Bonjour, c’est Sarah pour les sciences. Aujourd'hui, nous nous intéressons au regard des sciences sociales sur un phénomène nouveau: les réfractaires anti-masques qui refusent, envers et contre tous, de le porter.

Nous revenons aussi sur SolarStratos, un avion solaire qui ambitionne d'atteindre la stratosphère, et sur les feux de forêt qui ravagent notamment l'Arctique cette année.

Sarah Sermondadaz, Genève
31.08.2020


«Le masque touche à l’identité, d'où des réactions fortes, voire violentes.»

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GAETAN BALLY/KEYSTONE

Fiorenza Gamba est sociologue et anthropologue à l’Institut de recherches sociologiques (IRS) de l’Université de Genève. Au printemps, elle a co-dirigé l’ouvrage collectif Covid-19: le regard des sciences sociales, édité en allemand et en français aux éditions Seismo.

Spécialiste des rituels, elle répond aux questions de Heidi.news sur ce phénomène social nouveau révélé par l’obligation de port du masque: les réfractaires qui refusent, envers et contre tous, de le porter. Pandémie de Covid-19 oblige, le port du masque est en effet devenu obligatoire dans les transports, ainsi que dans les commerces de plusieurs cantons depuis peu. Elle tire également le bilan de l’expérience collective inédite que nous avons vécue ce printemps avec la première vague de coronavirus, et la façon d’aborder le rebond épidémique actuel.

Heidi.news — Ce samedi 29 août, des militants anti-masques ont manifesté à Zurich. En France ou en Allemagne, plusieurs agressions ont eu lieu pour ce motif. Que révèle cette tendance? Faut-il craindre sa contagion dans la société?
Fioranza Gamba — Le refus du port du masque est un comportement très grave, mais qui reste heureusement limité, du moins en Europe. Les agressions pour ce motif se doublent souvent d’autres problématiques sociales: ce ne sont presque jamais des actions organisées, mais des réactions violentes face à qui est perçu comme l’autorité. Bien sûr, il ne faut pas sous-estimer ce phénomène. Mais il serait tout autant dangereux de construire une représentation erronée où toute la société serait dans une telle situation. Pour l’instant, c’est plutôt le respect de l’impératif qui prédomine.

Ce sont des cas singuliers qu’il convient d’observer et de surveiller, mais qui peuvent être liés à des raisons très différentes. L’objet du masque, en soi, touche à l’identité, c’est pour cela qu’il provoque des réactions fortes, voire violentes. Le visage restait l’un des derniers liens pour garder le contact avec les autres, le cacher peut provoquer un malaise. Car jusque-là, se masquer le visage était assimilé à des phénomènes négatifs ou exceptionnels, comme les cambriolages, ou encore au carnaval.

Il faut aussi voir que la pandémie a révélé, plutôt qu’engendré, l’état de polarisation de la société. Mais nous payons aussi le prix de l’incertitude, qui a donné lieu ce printemps à des contradictions entre certains avis d’experts, certaines informations, ou encore certaines recommandations. Après, il y a aussi chez certains une dimension complotiste, qui va de pair avec un refus de la science, ou un refus de l’autorité: si l’on estime que l’on n’est pas sûr, alors on ne voit pas pourquoi on accepterait une mesure limitante pour sa liberté individuelle. Après, bien sûr, il y a le prétexte politique de la protestation. C’est aussi pour cela que l’on entend surtout le refus des personnes les plus politisées.

Aurait-on pu améliorer la communication de crise des autorités afin de mieux prendre en compte ces réactions individuelles parfois violentes engendrées par l’incertitude ou les messages contradictoires?
Répondre à votre question n’est pas facile, car il n’y a pas de recette miracle. La pandémie a montré en pleine lumière la fragilité de nos sociétés contemporaines. Nous avons été exposés, ce printemps, à une grande quantité d’informations parfois contradictoires: médias, recommandations sanitaires… Peut-être qu’en présence d’incertitude, il faudrait s’accommoder à en dire moins. En Italie par exemple, certaines règles changeaient littéralement tous les quelques jours. Tout cela peut accroître le malaise individuel. Ce qu’on note aussi, c’est que dans les pays où les mesures sanitaires sont perçues de manière coercitives, avec des amendes, comme en France, cela donne à la population un fort sentiment d’être dépassée, qui ouvre la possibilité de rébellion.

Je pense pour ma part que la solution passe par la responsabilisation. Nous avons, dans la vie de tous les jours, une responsabilité envers autrui, il nous faut l’étendre. Cela donne des réponse non seulement plus utiles, mais aussi plus satisfaisantes. Il s’agit de n’être non plus seulement objet des mesures sanitaires, mais pleinement sujet.

