Bonjour, c’est Florent pour discuter de sciences avec vous. Aujourd'hui, Philippe Cousteau, petit-fils du célèbre océanographe Jacques-Yves Cousteau, nous parle des projets d'aires marines protégées autour de l'Antarctique qui pourraient aboutir cet automne.

Néanmoins, derrière les bonnes intentions se cachent des enjeux géopolitiques complexes entre les grandes puissances qui assurent la gouvernance du continent blanc.

Florent Hiard, Fribourg
17.08.2020


«Si l'Antarctique se dégrade, chaque humain en souffrira»

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Philippe Cousteau | EarthEcho International

Verra-t-on l'Antarctique se doter de nouvelles aires marines protégées (AMP) d'ici la fin de l'automne? Trois zones marines autour du continent sont actuellement en lice pour obtenir ce statut, qui permet de limiter la pêche et l’exploitation des ressources naturelles. Cumulées, ces zones représenteraient près de 4 millions de km² de mers protégées.

Antarctica2020, une initiative internationale portée par diverses personnalités et influenceurs, milite pour que les trois zones marines concernées reçoivent le statut d'AMP. Afin de comprendre les enjeux, Heidi.news a échangé avec Philippe Cousteau, petit-fils du célèbre océanographe Jacques-Yves Cousteau et l'un des porteurs du projet Antarctica2020.

Heidi.news — En quoi est-il important de protéger l'Antarctique en particulier?
Philippe Cousteau — On pense souvent à l'Antarctique comme à l’une des victimes du changement climatique. Nous avons pu voir que ces environnements changent rapidement. L'Antarctique a connu cette année une vague de chaleur de plus de 20°C, accélérant la fonte de ses glaciers. Or les pôles en général, que ce soit l'Arctique ou l'Antarctique, contrôlent le système océanique mondial, et permettent ainsi de refroidir le système climatique. Si l'Antarctique se dégrade, cela ne fera qu'accélérer le changement climatique et renforcer ses conséquences à travers le monde. Au final, chaque humain sur Terre en souffrira.

Ce n’est qu’une partie du problème; on oublie souvent qu'une large part des nutriments à la base des réseaux alimentaires des océans sont produits en Antarctique. De fait, ce sont l'ensemble des ressources marines, à l'échelle mondiale, qui dépendent de l'Antarctique. La bonne nouvelle est que nous avons des outils efficaces pour aider la nature à gagner en résilience. L'un d'entre eux est justement d'instaurer des zones protégées. Le continent Antarctique lui-même est déjà protégé, mon grand-père y a d'ailleurs fortement contribué il y a plusieurs décennies de cela. Cependant, à l'exception de la mer de Ross, du côté pacifique de l'Antarctique et qui n'est protégée que depuis peu, il n'y a pratiquement aucune protection autour de ce continent. Or on ne peut pas séparer les terres et les mers, elles ne forment qu'un seul et même système.

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La géopolitique de l'Antarctique, entre protection et convoitises

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Image d'illustration | AP Fish Eye Films / JOHN WELLER / KEYSTONE

Pour défendre les populations de poissons, les écosystèmes ainsi que la biodiversité marine de l’Antarctique, l’une des stratégies internationales possibles est de créer des aires marines protégées (AMP), qui permettent d’interdire certains types de pêche et de définir des quotas pour les autres. Toutefois, la géopolitique du continent blanc est affaire complexe: ce territoire, vierge jusqu’au 19e siècle, n’est pas contrôlé par une seule mais par plusieurs nations, depuis un accord signé en 1959. Alors que la création d’une nouvelle de ces zones protégées doit théoriquement être entérinée en octobre 2020, trois AMP sont en réalité en lice. Le point sur les enjeux géopolitiques qui rendent une telle issue peu probable à cette échéance.

Pourquoi c’est compliqué. Le rapport du GIEC consacré aux océans et à la cryosphère en 2019 soulignait déjà, au-delà de la question climatique, le rôle joué par les AMP dans la protection de la biodiversité des océans, notamment près des pôles. Mais pour comprendre pourquoi autant de pays entendent aujourd’hui défendre la biodiversité du continent blanc, il faut se poser la question, en réalité indissociable, de leurs revendications territoriales en Antarctique. Car protéger une zone marine permet aussi de s’en assurer la maîtrise.

Le contexte. L’Antarctique est considéré comme une réserve naturelle: le continent est protégé par la Convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR). L’objectif de cette structure, créée en 1982, et de préserver la vie marine dans l’océan austral, qui représente 15% des océans de la planète, rappelle Mikaa Mered, professeur de géopolitique des deux pôles à l'Institut libre d'étude des relations internationales (ILERI) à Paris, et auteur de l’ouvrage Les mondes polaires. Il précise la genèse de la CCAMLR:

«Les bioressources de l’Antarctique sont exploitées depuis la fin du 18e siècle: fourrure des otaries, élépéhants de mer, huile de manchots, chasse à la baleine même au 19e siècle. Dans les années 1960 et 1970, l’océan austral est tellement surexploité que les Etats signataires du Traité de l’Antarctique (qui date de 1959) se réunissent pour mettre en place d’urgence une régulation avant qu’il ne soit trop tard. Sept ans plus tard, la CCAMLR était née.»

