Bonjour, c’est Sarah en région parisienne. Ici, le confinement a été prolongé jusqu’au 11 mai, au moins. Les conditions du déconfinement sont âprement discutées. Une chose est sûre: les masques y joueront un rôle clé.

Ce soir, je vous parle de la situation dans le service de réanimation d’un hôpital parisien et du retour à une vie normale après une forme grave de la maladie. Nous vous donnons aussi des premières nouvelles de l’essai clinique européen Discovery.

Sarah Sermondadaz, Genève/Paris
Le 20.04.2020


Après la réanimation, la rééducation: le lent rétablissement des malades graves

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KEYSTONE/Melanie Duchene

Depuis un peu plus d’une semaine, le nombre de nouveaux décès quotidiens liés au Covid-19 n’augmente plus en France. Timide décrue, ou long plateau? Il est trop tôt pour en juger. Les services de réanimation demeurent chargés, comme les malades les plus graves du Covid-19 y restent souvent plusieurs semaines avant d’être sortis de leur coma artificiel. Pour ces patients ayant survécu à un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) et à plusieurs semaines d’intubation, la vie peut alors reprendre son cours… mais après quelques semaines supplémentaires de rééducation et de réadaptation, qui impliquent de réapprendre de nombreux gestes du quotidien, notamment grâce à la kinésithérapie. (En France, les kinésithérapeutes sont l’équivalent des physiothérapeutes suisses).

La situation en réanimation. Charles (prénom d’emprunt, identité connue de la rédaction) est médecin réanimateur dans un hôpital parisien de l’APHP. Il explique: «Je ne dirais pas que ça s’arrange, nous continuons de voir arriver des cas extrêmement graves. Et comme ces patients sont là pour longtemps, souvent 2 à 3 semaines, il y a une certaine inertie qui fait qu’on ne voit pas la baisse observée par les services d’urgences.»

Surtout, ce n’est pas parce que les malades ont été réveillés qu’ils peuvent reprendre immédiatement une vie normale. Il avertit : «Récupérer d’un SDRA est long, même lorsqu’on est jeune et sans autres problèmes de santé». Dans le cadre du Covid-19, une supplémentation en oxygène peut être mise en place quelques temps pour accompagner le rétablissement. «On estime que quelqu’un d’une trentaine d’années, sans antécédents médicaux, ne peut toujours pas, un an après, courir son jogging comme avant», explique le médecin réanimateur. «On connaît encore mal les séquelles du Covid-19.»

La rééducation. Elle se prépare parfois alors même que le patient est toujours dans le coma, explique Matthieu Reffienna, kinésithérapeute à l’hôpital Foch, à Suresnes. «Pendant le coma profond lié à l’intubation, qui peut aller d’une semaine à trois semaines, les muscles du patient vont presque entièrement fondre. Le malade du Covid-19 qui en réchappe se réveille pratiquement paralysé et dépendant. Pour limiter les dégâts, on peut réaliser quelques mobilisations légères pour déplacer les bras et les jambes pendant le coma. Après le réveil, il faut miser sur le renforcement musculaire plusieurs fois par jour.» Le bénéfice est double, explique Matthieu Reffienna: «Cela fait également travailler la fonction respiratoire.»

Ces soins de rééducation post-réanimation (SRPR), comme on les appelle, sont un élément clé du parcours de soin, coordonnés par des médecins rééducateurs spécialisés en médecine physique et de réadaptation. Ces soins de suite sont d’habitude surtout dispensés dans des établissements spécialisés. Ils se déroulent désormais dans des structures «hors les murs» créées rapidement dans les hôpitaux suite à la crise sanitaire pour suivre l’évolution de l’épidémie. «C’est aussi un goulot d’étranglement, au même titre que les services de réanimation des unités Covid», illustre Charles.

La note d’espoir. Sans surprise, ce sont les patients les plus âgés, ou qui ont souffert des formes les plus graves de Covid-19 pour qui la rééducation est la plus lente, poursuit Matthieu Reffienna. «Mais nous avons certains patients qui récupèrent beaucoup plus vite qu’attendu, et qui font des progrès impressionnants en l’espace d’une semaine.»

La suite. Les hôpitaux se trouvent aujourd’hui dans des configurations inédites pour faire face à l’épidémie. Se pose ainsi la question d’un retour à une configuration «normale» permettant d’assurer davantage de soins non liés au Covid-19. Car même si les opérations les moins urgentes ont pu être reportées, on ne peut attendre indéfiniment pour toutes les pathologies. «En France, de nombreux lits de réanimation ont été ouverts en dehors des unités habituelles, dans des structures Covid créées pour l’occasion, pour absorber le flux de patients, rappelle Charles. Elles vont fermer peu à peu pour reprendre une activité normale.»

Cette situation, associée au déconfinement à venir qui pourrait faire repartir l’épidémie, inquiète le praticien hospitalier. «Pour nous, la fin de l’épidémie est encore loin. Pour déconfiner le 11 mai, il y a beaucoup de conditions à remplir. Et surtout, il y a l’inconnue de la deuxième vague.»


