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Bonjour, c’est Didier Queloz à Stockholm, où je vais recevoir le 10 décembre mon Prix Nobel de Physique. J'arrive tout droit de Boston, où je passe un année sabbatique, loin de ma base anglaise de Cambridge, mais toujours au plus proche de mon sujet de prédilection: les exoplanètes.

Je suis honoré de diriger pour un jour cette newsletter de Heidi.news. Au menu ce matin pour moi: une discussion aujourd’hui avec la Station spatiale internationale, le groupe Coldplay qui agit pour l'environnement, et la grogne qui monte contre Elon Musk.

photo journaliste

Didier Queloz, Stockholm
06.12.2019


Dans mon radar

La remise du Prix Nobel le 10 décembre. Avec Michel Mayor, nous recevrons notre Prix Nobel de Physique à Stockholm, ce 10 décembre. L’occasion là-bas de faire une fête d’une semaine à la science, dès ce 6 décembre. Avec des événements publics, des conférences télédiffusées, des visites dans les écoles, une rencontre avec le roi de Suède! J’achève ma présentation (qui va rester dans les annales du Prix), dans laquelle j’inclurai un vieux slide montrant 51Pegasi b (la première exoplanète que nous avons découverte) comme pointe d’un iceberg symbolisant la vaste population de planètes imaginée alors; c’était en 1995. Totalement prémonitoire, puisque maintenant, on en a mis au jour plus de 4000! Enfin, la tradition veut que chaque lauréat lègue un objet au Musée Nobel: je vais leur faire don de la clé de l’Observatoire de Haute-Provence, d’où nous avons fait notre découverte: j’étais le seul «non-local» à la détenir.

Heidi.news (FR, Paywall) Photo article

Jessica Meir et Luca Parmitano, actuellement à bord de l'ISS | NASA

Un coup de fil à la Station spatial internationale, ce vendredi. Pour cette semaine des Nobel, Michel Mayor et moi avons été invités à échanger par vidéoconférence avec les occupants de la Station spatiale internationale, dont les astronautes européen Luca Parmitano et américaine Jessica Meir. Cet appel sera retransmis en direct ce 6 décembre à 15:00 aujourd’hui (heure suisse): suivez-vous!

ESA TV (EN)

Lancement du télescope suisse Cheops. Ce 17 décembre, à Kourou sera un grand moment pour moi, puisque sera lancé le satellite Cheops, conçu par la Suisse pour l’ESA – une première! Un rêve qui se réalise: j’ai participé depuis le début à la conception de cette mission, née en skiant avec mon collègue Andrew Cameron, de l’Université anglaise de St-Andrews. Cet instrument va permettre de mieux caractériser les exoplanètes connues, afin de mieux comprendre leur formation, et par là celle de tout système solaire. Car l’incroyable diversité des objets planétaires connus à ce jour n’a fait que rendre plus mystérieux et passionnant ce domaine de recherches. Le scientifique principal de cette mission suisse est Willy Benz, de l’Université de Berne, tandis que je serai le chef d’orchestre de l’équipe de 60 personnes qui en fera l’exploitation scientifique.

Heidi.news (FR)

Elon Musk gène notre travail. Les satellites de la Constellation Starlink, dont le but est à terme de diffuser des connections internet depuis l’espace, commencent à gêner sérieusement nos travaux d’observation du ciel depuis la Terre, tant ils sont nombreux et très brillants; 60 éléments ont encore été lancés le 20 novembre. Le père de ce projet, Elon Musk, affiche un désintérêt pour un dialogue avec la communauté des astronomes. Cette naïve dynamique du progrès qui est la sienne, au détriment d’autres communautés, génère de plus en plus de grogne; des initiatives pour la contrer sont en préparation.

Heidi.news (FR)

Les infos qui comptent pour moi

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PxHere

Pourquoi il faut prendre l’étude PISA avec des pincettes. Dans nos systèmes occidentaux d’éducation, il y a toujours une tension entre l’éducation de base et celle de pointe: on peut rarement avoir les deux en même temps. Du point de vue politique, à gauche, on mise sur la première en visant à éduquer les masses tandis qu’à droite, on privilégie la seconde, en souhaitant l’existence d’une élite. Or la difficulté apparaît lorsqu’on s’intéresse aux maths et aux sciences – deux disciplines, difficiles, qui justement sont mesurées dans PISA. En Suisse, où l’éducation de base est très bonne, on tend à la moyennisation dans ces deux domaines, pas à la recherche de l’excellence, surtout au niveau secondaire II (15-19 ans). Au final, on se retrouve avec une petite fraction de gens brillants, qui vont à l’université, mais beaucoup d’autres qui ne sont pas au niveau. PISA place dès lors la Suisse en-dessous d’autre pays qui ont des filières plus ciblées. Mais PISA ne fournit pas une réponse complète, qu’il faudrait rapporter à l’objectif premier, lui-même induisant une discussion sans fin: faire des études doit-il servir à nourrir l’économie, ou simplement à préparer tout un chacun au futur? Faut-il favoriser l’apprentissage ou l’université? Trancher est difficile, et des études comme PISA n’y aident pas vraiment.

