Bonjour, c’est Sami au Caire, où les rues s’apprêtent à se parer de pourpre. Aujourd’hui, c’est l’Aïd Al-Adha, la fête du sacrifice, dans tout le monde musulman – sauf à Gaza, privé pour la troisième année consécutive d’animaux à égorger.

Ce matin, je vous parle de l’Iran où internet fait son grand retour, de la Méditerranée où les migrants meurent dans un silence total, ainsi que de la Turquie où l’opposition est à nouveau décapitée par la justice.

Ah, et sur une note un peu plus personnelle, je vous parle également des différences abyssales entre la façon suisse et arabe de gérer la maladie et la mort.

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Sami Zaïbi à Le Caire
27.05.2026

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Les infos que j'ai retenues pour vous

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Une créatrice de mode et une mannequin travaillent sur leurs ordinateurs à Téhéran, le 23 avril dernier. Crédits: Keystone / AP / Vahid Salemi

Retour d’internet en Iran. Hier, le gouvernement iranien a annoncé son rétablissement partiel, après environ trois mois de coupure totale . NetBlocks, l’ONG de surveillance de l’accès à internet basée à Londres, a confirmé hier avoir constaté «un rétablissement partiel de la connectivité». Ces dernières semaines, l’Iran avait déjà mis en place un système d’accès conditionnel à internet, appelé «Pro Internet», qui accorde un accès plus large à certains professionnels et entreprises, moyennant des frais plus élevés, tandis que la population ne pouvait se connecter qu’à un intranet local.

France 24 (FR)

Nouvelle opération terrestre menée par Israël au Sud-Liban. Hier, Benyamin Nétanyahou a annoncé avoir lancé une nouvelle offensive avec «d’importantes forces au sol» au nord de la ligne jaune. Celle-ci est pourtant censée faire office de démarcation entre les deux nations depuis la signature d’un cessez-le-feu théoriquement toujours en vigueur. L’armée israélienne a ordonné l’évacuation d’une vingtaine de localités et lancé plusieurs frappes au sud du pays ainsi que dans la vallée de la Bekaa, faisant au total une vingtaine de morts. Le Hezbollah affirme se battre contre des soldats israéliens qui tentent d’avancer au nord du fleuve Litani.

L’Orient-Le-Jour (FR)

En Espagne, neuf milliards d’euros pour la transition écologique. Alors qu’une vague de chaleur inédite s’abat sur l’Europe, le président espagnol Pedro Sanchez a annoncé un plan d’investissement massif pour accélérer la transition énergétique dans son pays. Il prévoit des aides à la rénovation thermique des logements et à l’installation de panneaux photovoltaïques, la mise en place d’un abonnement quasi gratuit aux transports publics, ainsi que des subventions à la mobilité propre pour les patrons de petites entreprises et les habitants des zones rurales. Le plan est financé pour un quart par l’Etat. Le reste proviendra de fonds européens qui seront débloqués quand le parlement espagnol adoptera la transposition d’une directive européenne en droit national.

France Info (FR)

Sur Heidi.news

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Plusieurs parlementaires de la droite populiste demandent d’imposer des normes de sécurité plus élevées aux vélos cargo, surtout lorsqu’ils transportent des enfants. | (Keystone / Christian Beutler)

Casques, plaques ou formations obligatoires: la droite veut remettre les cyclistes au pas En dix-huit mois, cinq élus ont déposé au Parlement des textes concernant les vélos: pour faire immatriculer les plus gros transporteurs, rendre le casque obligatoire ou encadrer le transport d’enfants. Des propositions présentées au nom de la sécurité, mais jugées peu applicables par leurs opposants

Heidi.news (FR)

Il est temps de raconter le monde

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🧑‍🔬 Voyage au cœur des labos genevois de l’innovation. Des pinces pour attraper les satellites, un implant cérébral pour rendre jaloux Elon Musk, des parfums qui changent l’humeur ou encore une buse profilée pour rendre le Jet d’eau parcimonieux mais pas moins majestueux… Les chiffres ne le disent pas forcément, mais à y regarder de près, Genève grouille d’innovations.

