Bonjour, c’est Alexandre pour vous parler de culture coup de poing face à la crise.

Ce soir, je rencontre Augustin Rebetez, qui rêve d'effondrement post-coronavirus. Le décor est planté. Idéal pour revenir sur la sombre affaire George Floyd, dont le meurtre révolte aussi les artistes.

Alexandre Lanz, Lausanne
05.06.2020


«J’aime l’idée du sabotage du capitalisme»

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Augustin Rebetez dans son atelier à Mervelier Photo: DR

Alors le monde c’était mieux avant, Augustin Rebetez? «C’est difficile d’avoir un avis global dans un monde ultra-connecté avec tant de réalités différentes. En Suisse, la crise du Covid-19 incite tellement à l’hygiène que j’ai envie de m’en laver les mains. L'expression Distance sociale, qui devait être le titre de mon prochain album de post-punk, est en fait de la propagande d’Etat. Ailleurs, des gens continuent de mourir étranglés par la police à cause de leur couleur de peau, des femmes continuent de se faire battre. Avec leurs cravates paternalistes de merde et leurs masques en peau de chacal, des businessmen anarchistes continuent de détruire la planète en se foutant de tout. Alors non, j’espère vraiment que ce sera mieux après», lâche l’artiste jurassien de 33 ans. Comme d'habitude, l'artiste aux mille talents n'y va pas par quatre chemins.

Livres, expositions, pièces de théâtres: depuis un peu plus de dix ans, Augustin Rebetez déploie son œuvre organique par le biais de différents médiums en Suisse et au-delà des frontières. De Lausanne à Locarno, de São Paulo à Beirut en passant par Tokyo, Varsovie, Paris, Arles, Milan, Rome et d’autres hauts lieux culturels, son univers peuplé de créatures étranges tient debout dans un savant déséquilibre.

A la fois foutraques et cinématographiques, macabres et drolatiques, ses créations ensorcellent les amoureux de l’art contemporain dans les grandes villes. Mais lui ne trouve de refuge que dans la maison qu’il a récupérée à Mervelier, dans laquelle il vit et travaille. Le printemps 2020, il ne l’a pas vécu comme un cauchemar éveillé, bien au contraire. «Pour moi, cette crise c’est un peu la revanche de la campagne», affirme-t-il. Il n’y a rien de tel que de vivre dans un trou perdu en période de pandémie.»

En temps normal, il voyage énormément. Changement de programme en mars, lorsque sa résidence en Chine est annulée, ainsi qu’un autre projet au Moyen-Orient. Pas démonté, il décide de prendre le temps de se consacrer à son prochain livre. Pas des moindres. L’ouvrage de 376 pages retrace les cinq dernières années de son travail à travers des peintures, des illustrations et des textes. «C’est une sorte de manifeste, comme tout ce que je fais», explique le lauréat de la première édition du prix de la Fondation Alfred Latour en septembre 2019. En plus de cette introspection à paraître à la rentrée aux Éditions Actes Sud, son film Love of God: in Quarantine a mis un peu de baume au cœur aux confinés romands. Mis en ligne sur Vimeo et le projet Vidygital du Théâtre Vidy-Lausanne, le court-métrage raconte l’histoire d’humains enfermés en communauté qui deviennent progressivement tous fous. Le film n’est pas à prendre au premier degré. Il avertit: «C’est un gag. Le résultat est complètement débile et assez mauvais. C’était une manière de dire qu’on peut créer de la culture à l’arrache à la maison, et remettre au goût du jour l’amateurisme. C’est l’esprit DIY que je défends depuis des années. Ce qui est trop professionnel, ça m’énerve.»

Augustin Rebetez fait partie de ceux qui croient au ralentissement, au développement durable, au consommer local. Toutes ces idéologies qui du jour au lendemain sont devenues une réalité. En tout cas l’espace de quelques semaines: «L’idée du sabotage du capitalisme me plait. Je serais très content qu’on ne puisse plus prendre l’avion, que les compagnies aériennes se cassent la gueule et que les aéroports se transforment en parcs publics, comme à Berlin, dit-il. Mais les banques continuent de se faire du pognon et au final, les perdants de cette crise sont ceux qui étaient précarisés à la base.» Loin d’être abattu par la situation, il ne s’en réjouit pas non plus. Mais il préfère envisager «l’après» comme une opportunité de repenser la culture différemment. Et se demande si l’abondance dans les domaines artistiques ne tend pas parfois à noyer le débat public qu’il est censé susciter. «Les mécanismes culturels s’enraient actuellement. C’est peut-être le moment d’envisager les choses de façon moins programmée et avec plus de spontanéité.»


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En Suisse aussi l’art devient un exutoire pour exorciser le racisme

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Œuvre d'art commémorative de Theoplis Smith III, représentant George Floyd dans le rôle de Radio Raheem, tirée de "Do the Right Thing" de Spike Lee. Le personnage est étranglé à mort dans le film. Photo: Theoplis Smith III

Pas de répit pour la communauté afro-américaine: touchée de plein fouet par le coronavirus, elle est aujourd’hui accablée par le meurtre raciste de George Floyd. Cette crise a pour conséquence une prise de conscience à l’écho international, avec des manifestations partout dans le monde. Et dans cette mobilisation, l’art est souvent érigé en moyen d’expression de la colère et de la douleur.