Heidi.news (FR, Paywall)

A la COP25, on attend une réponse sociétale. La conférence COP sur le climat, qui se tient ces jours à Madrid, m’inspire deux réflexions. D’abord, je m’étonne que les scientifiques aient encore autant de peine à se faire entendre sur la réalité des faits liés au réchauffement climatique: il y a là un vrai problème de la perception de la science dans la société. Peut-être mon Prix Nobel me permettra-t-il d’être plus actif dans ce domaine. Ensuite, quelles actions entreprendre? Le réchauffement, qui met en danger notre existence même sur Terre, n’est pas aussi simple à éliminer que d’autres menaces, comme les arsenaux nucléaires, car il porte en lui une inertie pernicieuse très difficile à appréhender. Je suis, pour l’heure, déçu de voir que dans la société largement économique qui est la nôtre, les réponses à long terme des économistes (susceptibles d’induire les changements sociétaux nécessaires) soient aussi peu profondes. Car quoi qu’on en dise, l’humanité n’ira pas de sitôt s’installer sur une exoplanète...

Heidi.news (FR, Paywall)

Budget record pour l’Agence spatiale européenne: à saluer! L’ESA a vu son budget de 14,4 milliards d’euros validé sur les cinq prochaines années. C’est un record! Il ne faut pas rêver: la plus grosse part ne sera pas dévolue à la science, mais notamment au développement du lanceur Ariane 6, pour le rendre compétitif au plan mondial. Cela dit, c’est un bon signe, car les scientifiques, et surtout les astronomes, sont les plus grands consommateurs de places à bord de ces fusées! Plus d’argent veut dire plus de moyens dans ce domaine. Pour une fois que le budget est tiré vers le haut, il faut le saluer!

Heidi.news (FR, Paywall)

Pourquoi le Chili explose socialement. Le Chili – un pays que je connais bien car il abrite nos plus puissants télescopes – a un gros problème structurel. Le pays est victime de son succès autant que de son manque de réalisations: il a développé une économie stable, mais qui profite surtout aux riches. Par ailleurs, les impôts demeurent extrêmement bas. Si bien qu’une large frange de la classe moyenne, sans système de retraite, sans accès équitables aux études, ni aux richesses, ne comprend plus… C’est un très vieux problème liés aux familles en place, hérité de l’ère Pinochet. Je regrette beaucoup ce qui se passe, tant le pays est beau et les gens sympathiques. Mais cela montre que lorsque qu’on pousse trop loin un système économique fiable, mais sans système d’impôt pour en faire profiter tout le monde, la situation devient vite explosive.

Le Monde (FR, Paywall)

Sur Heidi.news aujourd’hui

Un astronaute ressent depuis l'espace ce que touche un robot sur Terre. Guider un robot situé sur Terre depuis la Station spatiale internationale (ISS), en disposant d’une interface à retour de force très fiable, autrement dit un outil permettant de «ressentir» à distance les faits et gestes du robot: c’est l’exploit qu’a rendu possible Force Dimension, une petite PME suisse née d’une spin-off de l’EPFL.

Heidi.news (FR)

Des dîners pour parler d'éthique des robots. Dans les institutions de soins, pour l'accueil en magasin ou à l’hôtel, pour informer la clientèle, les robots deviennent des interlocuteurs du quotidien. Cette cohabitation pose de nombreuses questions de société. Pour y voir plus clair, le laboratoire Ethix a organisé trois «Dîners d’éthique» au cours desquels les participants ont débattu d'éthique des robots. Johan Rochel, à l'origine de cette initiative, en présente les premiers résultats.

Heidi.news (FR)

Le climat inquiète les Suisses. La protection de l’environnement et le climat se positionnent à la quatrième place dans le palmarès des principaux motifs d’inquiétude des Suisses. C’est ce qu’indique le Baromètre des préoccupations 2019 de Crédit Suisse, réalisé par l’institut de sondage gfs.bern. Les retraites, la santé et l’immigration occupent, dans l’ordre, les trois premiers rangs. Le chômage arrive en cinquième position.

