Bonjour, c’est Serge pour vous parler de sciences, ou plutôt d'anti-sciences. Ce soir, nous lançons notre nouvelle Exploration, sur les conspirationistes acharnés de Suisse romande. Nous avons demandé au journaliste Sami Zaïbi de se faire passer pour l'un d'eux, afin de les raconter de l'intérieur.

Pour décrypter le phénomène, nous avons aussi échangé avec Sebastian Dieguez, chercheur en neurosciences à l'Université de Fribourg.

Serge Michel, Genève
28.09.2020


Chers conspirationistes, ce message est pour vous!

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Le groupe d'Agora TV lors de l'annonce du référendum anti-SwissCovid, à Berne, le 21 juillet 2020. On reconnaît là Jean-Dominique Michel (en haut à gauche), Chloé Frammery (blonde avec chemisier vert) ou François de Siebenthal (en T-shirt blanc)

Chères et chers adeptes des théories du complot de Suisse romande et d’ailleurs, pour une fois, nous allons vous donner raison!

Vous êtes convaincus que tout est manipulation? Alors voilà. Le jeune homme que vous avez accueilli parmi vous durant près de deux mois cet été n’était pas un sympathisant de vos causes farfelues, mais un journaliste en mission «undercover» (sous-couverture) pour Heidi.news.

Désormais sorti de vos rangs, Sami Zaïbi raconte son séjour passionnant parmi vous dans les sept épisodes que nous allons publier ces prochains jours ainsi que dans un reportage produit par nos consœurs et confrères de Léman Bleu. Avec du respect pour vos différentes personnalités, même si certaines sont excentriques, mais une saine distance avec vos idées, qui sont abracadabrantes et dangereuses.

Je me souviens de cet appel de Sami en août, alors qu’il était encore parmi vous:

«Il y en a une qui vient de me dire, face caméra, qu’il y avait une deuxième Suisse, sous la Suisse, une Suisse souterraine, avec les mêmes rues, les mêmes magasins, et que c’était là que l’Etat cachait les enfants qu’il a arrachés aux familles, pour que les réseaux pédocriminels puissent venir se servir».

Cela pourrait prêter à sourire. Dans Tintin, cette brave dame serait affublée d’un entonnoir sur la tête et prêcherait la fin du monde, dans l’indifférence générale. Mais en ces mois de pandémie et d’incertitudes, vos théories ont bénéficié d’un écho gigantesque. Vos vidéos font des dizaines de milliers de vues. Elles participent de ce «floutage» de la réalité, de ces «vérités alternatives» dont bénéficient les politiciens populistes. D’ailleurs, beaucoup d’entre vous considérez Donald Trump comme un héros.

Sur Facebook, tout se vaut. On peut liker et partager aussi bien la «révélation» que le Covid-19 a été préparé par Bill Gates pour nous enfiler des puces dans le corps que l’article sérieux sur les séquelles à long terme du Covid. Comme l’humain est humain, le premier contenu aura plus de succès que le second…

Pourquoi 50% d’Européens se montrent ils perméables à au moins l’une des théories de votre bouquet conspirationiste? Parce que vous offrez des certitudes à l’emporte-pièce et la lecture simple d’un monde compliqué. «Le monde est dominé par les francs-maçons», comme vous dites, est un message plus digeste que des années d’études de sciences politiques. Vous ignorez le «je ne sais pas» des scientifiques et des journalistes au début de leur enquête. Et cela vous gonfle d’orgueil, d’un sentiment de supériorité face aux «masses manipulées». Vous savez tout, vous expliquez tout, ce qui fait mouche dans un monde inquiet.

Pour nous, tout a commencé par ces lettres d’insultes que nous avons reçues de certains d’entre vous dès le début de la pandémie. Nous autres journalistes étions des soumis, des débiles, des lèche-bottes des puissants, des affidés de Bill Gates, des décérébrés, des victimes consentantes. Notre mort était annoncée, parfois souhaitée.

La violence de vos propos nous a interpellés. De même que le succès de vos vidéos sur Agora TV. Nous avons voulu amorcer un dialogue, vous n’avez jamais répondu à nos questions. Alors j’ai appelé Sami Zaïbi, l’un de mes anciens étudiants au Master de journalisme à Neuchâtel, et lui ai proposé une mission «un peu kamikaze».

Certes, la méthode de l’infiltration est discutable. L’article 4 de la convention de Munich sur les droits et devoirs des journalistes exige que les informations soient obtenues par des «méthodes loyales». Mais l’article 1, lui, demande de respecter la vérité. En ce qui concerne le journalisme «undercover» et les caméras cachées, la jurisprudence suisse et européenne (arrêt Haldimann, 2015) exige, pour les justifier, que l’information ainsi obtenue soit d’intérêt public et qu’il n’y ait pas d’autre moyen de l’obtenir.

