heidi.news (FR)

Epidémie d’Ebola: le vaccin est impuissant face à la violence en RDC. L’épidémie d’Ebola qui sévit depuis dix mois en République démocratique du Congo ne faiblit pas. Le cap des 2000 personnes infectées a été passé le 4 juin. Plus de 1350 sont décédées.

Heidi.news (FR)

Les dollars pleuvent et les hashtags fusent: bienvenue dans le caca-business. Où l’on découvre que si Bill Gates n’a pas encore réussi à nous faire tous changer de comportement en matière de défécation, il a déjà mis en ébullition tout un monde de chercheurs et d’entreprises, qui se battent pour son argent, son attention et surtout, pour les marchés de demain

Heidi.news (FR)

11 000 dollars par jour pour les WC, l'usage privé de l'ISS se paiera au prix fort. A compter de 2020, la Station spatiale internationale (ISS) pourra faire l’objet d’une utilisation commerciale, a annoncé ce vendredi la Nasa. L’agence espère ainsi faire rentrer du cash, qui manque cruellement, notamment pour financer son retour sur la Lune.

Heidi.news (FR)

Greffe fécale à Lausanne: comment les selles peuvent soigner. Lorsqu’une personne est en bonne santé, ses selles le sont aussi, au point de pouvoir obtenir le statut de médicament par Swissmedic. Le 23 mai dernier, une équipe du CHUV a réalisé une transplantation du microbiote fécale, à laquelle Heidi.news a pu assister.

Heidi.news (FR)

Des bonnes lectures

Food Politics Marion Nestle est une biologiste américaine, spécialiste en nutrition et santé publique. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages sur l’industrie agroalimentaire, dont Food Politics - How the food industry influences nutrition and health publié en 2002 et qui a rencontré un grand succès. Sur son blog, elle continue de décortiquer les stratégies marketing de l’agro-alimentaire et les politiques publiques en matière d’agriculture, d’alimentation et de santé.

Le blog de Marion Nestle (EN)

Le discours-testament d'Angela Merkel Le 30 mai, la chancelière allemande délivrait un discours aux étudiants de Harvard. Le Temps a eu la bonne idée de traduire ce texte, un puissant appel à résister à l’obscurantisme, en forme de testament politique.

Le Temps (FR)

«On rêve du Moyen-Âge car on est angoissé par notre avenir» Voici une intéressante interview de l'historien William Blanc sur le «médiévalisme», cette fascination – parfois un peu réactionnaire - pour le Moyen-Âge, qui s'oppose à l'Antiquité «moderne» vantée par les Lumières. L'historien fait le lien avec l'univers développé par Tolkien (l'auteur du Seigneur des anneaux) qui s'en inspire pour critiquer la modernité, l’industrie, le scientisme. «C’est l’utopie de Tolkien: un pays rural habité par des personnes qui respectent la nature et où il n’y a pas de pouvoir politique constitué».

Usbek & Rica (FR)

Talon haut, l'histoire d'un objet iconique et sanglant Le talon haut est tout à la fois un objet de pouvoir, de désir et de souffrance, d'asservissement et parfois de libération. Une journaliste américaine raconte cette histoire méconnue.

Paste Magazine (EN)

Populism can be beaten back by libraries. Really Le titre est un brin réducteur mais l'article est intéressant. Face à l'entre-soi, il est fondamental d'investir dans les infrastructures sociales partagées (bibliothèques, parcs publics, équipements sportifs...), explique le sociologue américain Eric Klinenberg. Pour lutter contre les inégalités et redonner du sens au mot «commun».

The Economist (EN)

Portrait du père de Tom Sawyer en investisseur Mark Twain devint un écrivain populaire grâce aux aventures de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn à la fin du XIXe siècle. Mais il fut aussi un investisseur qui connut l'échec et le succès, souvent cynique, qui ne rechigna pas à placer son argent dans des compagnies peu recommandables. Comme United Fruit, un géant de la banane dont les pratiques hautement contestables inspirèrent l'expression «république bananière».

Center For Mark Twain Studies (EN)

Bon week-end!

b696e884-f624-429e-91a6-1af20f5cf9e3.png

Chemin de La Mousse 46
1225 Chêne-Bourg
Suisse

Lire le Point du jour de vendredi