Un hashtag en chasse souvent un autre. Mais dans certains cas, le mouvement qu’il porte se situe au-delà du simple effet de mode. Il représente une prise de conscience collective. C’était le cas avec #MeToo en 2017, c’est à nouveau le cas avec #BlackLivesMatter, qui avait été créé suite à l’affaire Trayvon Martin en 2013 et qui s’enflamme depuis quelques jours. Deux combats totalement différents mais qui brisent des lois du silence qui se ressemblent, y compris chez nous.

Tour d’horizon et prise de température en Suisse.

A lire sur Heidi.news (FR)

Le monde change, la presse aussi

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Nouvelle revue: le Grand confinement. Que restera-t-il de cette année 2020 absolument hors du commun? Heidi.news publie une nouvelle revue exceptionnelle. Vous y trouverez les chroniques d’une journaliste qui a vécu le confinement à ­Milan, ainsi que les voix de quatre experts. Le tout ponctué par des chiffres de la pandémie, et les articles les plus importants parus ce printemps sur notre site.
L’ouvrage est signé de la rédaction de Heidi.news, avec Gea­ Scancarello, Bertrand Kiefer, Cédric Tille, Alexandra ­Calmy et Tibère Adler, éditeur et co-fondateur de Heidi.news.

Voir la revue

Une raison d'espérer

Un festival qui aura lieu. Images Vevey l'a confirmé: l’édition 2020 de la biennale d’arts visuels aura bien lieu du 5 au 27 septembre! Sous le thème «Unexpected. Le hasard des choses», le festival présentera une cinquantaine d’installations photographiques surprenantes en extérieur dans les rues, sur les façades et dans les parcs de Vevey, ainsi qu'en intérieur dans les musées de la ville ou des lieux insolites. Le programme complet sera dévoilé au mois de juillet.

Festival Images Vevey (FR)

Coronavirus sur Heidi.news

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Tirer parti des satellites pour évaluer les effets de la crise. L’Agence spatiale européenne a voulu valoriser les incroyables quantités de données dont elle dispose grâce à Copernicus, son réseau d’observation de la Terre. A la clé, un tableau de bord accessible à tous et qui permet de traduire les observations depuis l’espace en plusieurs indicateurs chiffrés, destinés à scruter les aspects non seulement économiques, mais également climatiques et environnementaux, du confinement et de la reprise des dernières semaines.

Heidi.news (FR)

Le harcèlement menace les chercheurs. Avec la pandémie de coronavirus, les scientifiques sont passés au premier plan. Qu’ils soient interrogés sur leurs recherches par les médias, ou qu’ils mènent des activités bénévoles de vulgarisation sur les réseaux sociaux, les chercheurs ont gagné une exposition inédite. Une attention souvent positive, mais qui s’accompagne aussi de sa contrepartie négative: harcèlement, lorsqu’il ne s’agit pas de menaces de mort. De part le monde, plusieurs en ont fait les frais.

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Les océans face à de nouveaux défis et à de vieux démons. La conférence internationale sur les océans organisée par le Word Economic Forum se termine ce vendredi 5 juin. Une semaine de discussions qui avait pour but de promouvoir les solutions permettant de rendre les océans et les communautés qui en dépendent plus résilients aux crises qui les touchent. La crise du Covid-19 aura mis en avant de nouveaux défis pour les océans, notamment sur l’approvisionnement alimentaire. Cela ne doit cependant pas faire oublier les autres menaces qui planent sur les mers: pollutions, chute de la biodiversité et changement climatique.

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Pas de hausse globale de la violence domestique. Depuis la mi-mars, les cas de violence domestique signalés sont restés stables par rapport à l’année dernière dans la plupart des cantons. Depuis le 11 mai en revanche, les consultations pour violence domestique ont augmenté dans les deux Bâle, en Argovie et à Soleure. Ce constat est encore provisoire: les statistiques de la criminalité et des services d’aide aux victimes sont attendues.

Heidi.news (FR)

L’étude sur les risques de la chloroquine rétractée. La fameuse étude du Lancet qui suggérait un sur-risque lié à l’emploi de chloroquine et de ses dérivés chez les patients Covid-19 vient d’être retirée par la revue. Les chercheurs, de la Harvard Medical School, avaient eu recours aux services d’une startup américaine, Surgisphere, pour collecter et analyser une masse immense de données cliniques en provenance de 671 hôpitaux sur six continents, mais des doutes ont rapidement surgi sur la fiabilité de celles-ci.

Heidi.news (FR)

Genève ferme sa hotline. Les grandes étapes de la pandémie en Suisse et dans le monde. Mis à jour quotidiennement.

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Bonne soirée!

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