Bonjour, c’est Lionel à New York, où j’attends toujours l’enfer communiste que doit nous apporter le maire Mamdani. «Bientôt, vous verrez, on fera deux heures de queue pour des carottes», m’a assuré une voisine roumaine qui a fui le régime de Ceaușescu dans les années 1980.
Au menu ce matin: la Maison-Blanche en ordre dispersé sur l’Iran, des armes ukrainiennes pour les Etats-Unis et des larmes pour Khamenei. |
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Les infos que j'ai retenues pour vous
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Elections clés au Népal.
Hier, dans la République himalayenne se déroulait le premier scrutin depuis la chute du gouvernement, précipité l’an dernier par un mouvement de jeunesse. Une véritable révolution, dans laquelle 77 manifestant ont trouvé la mort. Révoltés par l’impunité des autorités et une corruption endémique, animés par le désir de nouvelles perspectives économiques, les jeunes Népalais parviendront-ils à réformer le pays? Le résultat des urnes est attendu la semaine prochaine.
BBC (EN)
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Le Pentagone lorgne les intercepteurs ukrainiens pour se défendre contre l’Iran.
La technologie antidrone low tech et low cost de Kyiv – quelques milliers de dollars l’unité tout au plus – intéresse l’Amérique et les pays du Golfe, a révélé le Financial Times. Ces derniers, désireux de se protéger des incursions des drones Shahed iraniens, font face à un épuisement de leurs stocks, mais aussi à des coûts prohibitifs – 13 millions de dollars le missile Patriot. L’Ukraine, reine du système D et de l’ingénierie débrouillarde, aurait été appelée à la rescousse. Le président Zelensky a confirmé en avoir parlé aux émirs du Golfe. J.D. Vance a-t-il dit merci?
Kyiv Post (EN)
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Trump congédie la cheffe de la Sécurité intérieure.
C’est peu dire que Kristi Noem ne faisait pas l’unanimité. Critiquée à gauche, mais également à droite, pour sa gestion du département, elle s’était fait griller vive cette semaine lors d’une audience au Congrès. Elle sera affectée à une nouvelle initiative sécuritaire, a déclaré le président, qui nomme à sa place le sénateur de l’Oklahoma Markwayne Mullin. Pour Donald Trump, ce renvoi représente peut-être aussi une tentative de se distancier des opérations de l’ICE et de ses nombreux dérapages.
CNN (EN)
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Il est temps de raconter le monde
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🦬 Retour vers le sauvage- Tome 2.
Dans le Montana, American Prairie restaure depuis 20 ans un écosystème de steppes grand comme trois fois le Valais. Parfois contre les ranchers, cette ONG rachète des terres pour remplacer les vaches par des bisons. Les chiens de prairie et les castors sont aussi en train de revenir dans ces vastes plaines du Grand Ouest, abîmées par l’élevage industriel.
Notre grand reporter Fabrice Delaye a sillonné la planète à la rencontre des pionniers se battent pour restaurer activement les écosystèmes. Il en a tiré une enquête exceptionnelle par sa taille et son ambition, dont voici le second tome, dédié aux grands espaces.
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Ca m'est arrivé cette semaine
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Des larmes pour Khamenei.
Samedi dernier, nous sommes en cuisine avec des amis iraniens. Nous débitons des choux chinois, arrosés de sauce de poisson et de piment gochugaru: c’est après-midi kimchi. J’ai les mains dans le mélange malodorant quand le téléphone de Farnaz se met à vibrer. «Khamenei est mort», murmure-t-elle, livide, en se laissant tomber sur le canapé. Tout le monde s’empresse de se saisir de son portable pour jauger la crédibilité de la nouvelle. Tout le monde sauf moi, parce que mes mains empestent l’anchois fermenté.
Ma femme a les yeux humides et la main tremblante. Farnaz se met à pleurer et je sens bien que son mari Mehdi ferait de même, s’il osait verser des larmes en public. D’une voix basse, presque chuchotée, ils se répètent les mêmes mots d’incrédulité, l’un à l’autre ou à eux-mêmes. A ce moment, la nouvelle ne repose que sur une annonce de Nétanyahou, assortie d’un léger conditionnel. Quelques minutes plus tard, Reuters confirme.
Les pleurs de Farnaz, les yeux brillants de Mehdi et Samira, n’expriment ni la tristesse ni la joie. Plutôt une sorte d’hébétude. Je n’ai jamais vu de larmes comme celles-ci. Quand l’émotion retombe, je pose la question.
«J’ai pleuré pour mon père, emprisonné peu après la révolution, pour tous les moments que Khamenei nous a volé, pour ma famille qui en 12 ans n’a jamais pu me rendre visite, parce que j’ai dû quitter mon pays pour faire ma vie». Farnaz m’explique vraiment les choses comme ça, dans une suite sans pause de souvenirs douloureux dont j’ai oublié la plus grande part. La disparition de l’ayatollah, c’est un voile qui se lève. Comme une présence malfaisante, ubiquitaire, qu’on avait fini par croire éternelle et qui, soudain, s’atomise. Son portrait affiché partout, le culte qu’on vous contraint à lui rendre dès les premières années d’école, les amis étudiants torturés sous sa tutelle en 2009, les espoirs de changement maintes fois douchés par sa raideur cruelle… J’aurais dû prendre des notes, mais mes mains sentaient trop fort le hareng déconfit pour me saisir d’un carnet.
Ce soir-là, ils sont partis faire la fête, et j’ai gardé les enfants. Ce qui adviendra plus tard – les morts civiles qui ne manqueront pas de s’accumuler, les tourments de l’inquiétude pour la famille et les amis – ils ont tout oublié, le temps d’une nuit à danser sur le corps du vieillard. Quant à moi, j’ai fini par m’en laver les mains.