Pour moi, ces deux conditions sont réunies. Car voilà, sans ôter le suspense de la série en cours, ce que nous apprend le séjour de Sami Zaïbi parmi vous:

- Votre positionnement politique allie les deux extrêmes, de la gauche altermondialiste à la droite ultranationaliste, des «gilets jaunes» à l’UDC, en passant par Donald Trump et le soutien à des personnalités controversées comme le comique Dieudonné, condamné pour propos racistes et antisémites.
- Votre idéologie est empreinte d’un substrat religieux que n’incarnent pas les églises traditionnelles. En témoignent vos constantes références à «Satan» derrière les soi-disant complots que vous dénoncez.
- Votre stratégie est clairement celle d’une conquête de l’opinion. Pour cela, vous êtes prêts à mettre parfois de côté vos idées les plus farfelues pour rassembler autour de sujets plus «mainstream», comme l’opposition à l’application SwissCovid ou le rejet du port du masque. Je me demande comment vont réagir à la lecture de notre série les politiciens comme l’UDC Jean-Luc Addor qui se sont associés à certaines de vos causes sans forcément connaître l’ensemble de votre idéologie.

Au fur et à mesure des semaines passées en votre compagnie, nous avons réalisé à quel point vous vous inscrivez dans le sillage du mouvement américain QAnon. Les deux similitudes les plus frappantes sont:
- Le regroupement au sein de votre mouvement de tous les complots: 5G, Bill Gates, vaccins, pandémie, pédocriminalité d’Etat, etc.
- Vous entendez jouer un rôle politique, comme QAnon le fait en soutenant Donald Trump et des dizaines de candidats au Congrès américain. Vous êtes profondément anti-démocratiques mais n’hésitez pas à faire usage des outils de la démocratie directe. Par exemple en lançant le référendum anti-SwissCovid (fin de la récolte des signatures prévue ce jeudi 8 octobre) et l’organisation de manifestations publiques anti-masques, comme celle du 12 septembre à Genève.

PS. Au cours de notre enquête, nous avons découvert que plusieurs d’entre vous, et notamment Chloé Frammery, votre figure centrale, étiez enseignants, employés par les départements romands de l’instruction publique. Nous n’avons pas l’intention d’attenter à votre liberté d’expression. Mais exposer des enfants à vos théories anti-scientifiques et anti-démocratiques ne nous paraît pas une bonne idée. Nous allons par conséquent interpeller les DIP vaudois et genevois à ce sujet.

Sortir de la matrice, mode d'emploi (le 1er épisode) (FR)

«Il existe des dispositions psychologiques, sociales et culturelles au complotisme»

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MARTIAL TREZZINI/KEYSTONE

Sebastian Dieguez est chercheur en neurosciences au Laboratoire de sciences cognitives et neurologiques de l'Université de Fribourg. Auteur de l’ouvrage «Total Bullshit: au coeur de la post-vérité» paru en 2018, ce dernier a beaucoup écrit sur les complotismes. Aujourd'hui, la crise sanitaire de Covid-19 semble donner un nouveau souffle aux théories du complot. Que se passe-t-il dans le cerveau des complotistes? Interview.

Heidi.news – Vous dites qu’il existe des dispositions psychosociales au complotisme. Comment devient-on complotiste? Et à partir de quand peut-on vraiment parler de complotisme?
Si l’on veut identifier quels individus sont les plus susceptibles d’adhérer à une théorie du complot, on se rend compte que le meilleur prédicteur, c’est le fait de déjà croire à plusieurs théories du complot. D’un point de vue psychologique, il existe des structures de croyances qui favorisent l’accumulation d’idées de ce type. Si l’on parlait de théories scientifiques, cela n’aurait rien de surprenant, car il y a un dénominateur commun, en l’occurrence la réalité. Ce n’est pas le cas avec les croyances complotistes, qui peuvent être très différentes les unes des autres – dans les faits, il tend à y avoir une hiérarchie implicite des idées complotistes. Par exemple, une posture anti-vaccination, une vision alternative de ce qu’il s’est passé 11 septembre 2001, ou le jour de l’assassinat de JFK, pris séparément, ne font pas de quelqu’un un complotiste dans tous les domaines. En revanche, les études montrent qu’il est quasiment impossible de penser que la Terre est plate si on ne croit pas déjà à quasiment toutes les autres théories du complot.

On peut devenir complotiste pour toutes sortes de raisons: une disposition à la méfiance, le manque d’éducation, l’anxiété, le ressentiment, l’excès de confiance, un goût pour les idées à contre-courant… mais le risque, selon les personnes, c’est celui de l’escalade, en particulier dans ces grandes manifestations fourre-tout où l’on mélange masques, 5G, coronavirus, antisémitisme, vaccination et autres. En manifestant aux côtés de gens dont on ne partage pas toutes les croyances, on peut développer une forme de tolérance à toutes sortes d’idées farfelues et dangereuses.

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Ca peut vous étonner

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FABRICE COFFRINI/KEYSTONE

Il faudra bientôt y réfléchir à deux fois avant de parler de «cervelle d'oiseau». Car certains d'entre eux, comme les corvidés (famille des corbeaux et corneilles), disposent d'un niveau cognitif comparable à celui des grands singes, selon une étude publiée la semaine dernière dans Science. Une seconde étude, également publiée dans Science le même jour, s'intéresse aussi à l'anatomie du cerveau de la chouette effraie et du pigeon.... et rappelle que l'oiseau urbain, lui aussi, peut apprendre à compter.
A lire sur Statnews


Séance de rattrapage

Si vous les aviez ratés, voici quelques articles publiés ces derniers jours sur le Flux Sciences.

