Bonjour, c’est Arnaud à Genève, capitale de la Réforme, capitale de la paix et des Conventions qui portent son nom. Capitale de la gestion de fortune et du négoce de matières premières mais aussi - et la ville ne le sait pas encore - capitale des toilettes!

Pendant trois mois, pour Heidi.news, j'ai parcouru l'Inde, la Chine et l'Afrique pour vous raconter la révolution des toilettes. J'ai croisé Bill Gates et des gens bien plus pauvres. Mon premier épisode est en ligne.

Arnaud Robert, Genève,
le 06 avril 2019


«Nothing matters more than talking about shit»

Arnaud Robert

La première fois que j’ai rencontré Mr. Toilet, il grignotait un hummus industriel sur une chaise longue. Nous nous trouvions au bord de la piscine d’un hôtel de New Delhi - la chaleur était impossible, même les corbeaux avaient renoncé à croasser. Il a sorti son téléphone portable, a ouvert une application de compte-à-rebours: «Si l’on en croit les statistiques d’espérance de vie des citoyens de Singapour, il me reste 6279 jours à vivre. Jusqu’à ma mort, je veux être utile. Et il n’y a rien de plus important, à mon avis, que de parler de merde.» En VO, cela donnait: «Nothing matters more than talking about shit.»

J’ai noté l’expression. Je me suis dit que cela ferait une citation marrante dans ma série sur la révolution des toilettes pour Heidi.news. Qu’un riche sexagénaire asiatique (il s’appelle Jack Sim) ait quitté les 16 entreprises qu’il dirigeait pour imposer à l’ONU une journée mondiale des toilettes (le 19 novembre), qu’il passe désormais sa vie à donner des conférences dans le monde entier pour défendre sa World Toilet Organization et promouvoir les cabinets, c’était une accroche amusante. Je lui ai même demandé, ce soir-là, de s’asseoir sur les WC de son hôtel pour le prendre en photo (ci-dessus).

J’en étais encore, je le confesse, au stade anal de mon sujet. Puis, pendant plusieurs mois, j’ai fait le tour du monde des toilettes. Je suis allé dans toute l’Inde du Nord, dans la région de Pékin, dans les brousses, les bidonvilles et les laboratoires sud-africains, j’ai parlé à des femmes et des hommes pour lesquels le caca - et même le pipi - ne sont pas seulement un objet à évacuer, mais un corps de métier. J’ai peu à peu compris que la révolution des toilettes, qui a déjà commencé dans les pays les plus pauvres, n’est pas une histoire drôle, mais un enjeu de civilisation. Et qu’elle allait, d’une façon ou d’une autre, revenir dans les pays riches, où l’on croit encore que l’on peut gaspiller de l’eau potable dans nos toilettes.

Selon l’OMS, en 2015, moins de 40% de la population mondiale bénéficiait de toilettes adéquates. 892 millions de personnes étaient contraintes de pratiquer la défécation à l’air libre. Et selon Valerie Curtis, de la London School of Hygiene and Tropical Medecine que j’ai croisée à New Delhi, 750’000 enfants meurent chaque année d’infections gastro-intestinales dues au manque de toilettes. Le caca tue. Par les bactéries qu’il contient, les maladies qu’il transmet, les eaux qu’il contamine.

L’effet « ah-ah » n’est pas dérisoire. Il est bon de rire, parfois. Bill Gates le sait bien, qui investit des centaines de millions de dollars dans des toilettes qui pourront traiter liquide et solide in situ et presque sans eau. Je l’ai vu à Pékin, lui, l’homme le plus riche du monde, monter sur scène avec une jarre pleine de vrai caca jaunâtre. Tout cela pour faire la Une du New York Times et des tabloïds. Tout cela pour faire parler d’une cause dont au mieux on se désintéresse; dont au pire on se détourne.

«Talking about shit», c’est traiter de 200 grammes de vous-même au quotidien (1,5 milliards de kilos chaque jour pour la population mondiale). «Talking about shit», c’est donc parler de gestion de l’eau, de santé publique, de culture, d’écologie, de géopolitique et de Genève qui est, en quelque sorte, devenue la capitale mondiale des toilettes. En trois mois de reportage, j’ai croisé le secrétaire général de l’ONU, le premier ministre indien, l’un des plus gros industriels japonais, le fondateur de Microsoft et des dizaines d’ingénieurs passionnants, dont ceux de la société genevoise Firmenich. Tout cela simplement en investiguant sur les toilettes.

Vous n’êtes pas encore convaincu que ce feuilleton dépasse la scatologie ordinaire? Au pire cela vous fera quelque chose à lire là où vous allez forcément seul.


Premier épisode de notre première Exploration

Notre grande enquête «La révolution des toilettes» démarre en Suisse. Où l’on découvre que les WC sont le refoulé de chaque civilisation. En particulier de notre pays hygiéniste, où l’on gère la vie des toxicomanes à coups de lunettes de métal automatiques et de distributeurs de papier parcimonieux. Le reportage se poursuivra sur d'autres continents.


Entrez dans la communauté de Heidi.news

Devenez Membre fondateur de Heidi.news

En devenant Membre Fondateur pour CHF 160, vous pouvez profiter des offres suivantes :

  • Un accès illimité à Heidi.news pendant 12 mois
  • Les 3 premières publications imprimées des Explorations
  • Des invitations préférentielles aux événements Heidi.news
  • La possibilité de parrainer la personne de votre choix

Six bonnes lectures pour le week-end


Bon week-end!

b696e884-f624-429e-91a6-1af20f5cf9e3.png

Chemin de La Mousse 46
1225 Chêne-Bourg
Suisse