Bonjour, c’est Malka à Berlin, où Angela Merkel s’affiche avec un regard fatigué. Même ses tailleurs unis semblent perdre en luminosité. Dans deux ans, elle se retirera de l’arène politique, laissant Poutine et la jeune génération s’entretuer.

En parlant de s’entretuer, je me suis récemment rendue à Tbilissi avec l’objectif d’y manger des phages. Ces virus sont capables d’éradiquer les bactéries les plus tenaces, dont celles devenues multi-résistantes aux antibiotiques. Si vous n’êtes pas au Salève aujourd’hui avec Heidi.news (qui a lancé cette semaine son Flux santé), lisez donc le début de mes aventures!

Malka Gouzer, Berlin
Le 21.09.2019


Comment l’hypocondrie m’a ouvert la porte du journalisme

Le phage seul contre tous. Dessin: Dimitri Procofieff

La porte est discutable, car le journalisme n’est pas un métier qui rayonne de vitalité, mais n’épiloguons pas sur ce sujet fort délicat. Je vous disais donc que c’était grâce à l’hypocondrie, cette névrose somatoforme que le DSM IV peine à définir, que je suis tombée la tête la première dans le journalisme. De fait, les enquêtes, interviews et reportages m’ont toujours semblé être les meilleurs moyens de camoufler ou justifier l’intensité de mes préoccupations personnelles.

Dès qu’une inquiétude me submerge, je me noie dans des recherches et j’appelle des dizaines de représentant éminents de la médecine de pointe sous prétexte de rédiger un article pour Planète Santé.

En 2013, ma rédaction m’a envoyé couvrir une conférence à l’Université de Genève sur les alternatives aux antibiotiques. Je m’y suis rendue en traînant les pieds, ne saisissant pas l’intérêt personnel immédiat que je pouvais en retirer. A la sortie, je bouillonnais d’enthousiasme.

Je venais d’assister à un scénario digne des meilleurs romans de science-fiction. Lorsque Sir Alexander Fleming découvrit les antibiotiques dans les années 1920, il nous mit en garde contre leur usage excessif. Nous ignorâmes ses prophéties afin d’inonder le monde d’antibiotiques. Cette ingurgitation jubilante dura quelques décennies avant que nous réalisassions tous avec effroi que la nature restera toujours plus forte que l’homme.

Plus nous consommons des antibiotiques et en faisons avaler aux animaux que nous mangeons ensuite, plus nous stimulons la résistance des bactéries. Si nous voulons continuer à vivre sans risquer de mourir d’une angine, nous devons impérativement apprendre à cohabiter «naturellement» avec les bactéries. Cesser de les bombarder pour un oui ou pour un non, respecter leur biotope. Ce moyen existe. Il est 100% naturel et biologique et constitué de virus appelés bactériophages.

Depuis ma découverte fracassante à l’université de Genève il y a six ans, je n’ai cessé de donner des leçons de morale à qui voulait bien les entendre. Dès que j’attrapais quelqu’un qui recourait à un usage trop intense d’antibiotiques, je le prenais à l’écart et lui expliquais avec le plus grand sérieux qu’il devrait impérativement changer son comportement. «Il faut vous rendre en Géorgie tout de suite pour recourir à une phagothérapie», lui assénais-je. Car c’est dans le Caucase qu’ont miraculeusement survécu les bactériophages (je sais, on dirait une arme plus dangereuse que les ogives nucléaires).

Personne ne m’a jamais écoutée.

Vint le jour où je me suis moi-même mis à consommer des antibiotiques à la chaîne, pour une sinusite chronique. Je n’avais naturellement nulle intention de me rendre à Tbilissi. Le temps passa. Un matin, alors que je m’aventurais dans l’ancienne imprimerie des éditions Médecine et Hygiène à Chêne-Bourg, qui publient notamment Planète Santé, je tombai sur Serge Michel en train de monter des chaises à roulettes avec une petite clé hexagonale. Une étape obligatoire pour lancer un nouveau média suisse et universel.

Je lui demandai ce qu’il fabriquait ici, au chemin de la Mousse, alors que je l’imaginais ailleurs, en Irak ou tout simplement mort, décapité. Il prétendit que malgré les apparences, le journalisme devait se pratiquer debout au milieu du Caucase plutôt qu’assis sur une chaise à roulettes. Nous avons papoté puis, de fil en aiguille, je me suis retrouvée en Géorgie avec l’intention d’ingurgiter des millions de virus pour les beaux yeux de Heidi.news. C’est finalement en regardant Darius Rochebin dans les yeux que je les ai ingurgités.


Sur Heidi.news

Antibiotiques: les phages contre-attaquent. Pour soigner ma sinusite chronique, je me suis donc rendue à Tbilissi, dans une clinique érigée pendant les années de gloire du régime soviétique: l’Institut George Eliava. De retour à Genève, j’ai reçu par la poste des dizaines de fioles de virus. Ce traitement, appelé phagothérapie, durera six semaines, comme ma série d’articles. S’il échoue, je vais devoir me résoudre à des méthodes plus classiques, à savoir une intervention chirurgicale.