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Des nouvelles de Discovery en provenance de l'Hôpital Bichat

Pour le premier rendez-vous parisien du Point Coronavirus, le 23 mars, nous avions recueilli le témoignage de Valentina, infectiologue à l’Hôpital Bichat. Elle travaillait alors au lancement de l’essai clinique européen Discovery. Nous la retrouvons aujourd’hui, un peu moins d’un mois plus tard. Un mois de fatigue accumulée, un mois de montagnes russes émotionnelles qu’elle qualifie pudiquement de «très intense».

«Nous avons désormais 620 patients en France dans Discovery, dont 52 à l’Hôpital Bichat, sur un objectif de 800. L’essai clinique a dû être suspendu deux semaines car le Remdesivir, un des médicaments testés, n’était plus disponible en France. Nous avons également rencontré d’importantes difficultés après la sortie du premier article du professeur Raoult: les patients réclamaient d’être traités à la chloroquine et beaucoup ont refusé de participer à Discovery. Cela nous a obligé à fournir un travail supplémentaire pour expliquer, notamment dans les médias, qu’il n’y avait aucune preuve de l’efficacité de la chloroquine à ce stade.

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Une raison d'espérer

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A l’aide de deux projecteurs professionnels prêtés par la société Magnum, deux habitants de Paris illuminent les barres d’immeubles du XVIIIe arrondissement de la ville. Ils diffusent, chaque soir ou presque, des hommages aux soignants (ici, à un médecin disparu du Covid-19 fin mars). Ce samedi, Le Parisien consacrait un article à leur projet. Le plus? Chacun peut soutenir l’initiative, en proposant à la projection des photographies de ses proches investis en première ligne contre le virus, à travers une page Facebook dédiée.


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Le coronavirus sur Heidi.news

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Annick Chevillot / Heidi.news

Une nuit de drames et de larmes aux soins continus. 24 heures au CHUV, épisode 6. La nuit est tombée sur le grand hôpital. La tension monte. Sur les écrans de contrôle, les alertes résonnent presque sans arrêt. Des patients sont en situation critique. Une famille se présente, pour les adieux. Le Covid-19 emportera sous mes yeux plusieurs vies au CHUV, malgré l’incroyable dévouement des médecins et des soignants.

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Annick Chevillot / Heidi.news

Quand il faut dire à un patient que la maladie va gagner. 24 heures au CHUV sur le front du coronavirus, épisode 5. La transmission des dossiers de patients entre l’équipe médicale de jour et celle de soir a eu lieu. Vers 17h45, les médecins doivent expliquer la gravité de sa situation à un patient qui n’en a pas conscience. J’ai été acceptée dans la chambre. Le choix est inique: l’intubation avec peu de chance de se réveiller, ou des soins palliatifs pour partir en douceur.

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Les conseils d’un psy pour conserver son intimité et préparer le déconfinement. En complément de notre Exploration sur le psychiatre et psychanalyste Robert Neuburger, nous lui avons demandé ce qu’il pensait des effets du confinement. Il a deux conseils aux familles: bien se répartir les tâches, en pratiquant par exemple l’alternance parentale, et organiser des réunions, comme pour les associations, avec un ordre du jour.

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A Milan, le plan de sortie de crise laisse perplexe. En Lombardie, le gouvernement régional a mis au point un programme de sortie de crise en quatre temps: «numérique, diagnostics, masques, distanciation sociale». La formule se veut percutante, mais elle ne convainc pas, loin s’en faut, Gea, notre correspondante à Milan.

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«L’être humain ne peut pas être réduit à un porteur potentiel de virus.» Pour Markus Gabriel, le Wunderkind de la philosophie allemande, la crise du Covid-19 représente une chance d’inaugurer une nouvelle norme.

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300 scientifiques contre l’approche centralisée du pistage numérique. Après l’annonce de la désolidarisation de l’EPFL puis de l’ETH Zurich du projet européen de contact tracing, qui devait voir la création d’un standard commun, c’est au tour de 300 scientifiques de 25 pays de signer une déclaration commune par laquelle ils défendent une approche décentralisée. Une manière de se distancier du consortium PEPP-PT, qui a défendu une approche peu claire, qui poserait un certain nombre de risques pour les données personnelles des utilisateurs.

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La pandémie en direct. Les grandes étapes de l’épidémie de Covid-19 en Suisse et dans le monde. Mis à jour quotidiennement.

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Sarah Sermondadaz est journaliste scientifique pour Heidi.news et chef d’édition du flux sciences. Pour lui écrire, c’est par ici.


Depuis le début de l’épidémie, Heidi.news assure une couverture quotidienne sur le Covid-19, avec des informations pointues, vérifiées et fiables. Depuis le 17 mars, nous complétons notre couverture par cette newsletter gratuite, le Point Coronavirus, qui aborde désormais chaque jour les enjeux de la sortie de crise selon une thématique différente: économie, sciences, santé, éducation et culture.

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