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Une raison d'espérer

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EPA/RALF HIRSCHBERGER

De BP à Shell, en passant par Total ou Eni, les géants européens du pétrole et du gaz ont dernièrement intensifié leurs investissements dans les énergies renouvelables et l'hydrogène, explique le New York Times. Dans le même temps, les mêmes ont annoncé avoir renforcé leur offre sur le marché du chargement des voitures électriques. Un tournant progressif qui serait en partie lié aux pressions des gouvernements et des investisseurs. De là à les voir abandonner complétement le pétrole? Non, tout de même, à en croire le PDG de Total Patrick Pouyanné, qui estime que le pétrole à bas coût fera toujours partie du futur.


Le monde change, la presse aussi

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Konrad Steffen au Groenland | Olivier Dessibourg

Konrad Steffen, prophète du réchauffement climatique porté disparu au Groenland. Co-fondateur de Heidi.news et actuel directeur de la communication scientifique pour le Geneva Science and Diplomacy Anticipator, Olivier Dessibourg rend hommage au directeur de l'Institut WSL de recherches sur la neige, les forêts et le paysage, décédé samedi 8 août lors d'une expédition au Groenland.

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La disparition de la calotte glaciaire au Groenland. Au Groenland, la fonte des glaces aurait dépassé le point de non-retour, raconte CNN. C’est ce que conclut une étude de l’Université de l’Ohio publiée dans Nature Communications Earth and Environment. «La calotte glaciaire se trouve dans un nouvel état dynamique qui implique que même si nous revenions à un climat similaire à celui que nous avions il y a 20 ou 30 ans, la masse continuerait de diminuer assez rapidement», explique Ian Howat, un des auteurs de l’étude.

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Un changement climatique et rhinocéros laineux. Jusqu’à il y a environ 14’000 ans, le rhinocéros laineux parcourait les plaines d’Eurasie. Le mystère de sa disparition plane depuis longtemps, et a donné lieu à un âpre débat parmi les paléontologues: la chasse pratiquée par nos ancêtres est-elle en cause? Pas forcément: un changement climatique brusque pourrait être en cause.

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Sabine Süsstrunk nommée présidente du Conseil suisse de la science. Professeure à la Faculté informatique et communications de l’EPFL, elle succédera à Gerd Folkers, en poste depuis 2016 en entrera en fonction en 2021.

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La reconnaissance faciale corrigée à la main dans le Valais. L’institut de recherche en intelligence artificielle Idiap, installé à Martigny et affilié à l’EPFL, a annoncé avoir lancé un programme d’annotation manuel des bases de données photographiques, notamment utilisées dans les algorithmes de reconnaissances faciales. Avec une nuance de taille: ces opérations, d’ordinaire sous-traitées sur des plate-formes en ligne par ces anonymes du bout du monde, sont ici assurées directement à l’Idiap.

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Pendant ce temps sur Heidi.news

Les limites du traçage des contacts à Genève. Le Conseil d’Etat genevois a annoncé de nouvelles mesures dans le cadre de la lutte contre le coronavirus à l’occasion d’une conférence de presse, ce lundi 17 août. Afin de faciliter le traçage des contacts en cas de contamination, le canton renforce les règles de protection pour les manifestations publiques et, pour la première fois, privées.

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La nouvelle vie de Daniel Koch chez les banquiers. La dernière fois que l’on avait aperçu Daniel Koch, il dérivait en costume dans les eaux de l’Aar. Et le voilà qui ressurgit, samedi 15 août, en guest-star d’une soirée de l’Association des Propriétaires d’Appartements et de Chalets de Crans-Montana (APACH). Mais là, nous ne sommes plus à Berne. À l’Orangerie du centre Ycoor, à Crans-Montana, l’assemblée est venue nombreuse pour cette affiche alléchante : «Comment surmonter la crise...» avec Dr. Daniel Koch et François Savary, «économiste responsable de la politique d’investissement du groupe Prime Partners», un gestionnaire d’actifs. Une soirée étonnante.

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Vers l'interdiction des thérapies de conversion. Dans la première enquête mondiale sur la réglementation juridique des soi-disant thérapies de conversion, l’Association internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes (ILGA) tire un bilan sombre de ces thérapies qu’elle qualifie de tromperies. Mais 2020 pourrait être une année charnière pour interdire des pratiques délétères et inefficaces à changer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne.

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Beyrouth, le récit d'un saccage. L'éditeur parisien Manuel Carcassonne s'est précipité à Beyrouth pour y rejoindre sa femme libanaise et leur fils, qui ont miraculeusement survécu à l'explosion du 4 août. Voici le récit intime de ses déambulations dans la ville dévastée.

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Les grandes étapes de la pandémie. À la mi-journée, l’OFSP a annoncé 128 nouveaux cas, contre 200 la veille, et pas de nouveau décès. La Suisse compte désormais 38’252 cas testés positifs, 1716 décès et une nouvelle hospitalisation en 24 heures. Pour ce qui est de la recherche des contacts, 1568 personnes sont actuellement en isolement et 4632 contacts en quarantaine. 16’131 personnes sont placées en quarantaine après être rentrées d’un pays à risque. Depuis le 24 février, 884’472 tests ont été effectués, dont 5,2% positifs: Retrouvez dans l'article les grandes étapes de l'épidémie.

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Florent Hiard est journaliste scientifique chez Heidi.news, et ancien assistant-diplômé en géosciences à l’Université de Fribourg. N’hésitez pas à lui écrire pour toute question ou commentaire.


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Bonne soirée!

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