Heidi.news (Les Explorations) (FR)

Dessin: Robin Salomé pour Heidi.news

Le volcan au bout de la nuit. Treizième épisode de notre thriller climatique. Quelques semaines après l’éruption, Nora, Vasko et Alix débarquent enfin à Naples, dévastée par l’explosion du volcan.

Heidi.news (Les Explorations) (FR, Paywall)

Une protéine pour soigner Alzheimer? Il n’existe toujours pas de traitement pour Alzheimer et les coûts liés à la maladie risquent de faire exploser les systèmes de santé. Or des médicaments actifs sur la protéine Tau pourraient changer la donne. L’entreprise lausannoise AC Immune vient de lever 30 millions de francs pour poursuivre les recherches sur cette protéine. Sa fondatrice Andréa Pfeifer explique pourquoi cette manne est capitale.

Heidi.news (Le Flux Santé) (FR, Paywall)

Des panneaux solaires flottant sur un lac de barrage: une première mondiale en Valais. Le projet pilote du Lac des Toules sur la route du col du Grand-Saint-Bernard est à bout touchant. Mené par Romande Energie, l’assemblage des structures photovoltaïque vient de débuter; elles devraient être mises à flot ces prochains jours par hélicoptère.

Heidi.news (Le Flux Sciences) (FR, Paywall)

Une semaine de couverture de l’urgence climatique: demandez le programme! Tout au long de cette semaine, Heidi.news a participé à l’opération «Covering Climate Now», une collaboration mondiale de plus de 250 médias en vue du Climate Action Summit de l’ONU lundi. Notre rédaction a publié ses propres articles et traduit une partie des autres: voici la liste!

Heidi.news (Le Flux Sciences) (FR)

Mes bonnes lectures pour le week-end

Bol d’air politiquement incorrect Deux personnalités germaniques célèbrent leur 75e anniversaire en cette fin d’année 2019. Reinhold Messner, übermensch des montagnes et Wolfgang Joop, esthète et couturier aux propos hilarants. Le premier, que Heidi.news a aussi croisé récemment aux Diablerets, s’entretient avec Giovanni di Lorenzo dans Die Zeit. Il nous parle de la dictature écologique qu’il perçoit comme un non-sens. La nature continuera de prospérer avec ou sans nous. Quant aux femmes, elles ont leurs places à la cuisine et auprès des enfants.

Die Zeit (DE, Paywall)

Pauvres cuirs Hermès Dans Der Spiegel, Anja Rützel dresse un portrait pétillant du couturier extravagant Wolfgang Joop qui vient de rédiger ses mémoires. Ce dernier parle du mauvais goût qui inonde la planète et remarque très justement comment le sac Hermès est devenu l’emblème de la classe inférieure.

Der Spiegel (DE, Paywall)

Jeté en maison de retraite puis assommé. Article qui date mais qui reste néanmoins un chef-d’œuvre journalistique. Rachel Aviv enquête sur les séniors qui se retrouvent du jour au lendemain mis sous tutelle et destitués de leurs bien, sans possibilités de se défendre.

The New Yorker (EN)

Uncommon Genève. J’ai participé à cet ouvrage collectif sur Genève, raconté par une trentaine de personnalités, auteurs et photographes, au gré de balades, de coups de gueule, de poèmes, de crimes historiques ou d’amours lacustres. Ce livre réunit des visions, celles – entre autres – de Michel Porret, Marina Rollman, Carmen Campo Real, Niels Ackermann, Pascal Décaillet, Delphine Schacher, Matthieu Megevand ; et quelques-unes des meilleures adresses de la ville.

Editions Georg (FR)

Anatomie d’un coyote Alors que ce soir, les Membres fondateurs de Heidi.news pourront échanger avec la pianiste vénézuélienne dissidente Gabriela Montero après son concert au Victoria Hall, voici le témoignage d’un passeur à la frontière Venezuela-Colombie: “If you have three undocumented children, talk to me. If you have to see your sick relatives and you don’t have a passport, talk to me. If you’re escaping because they want to f—k you up or you’re already f—ked, then we get you through. But know that the price will be set by the size of your problem”.

Caracas Chronicles (EN)

Qatar, sa diplomatie et ses ambitions. Cinq entretiens menés par Jean Leclerc, de l’indépendance de l’émirat à la coupe du monde 2022. Un bijou radiophonique, comme toujours avec Histoire Vivante.

Histoire vivante (RTS) (FR)

Mon psy s’est endormi. Dans cette fiction audio, Benjamin Abitan nous raconte comme il a remplacé son psy par son smartphone. Il quitte son cabinet, prend le métro, part se ressourcer en Bretagne, revient. Un humour délicat et touchant, qui traduit à merveille cette psychanalyse qui n’en finit jamais.

Arte radio (FR)

Mon année de repos et de détente. Le dernier roman d’Ottessa Moshfegh a enfin été traduit en français. Un Oblomov féminin du 21e siècle qui se bourre de médicaments en vue d’assommer ses désirs et pulsions. L ‘Amérique, en somme. Dans toute sa splendeur et sa poésie.

Éditions Fayard (FR)

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le Point du jour de vendredi

Bon week-end!

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Chemin de La Mousse 46
1225 Chêne-Bourg
Suisse