Bonjour, c’est Fabrice à Venise, où Patrick Aebischer organisait cette semaine le Forum ArtTech avec un peu de vent dans les bronches suite à la décision des archives de la Sérénissime de suspendre la Venice Time Machine lancée du temps où il présidait l’EPFL.

C’est l’occasion de vous parler de mon Exploration sur les miracles de l’art et de la tech qui vous conduira d’Amsterdam à Los Angeles en passant par le Tessin ou Genève pour découvrir comment artistes et ingénieurs révolutionnent la culture.

Fabrice Delaye, Venise
Le 28.09.2019


Qui mettra la main sur la mine d’or culturelle de l’Europe?

Vue du Salève. Image tirée de l'expérience «Genève 1850». (c) Artanim

Couvrir comme journaliste les dernières innovations de notre temps, c’est aller au devant de surprises et de rebondissements. Bien sûr, c’est bon pour accrocher le lecteur, mais parfois ça tangue un peu. Comme quand on apprend sur un vaporetto à Venise, en route pour couvrir l’événement que le directeur des archives de la ville suspend brutalement sa collaboration avec l’immense projet Venice Time Machine, basé à l’EPFL et qui veut tirer profit du numérique pour faire parler les documents de la Sérénissime. Je venais justement d’y consacrer un article qui sert de point de départ à mon Exploration sur les miracles nés des rencontres entre culture et technologie.

La découverte du web
Est-ce grave? En tout cas ce n’est pas la première fois. Depuis que j’ai eu la chance de découvrir internet en 1994 sur les écrans du CERN, le jour où le télescope Hubble photographiait une comète en train de s’écraser sur Jupiter, j’en ai vu d’autres. Bulle des dotcoms, premières start-up suisses, krach, Google, Facebook, YouTube, krach encore, licornes (les start-up qui valent des milliards tout en perdant des millions comme Uber), montée en puissance des start-up suisses, scandales des licornes du genre WeWork. On en est là.

En parallèle pourtant, une autre histoire s’écrivait, notamment en Suisse romande, à l’EPFL. C’est celle de ce que l’on appelle aujourd’hui les «deeptechs» (la technologie adore les mots-valises). En clair: des innovations technologiques basées sur des travaux scientifiques et généralement développées par des start-up. C’est moins sexy mais ça marche bien, voire très bien.

Chez nous, ces start-up «deeptech» s’épanouissent le plus souvent dans le secteur médical. Grâce aux recherches pionnières de professeurs de l’EPFL comme Philippe Renaud, André Chatelain ou de médecins comme Bernard Mach à Genève, la Suisse romande renouvèle son terreau économique. Le pari de Patrick Aebischer, lorsqu’il est arrivé à la présidence de l’école polytechnique il y a 20 ans, de créer une faculté des sciences de la vie parce qu’il imaginait leur convergence avec celles de l’ingénieur, s’est révélée à la fois visionnaire et fructueux.

La culture irrésistible
Du coup, à partir de 2012, quand le même commence à évoquer une convergence entre les mondes de la culture, des arts et des nouvelles technologies, je me suis dit qu’il avait sans doute une nouvelle fois du flair. Je reconnais volontiers que j’étais biaisé. Le monde de la création musicale, graphique, audiovisuelle… a quelque chose d’irrésistible.

Au départ, cette convergence s’est incarnée dans le projet de Venice Time Machine. Mais il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour voir que cela va bien au-delà. D’abord parce que le projet de l’EPFL fait des petits, d’Amsterdam à Jérusalem. Ensuite parce qu’il y a derrière ce phénomène quelque chose de plus profond que m’a fait réaliser un professeur d’économie culturelle italien, Pierluigi Sacco. En substance, le numérique transforme la société à son rythme haletant d’innovations. Si vous avez des enfants, vous voyez de quoi je parle. Du coup, la demande sociale en produits culturels change. Le consommateur devient co-créateur et co-distributeur – un peu comme il veut faire son miel ou cultiver un potager. Il veut des expériences personnalisées et participatives. Je sais, ces mots sont affreusement à la mode mais la mode dit aussi quelque chose de l’état de la société.

La mine d’or
Pour les entreprises de technologies, l’opportunité est unique. Il suffit de regarder Spotify - le seul succès européen dans la nouvelle économie de plateforme - pour s’en convaincre. Cela dit, le monde de la culture et des arts a ses règles, comme le droit d’auteur. Faire entrer tout cela dans l’ère numérique suppose beaucoup de doigté. La suspension (provisoire?) de la Venice Time Machine illustre ces difficultés.

Mais c’est une péripétie.

En matière d’arts, de culture et d’industries créatives, le Vieux Continent est assis sur une mine d’or. Et pourtant, ce secteur a beau employer deux fois plus de monde que l’automobile (ou que la banque à Genève), c’est rarement quand un théâtre ferme qu’on entend les politiciens. Plutôt pour une usine. Du coup, la question qui nous est posée collectivement est de savoir si nous allons laisser la mine d’or aux géants de la Silicon Valley ou à leurs équivalents chinois.

D’Amazon Prime à Google Culture, tous rêvent de faire main basse sur ce secteur. Les entreprises européennes, comme la suédoise Spotify ou la genevoise Artanim, décrite dans le second épisode de mon Exploration publié avant hier, offrent-elles une alternative? Contrairement aux fintechs dans la finance ou à la santé connectée, l’enjeu n’est cette fois pas qu’économique. Il est existentiel. Je pèse mes mots. Il s’agit de notre histoire et de nos imaginaires européens.