Notre nouveau hors-série

Dans mon radar aujourd'hui

Un nouvel Aïd sans sacrifice dans un Gaza sacrifié. Avant la guerre, la bande importait entre 40’000 et 60’0000 moutons et agneaux en marge de l’Aïd Al-Adha. Mais cette année, comme les deux précédentes, Israël a interdit les importations d’animaux vivants, tandis que les cheptels ont été décimés par la guerre. Il ne resterait plus que 3000 chèvres et moutons, selon le ministère de l’Agriculture de Gaza. Résultat: il faut compter 7000 dollars pour un mouton, contre environ 500 dollars avant la guerre.

Middle East Eye (EN)
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La tombe de mon père, à Hammamet, en Tunisie. Droits réservés

Ça m'est arrivé cette semaine

L’enterrement arabe. Cette semaine, je voulais initialement vous raconter ma nouvelle technique, drôle et diablement efficace, pour échapper aux flics véreux réclamant des pots-de-vin, après l’avoir éprouvée une fois de plus lors d’une sympathique virée dans l’oasis de Fayoum, à deux heures du Caire. Je trépignais de vous décrire les faux-semblants, le petit jeu de poker menteur, puis le changement soudain dans le regard des policiers, leur baroud d’honneur et enfin leur détresse muette. Ma foi, ce sera pour une autre fois.

Car entre-temps, j’ai appris le décès de mon oncle tunisien, le frère de mon père, vaincu par un cancer du pancréas après plusieurs semaines d’hospitalisation. Non pas que je souhaite étaler ici l’étendue de ma peine, mais c’est l’occasion de vous raconter le fossé qui sépare le monde arabe de la Suisse dans la gestion de la maladie, puis de la mort.

Et pour le coup, je parle en connaissance de cause. Il y a huit ans, mon père est lui aussi mort d’un cancer – se tuer à la tâche puis mourir subitement d’un cancer avant d’avoir pu profiter de la retraite semble être le lot des hommes Zaïbi. Puisqu’il souhaitait être enterré en Tunisie, nous avions dû gérer un nombre infini de complications administratives, logistiques et religieuses, le tout en moins de 48 heures, car l’Islam exige un enterrement rapide.

Mais tout d’abord, il y a la gestion de la maladie. Et en la matière, la culture arabe est infiniment plus prude que la culture suisse. Cela passe en premier lieu par les mots: en arabe, on utilise généralement le mot taâbane (fatigué) pour dire «malade», un euphémisme révélateur. Ce n’est que récemment, depuis que j’ai appris l’arabe, que j’ai compris pourquoi mon père disait toujours «je suis un peu fatigué» quand son visage disait «je suis gravement malade». Il rechignait à aborder le sujet. Il fallait que je me batte pour glaner le moindre détail sur l’évolution du cancer et de sa chimio.

Concernant mon oncle, cette pudeur fut même décuplée. Ses propres enfants, dont l’un vit sous son toit, n’ont appris son cancer que récemment, après des mois de maladie et de traitement. L’affaire devait rester un secret d’Etat, et n’être révélée au grand jour qu’en dernier recours. Pourquoi tant de cachoteries? Je ne parlerai pas à la place des morts, mais j’ai l’impression que ça provient d’une volonté de ne pas faire souffrir les proches. Comme si le cancer, même verbalement, devait être circonscrit à tout prix.

J’ai aussi le sentiment qu’il y a une forme de fatalisme, peut-être liée à la culture musulmane, où l’on considère que ce genre d’affaires dépasse, et de loin, notre vacuité humaine. Ce qui tranche tellement avec la façon helvétique de gérer la chose, guidée par la science, entre les multitudes de traitements pilotes, avant-gardistes ou alternatifs, et ces conversations à n’en plus finir sur les derniers scans, les derniers médicaments, les dernières technologies qui pourront, peut-être, repousser l’échéance.

