Bonjour, c’est Yvan à Genève, où le port du masque obligatoire vient d'être annoncé dans les magasins.

Aujourd'hui, nous allons parler de ces vaccins candidats contre Covid-19, qui courent de plus en plus vite et sont presque déjà là pour nous sauver. Presque.

Yvan Pandelé, Genève
25.07.2020


Dans la course au vaccin, il faut savoir garder son souffle

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Keystone / Diego Azubel

La proverbiale course au vaccin s’accélère, et les nouvelles tombent drues. Il y a dix jours, le vaccin à ARN de Moderna –dont une partie sera produite en Suisse– a fait ses premières preuves sur 45 patients. Son concurrent direct, couvé par l’Allemand BioNTech et l’Américain Pfizer, est même en phase finale de développement. En début de semaine, deux vaccins très attendus ont fait les gros titres: celui du laboratoire chinois Cansino, et son homologue de chez Oxford et AstraZeneca. Le candidat russe serait aussi en bonne voie, à en croire les déclarations officielles.

J’en passe et des meilleures. Sur plus de 160 projets dénombrés par l’OMS, cinq vaccins ont déjà passé le stade des essais précoces chez l’homme. Ne leur reste qu’à faire leurs preuves dans des essais de phase 3, au contact de la maladie. Vu la pléthore de candidats en lice, on finira bien par tomber sur le vaccin parfait.

Bref, nous voici bientôt sauvés. D’ici la seconde vague, la population sera immunisée et Covid-19 ne sera enfin qu’un mauvais souvenir. A la rédaction de Heidi.news, nous nous raconterons sous peu des histoires d’anciens combattants, à base d’hydroxychloroquine et de transmission aérosol…

Joli conte de fée. Mais la course est semée d’obstacles.

Pourquoi est-il difficile de développer un vaccin? Nous pourrions y passer le samedi, mais en deux mots, un vaccin a pour rôle d’émuler la réponse naturelle d’un individu qui résiste à une maladie. On veut un bon coup de semonce pour le système immunitaire, mais pas un murmure, et encore moins une trombe qui vous envoie à l’hôpital. Et ça, c’est difficile à calibrer. Jusqu’à la fin, les incertitudes demeurent.

C’est maintenant que ça commence

Une fois les essais de phase 2 réussis, on a souvent une bonne idée du potentiel d’un médicament candidat. Avec un vaccin, c’est une autre histoire. On sait qu’il est bien toléré et provoque une réponse immunitaire prometteuse dans la plupart des cas, mais l'efficacité en prévention reste un pari. C’est d’autant plus vrai lorsqu'on s'attaque à Covid-19, dont on découvre encore les contours, et que le vaccin repose sur une technologie innovante. (C’est le cas des candidats les plus avancés.) En somme, on compte les anticorps et les globules blancs, et on prie pour un alignement des astres face au virus.

Cela ne fonctionne pas toujours. On croit d'ailleurs souvent qu’un vaccin est, au pire, inefficace. C’est faux. Par une de ces ironies dont la biologie a le secret, un vaccin peut parfois faciliter la tâche au pathogène. Il suffit pour cela de produire des anticorps mal fichus, qui recrutent des globules blancs sans bloquer le virus, et voici notre coronavirus en train de s’y répliquer au lieu d’en subir les foudres. Ce risque est faible, mais il est documenté dans les maladies à coronavirus.

Bref, les essais de phase 3 seront déterminants, et c’est maintenant qu’ils commencent. Sachant qu’il faudra des milliers de participants, voire des dizaines de milliers, pour avoir un signal exploitable, tout ceci sera long et un peu aléatoire. Même en ciblant les pays les plus touchés, comme le Brésil, l’Afrique du sud ou les États-Unis. Le résultat prévisible, c’est qu’il n’y aura pas de vaccin sur le terrain avant, au mieux, le cours du premier semestre 2021.

Disons-le: l’hiver prochain se passera sans vaccin.

Qui voudra du vaccin?

Il est possible qu’un futur vaccin ne protège que partiellement contre l’infection à Sars-CoV-2. Peut-être à 60% ou 50%, comme la grippe. Il est aussi envisageable qu’il ne soit pas un foudre de guerre en prévention, mais capable de réduire la gravité des symptômes. Ce serait déjà une bonne nouvelle. Ou encore, qu’il protège les jeunes, mais pas des séniors à l’immunité fatiguée.

Ne soyons pas trop rabat-joie et imaginons l'arrivée sur le marché, non du Vaccin Salvateur contre Covid-19, mais d’au moins un ou deux vaccins de bonne facture. Un autre obstacle déjà se profile, et non des moindres: celui de l’acceptation sociale.

En interview sur les vaccins, vient souvent un moment où votre expert lâche un soupir quelque peu désabusé. «Vous savez, on a déjà un vaccin parfait, contre la rougeole. Et les gens n’en veulent pas…» Les lignes de fracture sont déjà là, et la crise a donné de l’entrain aux militants anti-vaccins. Face à un vaccin au développement accéléré, sans doute imparfait, contre une maladie qui cible surtout les séniors, à quel point les gens vont-ils rechigner?

Assez fort, sans doute. Tous les experts en santé publique anticipent une résurgence de l’hésitation vaccinale, sur fond de rumeurs de complot mondial mené par Bill Gates et ses affidés de Big Pharma. En mai dernier, l’OFSP a posé la question dans un sondage: si un vaccin contre le coronavirus était disponible, vous feriez-vous vacciner? C’est «non», pour environ un jeune adulte sur trois. Bon courage.

On parle de course au vaccin, mais de vous à moi, c’est davantage un 3000 mètres steeple qu’un simple sprint.


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