Sur Heidi.news

Chez les cartographes des mondes miroirs. Deuxième épisode de mon exploration sur les miracles de l’art et de la technologie. D’Ubisoft au Tessin, je m’y penche sur ceux qui mettent l’histoire et la géographie à la disposition des développeurs afin que les mondes virtuels qu’ils élaborent soient riches et crédibles.

Heidi.news (Les Explorations) (FR, Paywall)

Dessin: Dimitri Procofieff pour Heidi.news

J’ai confié ma vie à un dandy géorgien et un aventurier parisien. Deuxième épisode de notre exploration sur les phages, ces virus qui peuvent servir d’étrange alternative aux antibiotiques et que notre journaliste est partie ingérer en Géorgie.

Heidi.news (Les Explorations) (FR, Paywall)

Quel slogan contre «Make America white again»? Dans ses explorations, Heidi.news publie aussi de la fiction, surtout quand elle est signée Aude Seigne, Bruno Pellegrino et Daniel Vuataz, des auteurs jeunes, romands et talentueux. Dans ce 14e épisode de «Stand-by, un thriller climatique», on retrouve nos jeunes réfugiés climatiques suisses à New York alors que les «White Refugees» européens prennent le job de milliers d’Américains et les autorités continuent de surfer sur la vague volcanique pour blanchir la population.

Heidi.news (Les Explorations) (FR, Paywall)

La compensation carbone volontaire pour l’aérien est-elle vraiment efficace? Cet article fait partie du dossier «Que changer pour le climat?», qui est né de nos échanges dans cette newsletter du samedi. Notre lecteur Samuel Vannay nous a demandé s’il existe une façon efficace de neutraliser le carbone émis par les voyages en avion. La réponse d’Anja Kollmuss, experte en sciences climatiques pour swisscleantech.

Heidi.news (Flux Science) (FR, Paywall)

La révolution du sens de Nicolas Hulot. Ce jeudi 26 septembre 2019, l’ancien ministre de la Transition écologique et solidaire donnait à Genève deux conférences, organisées par la fondation Zoein. Il a milité pour que la révolution du sens prenne le dessus sur la révolution technologique. Compte-rendu.

Heidi.news (Flux Science) (FR, Paywall)

Le cirque sans animaux. Le Knie est un peu triste sans animaux, mais comment regretter de les faire souffrir? Un éléphant ne pouvait-il être heureux de servir les humains et d’en être applaudi? Un fauve n’éprouvait-il aucun plaisir à traverser un cerceau de feu sous les hourrahs des enfants? Pour en avoir le cœur net, nous avons appelé Chloé Laubu, docteure en biologie du comportement animal…

Heidi.news (FR, Paywall)

PMA pour toutes. Les femmes célibataires et les couples de lesbiennes auront accès à la procréation médicalement assistée en France. Et en Suisse?

Heidi.news (Flux Santé) (FR, Paywall)

Mes bonnes lectures pour ce week-end

Mayasoshi ou la folie des grandeurs de la tech. Après avoir levé 100 milliards de dollars auprès du prince Mohammed Bin Salman (oui oui celui impliqué dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi), le patron du groupe telecom Softbank, Masayoshi Son voit ses grands investissements comme Uber, Slack ou WeWork s’effondrer une fois cotés en bourse. Un article récent de Fast Company explique l’influence d’un personnage dont la Vision (c’est aussi le nom de son fonds) résume la folie des grandeurs qui touche la Silicon Valley aujourd’hui.

Fast Company (EN)

Pourquoi les riches sont-ils si méchants? Wired décrit en long et en large le «syndrome du riche connard» ou la tendance à prendre ses distances avec les personnes aux niveaux de fortune très différents.

Wired (EN)

Isolé, affaibli mais populaire: la dernière vie politique de Chirac. Avant la mort de l’ancien président, la journaliste Béatrice Gurrey avait consacré un livre aux dernières années politiques du “Grand” Jacques Chirac.

Le HuffPost (FR)

12 chansons gratuites de 30 secondes. Le chanteur suisse Stephan Eicher raconte son bras de fer avec sa maison de disques et comment ça l’a poussé dans de très créatifs retranchements grâce à iTunes.

Vidéo de la RTS (FR)

Le capitalisme aplati. Une fois n’est pas coutume, un livre dans notre liste de lecture. Dans un ouvrage publié en 2017, «Platform Capitalism», Nick Srnicek, maître de conférences à l’Université de Londres examine de manière critique les modèles d’affaires des grands groupes numériques comme Facebook et Amazon aussi bien que les entreprises traditionnelles qui les imitent comme Siemens ou General Electric. S’il y a longtemps qu’on sait que le capitalisme tend au monopole, il montre, au travers d’un récit aussi documenté sur l’histoire récente que palpitant à lire, comment on est finalement arrivé aujourd’hui à cette exceptionnelle concentration de richesse.

Polity (EN)

Le seuil darwinien de la vie augmentée. Et encore un livre… Déniché il y a quelques années sur les toujours très intéressantes tables de la librairie du MIT (en face de Kendall Square), l’essai «Humanity’s End» de Nicholas Agar reste ce que l’on a lu de mieux sur la question du transhumanisme. Parce qu’au lieu de s’attaquer par la morale aux mythes de l’espérance de vie rallongée ou de l’augmentation artificielle des capacités humaine, l’auteur le fait par la dialectique. En se demandant par exemple, si en mutant pendant 300 ans au lieu de 80, les bactéries qui colonisent nos muqueuses et sont aussi en compétition darwinienne avec nous, ne parviendront pas à sélectionner une variété de microbe particulièrement épidémique et mortelle.

MIT Press (EN)

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