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SolarStratos expliqué par son fondateur

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Raphaël Domjan lors de son saut depuis l'avion solaire SolarStratos | Fred Merz / Lundi13 / SolarStratos

Raphaël Domjan réalisait, le 25 août dernier, le premier saut en parachute depuis un avion électrique solaire dans le cadre de la mission SolarStratos à l’Aéropôle de Payerne. Il s’agit du premier saut réalisé depuis un avion électrique, qui vole grâce à des batteries Li-Ion. L’explorateur répond aux questions de Heidi.news sur l’avenir de l’aviation électrique.

Avec SolarStratos, Raphaël Domjan ambitionne de monter jusqu’à la stratosphère, à près de 20 kilomètres d’altitude. L’explorateur n’en est pas à son coup d’essai pour promouvoir la mobilité électrique et le photovoltaïque, puisqu’il a déjà réalisé un tour du monde en catamaran solaire en 2012 avec la fondation PlanetSolar et mis au point un kayak muni de panneaux photovoltaïques pour l’exploration polaire.

Heidi.news — Pour en revenir au 25 août dernier, quel était l'intérêt de ce saut, au-delà de réaliser une première?
Raphaël Domjan — Ce saut peut paraître inutile, mais pour moi c'est certainement l'une des démonstrations les plus importantes. Avec PlanetSolar, notre catamaran solaire, nous avions démontré la possibilité de réaliser des activités utiles comme le transport de marchandises et de personnes. Mais qu'en est-il des activités de loisirs, qui polluent aussi pour certaines?

Le saut en parachute, par exemple, implique un avion qui passe son temps à monter et descendre uniquement pour permettre aux gens de sauter. Nous avons voulu montrer que ces activités pouvaient se poursuivre en respectant davantage l’environnement, presque sans bruit et sans émissions de gaz à effet de serre. Nous avons réalisé un rapide calcul sur ce point. Les avions de parachutisme volent essentiellement le week-end. La plupart sont entreposés dans des hangars dont le toit n'est pas utilisé. Même sans installer de panneaux photovoltaïques sur l'avion, on arriverait à maintenir le même niveau d’activité huit mois par an, grâce à des avions électriques rechargés la semaine avec des panneaux solaires installés sur le hangar.

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Le paradoxe des feux de forêt

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Les émissions de CO2 dans l'atmosphère par les feux de forêt diminuent, mais c'est aussi parce que la part des surface déboisées augmente. | Copernicus

En septembre 2019, les incendies en Amazonie inquiétaient le monde. Après les gigantesques feux de forêts en Australie à l’hiver 2019, la Californie vient de voir près de 500’000 hectares partir en fumée, et l’Arctique l’équivalent de la surface de la Grèce. 2020, année record en termes d’incendies? Cela préfigure-t-il le futur? Heidi.news a posé ces questions à Mark Parrington, responsable scientifique et expert en feux de forêt au sein du service de surveillance de l'atmosphère Copernicus (CAMS) de l'Union européenne.

Les feux de forêt représentent environ 20% des émissions globales de CO2 (7,8 milliards de tonnes sur un total de 36 milliards de tonnes en 2019). Contre toute attente, 2020 n'est pas une année si exceptionnelle: les émissions de CO2 totales tendent même à diminuer, car les feux de déboisement destinés à gagner des terres pour l’agriculture dans la zone tropicale sont moins nombreux. Mais les feux de forêt sont de plus en plus intenses, notamment dans des régions inhabituelles, comme l'Arctique.

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Le monde change, la presse aussi

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Une raison d'espérer

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TikTok/The Guardian

Des influenceurs TikTok pour la planète. Que se passe-t-il sur TikTok, ce réseau social vidéo plébiscité par les plus jeunes? Là où il serait tentant de ne voir que des échanges de gags plus ou moins amusants, entre grimaces, playbacks improbables et animaux mignons, une nouvelle génération d'influenceurs verts s'est emparée du média. Leur ligne éditoriale: écologie, biodiversité ou même de culture de légumes.

The Guardian (EN)

Séance de rattrapage

Si vous les aviez ratés, voici quelques articles publiés ces derniers jours sur le Flux Sciences.

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La station spatiale internationale | Nasa

Bactérie téléphone maison. A bord de la Station spatiale internationale (ISS), une expérience japonaise a étudié la survie dans l'espace de bactéries particulièrement résistantes. Ses résultats sont étonnants: sous formes de petits amas, ces microbes seraient capables de résister trois ans dans l'espace, soit la durée du voyage de Mars vers la Terre! Tout du moins, jusqu’à la rentrée atmosphérique… Ces résultats rouvrent les débats sur l’origine de la vie terrestre.

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Les animaux, experts de la distanciation. La «distanciation sociale» voilà un terme qui s’est imposé à nous en quelques mois. Les changements, imposés par le coronavirus, dans nos relations avec les autres sont parfois difficiles à accepter et nous semblent peu naturels… Et pourtant! Dans la nature, la distanciation sociale en cas d’épidémie est fréquemment pratiquée, et ce par de nombreuses espèces sociales, des insectes aux mammifères.