Ensuite, quand la faucheuse a fait son travail, le paradigme est totalement renversé. Là où les enterrements suisses font dans la sobriété et le recueillement personnel, les enterrements arabes donnent dans l’effusion et le collectif. Il faut que tout le monde sache la perte de l’être cher. Alors on partage sur tous les réseaux sociaux l’information, ainsi que la date et le lieu de l’enterrement, qui doit avoir lieu normalement le lendemain selon la coutume musulmane.

Pendant ces quelques heures, le corps est accepté dans toute sa matérialité. Les proches du défunt sont invités à effectuer eux-mêmes les lavements. C’est effrayant, de prime abord, mais cela procure au final une sorte d’apaisement, comme me l’a confié mon cousin au téléphone l’autre jour. Puis le corps, simplement recouvert d’un drap blanc, est collectivement veillé toute la nuit, tandis que des cheikhs viennent lire des passages du Coran. Tout le monde est dans la pièce, il y règne une atmosphère unique, hors du temps et hors du monde, que je n’ai jamais ressentie ailleurs. Le sentiment d’être profondément unis, quelque part entre la vie et la mort, entre la terre et le ciel, entre soi et Dieu. Les heures s’écoulent lentement comme le miel, permettant de prendre progressivement conscience de la perte effective de l’être aimé, et permettant également d’apaiser la douleur par le temps, le partage et le rituel.

La douleur revient lors de l’enterrement, où tout va très vite, très fort. Il y a d’abord la prière et les mots criés par l’imam dans le haut-parleur saturé, puis il y a le transport du corps, toujours dans son simple drap blanc, porté par les hommes jusqu’à la tombe, où les femmes n’ont pas accès. La procession va vite, les gens hurlent, certains pleurent, les formules islamiques son scandées à pleine voix, puis le corps est déposé, toujours dans son linceul minimaliste, au fond de la sépulture, et les hommes, toujours eux, commencent à jeter la terre sur le corps qui disparaît peu à peu, et qui finira, du moins selon la tradition musulmane (excepté en Egypte où les pharaons ont transmis leur goût pour le gigantisme funéraire), recouvert d’une simple stèle, éventuellement fleurie, qui tranche là aussi avec la dimension solennelle des tombes suisses.

Il y a dans l’enterrement arabe une dimension matérielle et cathartique: il s’agit de sentir le mort, de le toucher, de vivre avec lui sa transition vers l’autre monde. Il s’agit de crier sa peine le plus fort possible, comme si tout ce qui avait été tu et retenu trop longtemps finissait par ressortir en un flot bref et tempétueux, comme un orage de fin de journée en août.

Avant que le soleil revienne, inondant de ses rayons l’au-delà ainsi que notre bas monde.

Mon labo arabo-turc

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Suite à un naufrage ayant fait plusieurs morts et des dizaines de disparus, une poignée de migrants s’accrochent à leur embarcation retournée au large des côtes libyennes, le 4 avril dernier. Crédits: Keystone / SEA-WATCH / FABIAN MELBER

Migrants morts en Méditerranée, un drame plus silencieux que jamais. Le Monde consacre une excellente série de quatre articles sur la migration clandestine en Méditerranée, où 765 personnes sont mortes depuis le début de l’année, en provenance des côtes tunisiennes et libyennes et en direction de l’Europe. Il s’agit de l’un des trimestres les plus meurtriers depuis 2014. Mais cette fois, le drame a lieu dans un silence médiatique presque total. Quant au dispositif européen, il est désormais davantage destiné à contenir le déplacement des personnes qu’à sauver des vies.

Le Monde (article offert) (FR)

Israël veut ouvrir Al-Aqsa aux Juifs. Selon une enquête de Middle East Eye, l’Etat hébreu est en train de préparer un «nouvel arrangement» pour modifier la gestion de la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu le plus saint de l’Islam. Selon le plan, le gardiennage du lieu, actuellement en mains jordaniennes, serait transféré à d’autres pays arabes (ceux ayant signé les Accords d’Abraham) de façon tournante. Mais surtout, le nouveau plan accorderait le même accès aux croyants juifs et musulmans. Les autorités israéliennes s’octroieraient également un rôle majeur dans la nomination des imams et hauts responsables de la mosquée.