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Le temps expliqué par Tenet. Le temps qui passe nous est familier, il rythme toute notre vie. Mais au delà du tic tac des aiguilles de ma montre, au-delà de la position du soleil dans le ciel, au delà des rides qui s’installent au coin de mes yeux, c’est quoi, le temps? Explications en vidéo à travers ce nouvel épisode de PopScience.

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La nouvelle loi sur le CO2 enfin adoptée au Parlement. Après un parcours parlementaire riche en rebondissements, la révision totale de la loi sur le CO2 a été adoptée le 23 septembre aux Chambres fédérales. Elles ont accepté les propositions de la conférence de conciliation chargée d’aplanir les dernières divergences.

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100'000 francs pour la biodiversité en milieu urbain. La fondation Sophie et Karl Binding, basée à Bâle, a annoncé ce lundi 28 septembre un appel à projets pour valoriser la biodiversité en milieu urbain. A la clé, un financement de 100'000 francs pour le projet sélectionné. Le dépôt des projets est ouvert jusqu’au 31 janvier 2021.

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Tout comprendre sur l’impact social, environnemental et politique du numérique. Comment les droits de visite des parents divorcés ont-ils été transformés par Zoom? Pourquoi des États comme l’Italie privilégient-t-ils la communication via Facebook avant leurs télévisions publiques? Ces questions et bien d’autres seront au cœur du cycle de quatre conférences intitulées «Parlons numérique», ouvertes au public, organisées à partir du 30 septembre et jusqu’en décembre par l’Université de Genève via son bureau de la transformation numérique.

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En quoi consistent les travaux de Maryna Viazovska, primée par le prix Latsis? La mathématicienne ukrainienne Maryna Viazovska, professeure à l’EPFL, est la lauréate du prix Latsis 2020. Chaque année, ce prix récompense une ou un jeune scientifique de moins de 40 ans pour la qualité de ces travaux. La mathématicienne, aujourd’hui titulaire de la chaire de théorie analytique des nombres à l’EPFL, a accompli, en 2016, une percée inédite dans la compréhension d’un problème vieux de plusieurs siècles: l’empilement de sphères de même diamètre, de la façon la plus compacte possible dans l’espace. Par courriel, un lecteur nous a demandé d’expliquer en quoi consistent ces travaux.

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Pendant ce temps sur Heidi.news

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Sur le chemin de l'école pour se rendre à l'école primaire du Sécheron à Genève, août 2020. | Keystone / Salvatore Di Nolfi

Les enfants enrhumés doivent-ils se rendre à l’école? En Suisse, toutes les personnes présentant des symptômes de Covid-19 sont invitées à se faire tester. La situation est cependant particulière pour les enfants de moins de 12 ans, pour qui le dépistage n’est pas systématique. Le 25 septembre, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a publié de nouvelles recommandations à ce sujet afin de clarifier les critères de dépistage et d’exclusion dans les écoles et les structures d’accueil.

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Pour l'ONU, le risque d'une décennie perdue. Le monde se dirige-t-il vers une "décennie perdue"? Si les dirigeants ne parviennent pas à s'entendre sur un plan de relance global, les Nations unies alertent sur un risque bien réel de récession à double creux – ou scénario en W. En clair, la reprise économique qui a suivi l’arrêt des activités économiques pendant le confinement pourrait avorter rapidement, pour laisser place à une profonde récession mondiale.

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Avions de combat: le débat ne fait que commencer. Quel suspense! La Suisse aura donc, à l’horizon 2030, entre 30 et 40 nouveaux avions de combat. Le peuple, en a donné l’ordre au gouvernement à une très infime majorité de 10’670 voix (50,1% de oui), ouvrant désormais la voie à d’autres débats, longs et animés. Mais dans les faits, la Suisse n’a ni vraiment dit oui, ni vraiment dit non.

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Craintes d'une «chasse aux sorcières» dans les universités de Hong Kong. Les étudiants y postaient des affiches appelant à défendre la démocratie. Cet espace de libre expression a été réduit en lambeaux par une vingtaine de personnes non identifiées samedi dans l’enceinte de l’Université de Hong Kong. C’est donc dans un climat tendu que les étudiants reprennent cette semaine le chemin des universités, après des mois de fermeture liée aux manifestations et à la pandémie. Les enseignants racontent «leur peur d’être dénoncés» et s’inquiètent pour les libertés académiques de la région administrative spéciale.

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Les grandes étapes de la pandémie. A la mi-journée, l’OFSP a annoncé 782 nouveaux tests positifs, 26 nouvelles hospitalisations et 2 nouveaux décès, pour 22’869 tests effectués ces dernières 72 heures (depuis vendredi 25 septembre). Sur ces nouveaux cas, 64 sont réellement attribués au 27 septembre. Retour sur les grandes dates de l'épidémie.

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