Heidi.news (FR)

Le philosophe américain Jaegwon Kim n'est plus. Le philosophe américain d’origine coréenne Jaegwon Kim est décédé le 27 novembre 2019, à l’âge de 85 ans. Il était une figure majeure de la philosophie contemporaine, de ce courant qui essaie de concilier la science et la métaphysique pour comprendre la nature de l’esprit. François Loth, philosophe, blogueur et chercheur associé à l’université Rennes 1, revient sur sa pensée.

Heidi.news (FR)

Les morts dues à la rougeole continuent d'augmenter. La résurgence épidémique de la rougeole dans le monde a fait 142'000 morts en 2018. C’est 20'000 décès de plus que l’année précédente. L’Afrique subsaharienne est la région la plus touchée, suivie de l’Amérique latine et du Moyen-Orient. À l’échelle mondiale, la couverture vaccinale stagne.

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Bien vu

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Photo: Port Macquarie Koala Hospital

On oublie souvent que, lors de gros incendies comme ceux qui ont touché récemment l'Australie, si les humains ont certes beaucoup perdu, les animaux sont souvent totalement impuissants. Ce qui me touche sur cette image – et bien plus encore sur celle qui figure dans l'article du New York Times –, au-delà de l'attendrissement que l'on peut porter au koala qui se fait soigner, c'est que l'animal le soit par des personnes âgées. D'ordinaires, en parlant d'incendies, on montre des pompiers, des hommes forts couverts de suie, qui ont lutté contre le feu. Là, ce sont des personnes âges qui tentent de réparer les bêtises d'autres humains.


Le monde change, la presse aussi

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Ma raison d’espérer

Enthousiasmer les filles pour les sciences dures. J’ai reçu des milliers d’emails de félicitation pour mon Nobel de physique, mais l’un d’entre eux m’a particulièrement touché. Il était signé par une étudiante en cosmologie de l’EPFL qui, à l’âge de 12 ans, était venu visiter l’Observatoire de Genève, et m’expliquait que cette rencontre l’avait attirée dans sa voie d’études. Cela m’a montré l’impact si positif de l’éducation, à tous les niveaux, et peu importe les questions de genre – car la société place trop vite des biais de genre sur les jeunes : si des professionnels (comme l’astrophysicien que je suis) font ne serait-ce qu’un minime effort pour enthousiasmer les jeunes pour leur métier, alors que ceux-ci sont encore à l’école obligatoire, l’influence peut être énorme! Bien sûr, cette observation s’applique à d'autres cas de figure, pas uniquement aux jeunes filles en sciences!

Heidi.news (FR, Paywall)

Dans mon labo américano-anglais

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Le James Webb Telescope doit être lancé en 2021 | NASA

Gros espoirs sur Mars2020 et le James Webb Telescope. Dans mon domaine de recherches, l’intérêt s’est déplacé de la simple découverte d’exoplanètes à la quête de vie ailleurs dans l’Univers. Une des raisons de cet intérêt est la mission Mars2020, qui veut trouver des éléments prébiotiques sur la planète rouge, soit des éléments chimiques précurseurs à l’apparition de la vie. Concernant la Terre, longtemps, on l’a imaginé au fond des océans, près des sources hydrothermales. Désormais, les spécialistes de tous bords (biochimistes, géologues, généticiens, astrophysiciens) qui discutent ensemble – c’est nouveau – l’envisagent à la surface de la Terre, en construisant alors des modèles de chimie prébiotique qu’on espère appliquer en observant des exoplanètes avec le James Webb Telescope qui doit être lancé en mars 2021 (image), et plus particulièrement leur atmosphère. Tous ces spécialistes de domaines différents se mettent déjà aussi ensemble pour discuter des prochains grands outils de l’exploration spatiale. Cet élan universel est fantastique!

NASA website (EN)

CRISPR, une extraordinaire révolution génétique. Désormais, on peut séquencer le génome de tout un chacun pour une bouchée de pain. Avec la technologie génétique CRISPR, on peut imaginer les médicaments de demain, qui seront produits par des organismes vivants génétiquement modifiés. Une étape qui peut correspondre, en pharmacologie, à l’invention de l’ordinateur en informatique. On peut modifier facilement le génome humain, pour améliorer ou développer le corps. Mais où va-t-on s’arrêter? N’est-on pas en présence d’une «bombe biologique» similaire à l’apparition de la bombe thermonucléaire? Faut-il en avoir peur? Non, cela n’a aucun sens. Mais il faut se poser la question: on a là un outil extrêmement puissant, que veut-on vraiment en faire, en tant que société? Quelles limites poser? Et qui doit le faire? Avec aussi l’avènement de l’intelligence artificielle, il me semble à nouveau que le l’intrication de la pensée scientifique dans les processus socio-politiques de décision est largement sous-dimensionnée aujourd’hui face aux défis en présence.