Middle East Eye (EN)

Le chef de l’opposition turc destitué par la justice. Özgür Özel, chef du parti social-démocrate CHP (fondé par le père de la Turquie moderne Mustafa Kemal) a été démis de ses fonctions jeudi dernier par un tribunal d’Ankara. La Cour évoque des «irrégularités» lors du congrès du parti en 2023. Contestant un délibéré qu’il juge «nul et non avenu», Özgür Özel a ensuite été délogé du siège de son parti par les forces de l’ordre. Lundi, des milliers de militants sont venus lui apporter leur soutien, estimant que cette décision judiciaire est politique et sert à écarter l’un des hommes capables de battre Erdogan, à l’image de l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu, emprisonné depuis plus d’un an.

RFI (FR)

Une raison d'espérer

Grâces présidentielles au Maroc, en Tunisie et en Egypte. Comme chaque année, les dictateurs du monde arabe se montrent grands seigneurs à l’occasion de l’Aïd. En Tunisie, Kaïs Sayed, qui emprisonne à tour de bras les opposants politiques, les journalistes et les artistes, a accordé une grâce présidentielle à 1187 détenus. Même annonce en Egypte pour le président Abdel Fattah Al-Sissi, mais cette fois-ci sans chiffre à l’appui. Au Maroc, c’est une grâce particulière qu’a offerte le roi Mohammed VI, puisqu’elle concerne les supporters sénégalais emprisonnés après les violences survenues lors de la finale de la CAN.

La Presse de Tunisie (FR)
En direct de la Trumposphère
Coup de pression sur l’Arabie saoudite en plein Hadj

Alors que le grand pèlerinage musulman bat son plein à La Mecque, le président américain s’est fendu d’un message trouble-fête sur son réseau Truth Social, suite à une conférence téléphonique avec ses homologues de la région dans le cadre de l’accord de trêve en préparation avec l’Iran.

«Après tout le travail accompli par les Etats-Unis pour essayer de rassembler ce puzzle très complexe, il devrait être obligatoire pour tous ces pays, au minimum, en simultané, de signer les accords d’Abraham. […] Cela devrait commencer par la signature immédiate par l’Arabie saoudite et le Qatar, et tout le monde devrait suivre. S’ils ne le font pas, ils ne devraient pas faire partie de cet accord, dans le sens où cela montrerait de mauvaises intentions».

Signés en 2020 lors du premier mandat de Donald Trump, les accords d’Abraham visent à faciliter la normalisation avec Israël. Ils ont été signés jusqu’à maintenant par les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc, s’ajoutant ainsi à l’Egypte et la Jordanie qui ont déjà ratifié des accords de paix séparés avec l’Etat hébreu au siècle dernier.

L’Arabie saoudite semblait sur le point de le faire à son tour, avant que l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre 2023, puis l’anéantissement de Gaza par l’armée israélienne, ne rebattent les cartes. Souhaitant éviter de se mettre à dos la rue arabe, voire son propre peuple, le gouvernement saoudien a repoussé toute discussion sur le sujet lors de la guerre à Gaza. 

Une normalisation avec Israël semble toujours inacceptable vis-à-vis de l’opinion publique arabe: la trêve signée en octobre dernier n’est pas respectée à Gaza, où plus de 900 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, tandis que les tractations sur le futur de l’enclave sont complètement enlisées.

En réaction, les pays du Golfe ont demandé à l’administration Trump de ne pas escalader le conflit lors du pèlerinage.

Reuters (FR)

Votre correspondant. Lausannois aimant à me définir comme un «arabe raté», je me suis installé en Egypte il y a deux ans pour enfin apprendre cette langue que feu mon père tunisien ne m’a jamais transmise. Au Caire, je suis correspondant pour Le Temps et Libération.

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