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Une méta-analyse fait le point sur les essais de l'hydroxychloroquine. Il s’agit de l’une des méta-analyses les plus robustes consacrées à cette question, qui a fini par devenir un débat sans fin: l’efficacité (ou non) de l’hydroxychloroquine, avec ou sans azithromycine, sur les patients Covid-19 hospitalisés. Avec une précision de taille: elle émane de six jeunes chercheurs, suisses, français et tchadien, et a été réalisée sur leur temps libre et de leur propre initiative. Et ce pendant le confinement, en pleine polémique marseillaise, lorsqu’ils ont commencé à échanger via les réseaux sociaux.

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Les chauve-souris, ambassadrices de la nuit et de la biodiversité. Ces petits mammifères vivent parmi nous, souvent à notre insu. Pascal Moeschler, directeur du Centre de coordination ouest pour l'étude et la protection des chauves-souris (CCO), basé au Museum d’histoire naturelle de Genève, détaille l’état des lieux de la conservation des chiroptères helvétiques.

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Les milieux scientifiques contre l'initiative de limitation. Le peuple suisse votera le dimanche 27 septembre sur l’initiative «Pour une immigration modérée», connue aussi sous le nom d’«initiative de limitation». Ce jeudi 27 août, un mois jour pour jour avant l’échéance, les institutions suisses de recherche et de formation se sont réunies à Berne pour marteler ensemble leur message: un oui, qui mettrait fin à la libre circulation des personnes et entraînerait la résiliation de l’accord sur la recherche avec l’Union européenne, aurait des conséquences dramatiques sur la science suisse.

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Le blé du futur poussera-t-il dans une ferme verticale? Cinq récoltes par an au lieu d’une seule: c’est la promesse de l’agriculture verticale. Les légumes et les fruits poussent dans des immeubles, étage après étage, dans d’immenses salles superposées. Mais la promesse pourra-t-elle être tenue?

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Pendant ce temps sur Heidi.news

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Keystone / Laurent Gilliéron

SwissCovid fonctionne... si on l'utilise! SwissCovid peine à convaincre: elle compte environ 1,5 million d’utilisateurs actifs, pour 2,2 millions de téléchargement. Un sondage d’opinion montre que les réticences d’usage vont des doutes sur son efficacité aux craintes quant à la protection des données en passant par le refus de laisser le Bluetooth activé toute la journée. Mais pour l'OFSP, les résultats sont encourageants, et prouvent que l'application fonctionne.

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Le mythe de la femme chef d'Etat «Mère Corona». Les pays dont les chefs de gouvernement sont des femmes, à l'image de la Nouvelle-Zélande dirigée par Jacinda Ardern, se seraient mieux sortis de la première vague du coronavirus que les autres. Est-ce là un cliché?

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La forêt qui valait un milliard. Nous avons vu au 1er épisode qu’une étrange réunion allait avoir lieu près d'Ollon, dans l’est vaudois, entre deux éclaireurs de la firme Orllati et des paysans retranchés dans l’abbaye millénaire de Salaz. Nous avons aussi constaté que le canton de Vaud souffrait d’une terrible addiction au sable, lequel se fait rare. Passons maintenant de l’autre côté du canton. A Ballens, près de Morges, s’est joué une autre bataille, dont la première manche a été remportée par le géant LafargeHolcim.

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Abolir le règne des faux médicaments. Ils sont partout sur le continent et tuent des dizaines de milliers d’Africains chaque année: les faux médicaments pullulent et les autorités peinent à les détecter. L'entreprise ghanéene mPedigree est en train de changer la donne avec un code numéroté à coller sur les boîtes de pilules.

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Echec et mat. Le BD Reporter Hippolyte devait embarquer à bord de L’Ocean Viking, le bateau de SOS Méditerranée, que la crise du Covid avait laissé à quai le temps d’un «printemps noir», nom donné à ce début d’année par les associations au vu de l’augmentation des embarcations de migrants et de l’absence de navires de sauvetage. A quai, l'attente s'éternise.

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Les grandes étapes de la pandémie. A la mi-journée, l’OFSP a annoncé 163 nouveaux tests positifs, 3 nouvelles hospitalisations et un nouveau décès, pour 4’738 tests effectués ces dernières 24 heures. Sur ces nouveaux cas, 57 sont réellement attribués au 30 août. Retrouvez les principales informations des derniers jours ci-dessous.

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Sarah Sermondadaz est journaliste scientifique et responsable du Flux Sciences pour Heidi.news. Pour lui écrire, c’est par ici.


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l'édition de vendredi

Bonne soirée!

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