Sciencealert (EN)

Toute la science devrait être “open”. Pour moi, il est absolument indiscutable que tous les résultats scientifiques de recherches financées avec de l’argent public devraient être en accès libre (open access), un modèle salutaire mais certes difficile à financer. L’argument des brevets, souvent évoqués pour protéger les modes de publication payants, ne tient pas. Si une société finance de la connaissance, elle ne peut pas ne pas la diffuser, la réserver à une élite. Qu’en Suisse le Fonds national suisse veuille imposer l’open access en 2020 aux récipiendaires de ses soutiens est une évidence. Et c’est aussi aux Etats de payer pour la maintenance des systèmes de publication open access. Aujourd’hui, publierais-je la découverte qui m’a valu le Nobel ailleurs que dans Nature, revue de référence mais payante à la lecture. Oui, car Nature n’interdit pas de publier aussi sur des portails en accès libre les articles qu’elle accepte. C’est si l’on interdit cet open access que c’est inacceptable.

Heidi.news (FR)

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Ça pourrait vous étonner

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Coldplay renonce a sa tournée mondiale | JENS MEYER/AP/Keystone

Coldplay renonce à sa tournée pour protéger l’environnement. Cette nouvelle est très étonnante, tant elle pose la question de la responsabilité individuelle face aux changements climatiques. Coldplay y répond triplement. D’abord, le groupe – que j’adore – montre qu’il se préoccupe de ce problème. Ensuite, aujourd’hui, ne pas partir en tournée équivaut à renoncer à des rentrées significatives d’argent. Cela signifie que faire des efforts contre le réchauffement à un coût réel : une vérité que l’on refuse parfois d’accepter ! Même si se pose ensuite la question de l’équité sociale face à cette situation. Enfin, Chris Martin et ses acolytes, qui ont remplacé leur tournée par un concert diffusé en mondovision sur les réseaux sociaux, montrent que les technologies numériques peuvent apporter des solutions ; nous aussi, scientifiques, pourrions faire davantage de vidéoconférences plutôt que de sillonner la planète pour nos conférences.

Heidi.news (FR)

Invité spécial d’un group select. Parmi les nombreuses invitations que j’ai reçues à donner des conférences après avoir reçu mon Prix Nobel, il y a celle du Whitehall Group, un aréopage de personnes âgées très select de l’aristocratie anglaise, qui se réunissent régulièrement pour «prendre le pouls de la société». Je trouve pour le moins étonnant que des scientifiques doivent être décorés d’un Nobel pour avoir le droit de s’exprimer devant une telle assemblée, alors que la science sous-tend tant de politiques aujourd’hui, économique, climatique, sociale, etc.

Cambridge University Land Society (EN)

Pour le calendrier de l'Avent des livres à offrir de Heidi.news

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L’avènement de la pensée rationnelle. Une question me fascine de plus en plus: comment une culture scientifique s’insère-t-elle dans la société ? Le livre que je lis actuellement, Reformations, de Carlos Eire, y répond magnifiquement. Il décrit à quel point entre le XVe et la fin du XVIIe siècle, les sociétés occidentales changent du tout au tout, le mythe et le religieux absolu laissant la place à la rationalité. L’avènement du protestantisme met en lumière l’humanisme, la pensée scientifique moderne. Or aujourd’hui, on peut se demander pourquoi l’on doit à nouveau passer tant de temps à expliquer la science, à souligner qu’on ne peut pas «croire» au réchauffement climatique. Ce livre est passionnant en ce qu’il replace aussi ce bouleversement profond de la société en Suisse, avec notamment Zwingly qui a imposé une culture étatique de la réformation (et par extension une compréhension du monde basée sur l’observation de la Nature), alors qu’en Allemagne par exemple, où la société était moins dirigiste, l’empreinte de Luther a été moins saillante.

“Reformations, The Early Modern World, 1450-1650”, de Carlos Eire, Yale University Press (FR)

Profil Agé de 53 ans, Didier Queloz est professeur d’astronomie à l’Université de Genève et professeur de physique à l’Université de Cambridge, en Angleterre. Avec Michel, son professeur de l’époque alors qu’il était doctorant, il a découvert en 1995 la première planète situé hors de notre système solaire, ce qui leur a valu de recevoir le Prix Nobel de physique 2019.


Séance de rattrapage avec:

le Point du jour de jeudi

Bonne journée!

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