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Ken Paxton, cette semaine en pleine campagne de primaires au Texas. Keystone / AP / Julio Cortez
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Le Texas, potentiel talon d’Achille des républicains.
Le pouvoir des conservateurs à Washington repose pour une large part sur leur succès dans l’Etat des cow-boys et de l’injection létale à gogo. Mais aux prochaines primaires, les électeurs républicains texans pourraient désigner comme candidat au Sénat un individu potentiellement inéligible: Ken Paxton. Ce dernier a les grâces des aficionados de Trump, mais il peine à rassembler en dehors de ce cercle. A ces craintes, s’ajoute la perspective crédible d’une vague progressiste dans l’Etat, ainsi que le très consensuel et populaire candidat élu cette semaine à la primaire démocrate. Si Trump a promis de désigner son poulain au plus vite, Ken Paxton a assuré qu’il resterait dans la course même sans l’adoubement présidentiel.
The Hill (EN)
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Bisbilles à la Maison-Blanche avec le conflit en Iran.
Des échanges tendus auraient eu lieu entre le «secrétaire de la Guerre» Pete Hegseth et le secrétaire d’Etat Marco Rubio. Le premier se montrerait favorable au déploiement de troupes américaines sur le sol iranien, tandis que le second y voit un danger politique majeur. Si Donald Trump a admis ne pas être «chaud» quant à des opérations terrestres, son gouvernement n’exclut pas cette option.
The independent (EN)
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Un journaliste iranien aux Etats-Unis.
Brillant reporter fraîchement débarqué de la République islamique, diplômé il y a peu de Columbia, mon ami et voisin Kourosh a également été repéré par Serge Michel, sans que je n’y sois pour rien. C’est pourquoi vous avez peut-être aperçu son nom dans les colonnes de Heidi.news. Le monde est petit, même à New York. Pour New Lines, il décortique son ressenti face au bombardement de sa terre d’origine par son pays d’accueil. Un compte-rendu très personnel, une analyse tout en nuances et en sang-froid, mais aussi un portrait sans concession de la diaspora iranienne aux Etats-Unis qui se passionne pour le fils de l’ancien Shah, imposée à coup d’intimidations publiques – «J’ai toujours trouvé étrange que les années passées dans la plus solide démocratie du monde n’aient pas entamé leur tendance à pratiquer la surveillance et à imposer l’uniformité.»
New Lines (EN)
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Anthropic et la déconfiture de la démocratie américaine.
Je vous en parlais la semaine dernière: face au refus du géant de l’IA de laisser le gouvernement américain utiliser sa technologie à des fins de surveillance de masse ou d’armes autonomes, la Maison Blanche a désigné l’entreprise comme «risque de la chaîne d’approvisionnement». Une étiquette infamante, d’ordinaire réservée aux entreprises de pays rivaux, qui proscrit l’emploi des services d’Anthropic non seulement aux autorités fédérales, mais à toute société qui collabore avec celles-ci. Des représailles à même de précipiter la chute d’Anthropic. Selon un ancien consultant IA de l’administration Trump, cette vendetta représente surtout une violation sans précédent des principes américains de liberté d’expression et de respect de la propriété privée. Pour The Atlantic, il analyse ce qu’il estime être un moment charnière de l’histoire politique américaine, «une sorte de râle d’agonie de l’ancienne république».
The Atlantic (EN)
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Une nouvelle thérapie contre les maladies auto-immunes.
Lupus, sclérose en plaques, polyarthrite rhumatoïde… Ces maladies requièrent toutes des traitements à vie qui, outre une efficacité parfois limitée, présentent souvent d’importants effets secondaires. La réponse se trouve peut-être du côté des thérapies CAR-T. Développés contre les leucémies et les lymphomes, ces traitements visent les mêmes cellules que celles impliquées dans nombre de maladies auto-immunes. L’approche expérimentale a été testée avec succès en 2021 chez une patiente allemande souffrant d’une forme sévère de lupus, aujourd’hui en rémission. Plus récemment, elle a fait ses preuves avec des patients américains atteints de rhumatismes inflammatoires, de sclérodermie ou de myosite.
Associated Press (EN)
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En direct de la Trumposphère
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Guerre ou Pas
Cette semaine face à la presse, le président de la Chambre des représentants Mike Johnson tentait d’imposer une sorte de sémantique officielle sur la guerre en Iran. C’est-à-dire que, conformément aux promesses électorales de Donald Trump, il ne s’agit pas d’une guerre.
«Nous ne sommes pas en guerre en ce moment, a-t-il déclaré. Nous sommes au quatrième jour d’une mission très claire et très spécifique, une opération, l’opération Fureur épique.»
Aux esprits chagrins comme le mien, la formulation rappellera celle de l’«opération militaire spéciale» de la Russie en Ukraine. Mais à la Maison Blanche, le gloubi-boulga terminologique est d’autant plus difficile à servir que personne ne semble avoir d’idée précise des motifs qui ont entraîné le pays dans le conflit, à commencer par le président lui-même. Une stupéfiante absence de clarté et de cohésion, confirmée quelques heures plus tard par les propos de Donald Trump qui prenait congé d’un parterre de journalistes.
«Je dois y aller et jeter un coup d’œil à cette guerre. J’ai beaucoup de choses à gérer maintenant.»
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Votre correspondant.
Journaliste et communicateur scientifique, procrastinateur professionnel, je fais tout à la dernière minute. Cet autoportrait bâclé – pardon, cette «Opération Présentation Hâtive» – ne fait pas exception.
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Avenue du Bouchet 2
1209 Genève
Suisse
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