Bonjour, c’est Sami à Assouan, où je retrouve avec bonheur l’Egypte après un mois dans le Golfe. Ici, rien ne fonctionne et tout concourt à me rendre fou; pourtant plus je galère, plus je m’y plais. Je vous raconte ce syndrome de Stockholm plus bas.
Ce matin, je vous propose une édition spéciale Iran: nous verrons pourquoi, malgré une mobilisation historique et un nouveau bilan humain vertigineux, le régime reste solidement ancré – à moins que Donald Trump s’en mêle militairement, ce que lui déconseille son Etat-Major. |
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Les infos que j'ai retenues pour vous
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Des dizaines de corps sont parvenus dans une morgue de Kahrizak, près de Téhéran, selon des images qui circulent ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Crédits: Keystone / AP / UGC
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Au moins 2000 morts dans les manifestations en Iran.
Hier, pour la première fois depuis deux semaines et le début du soulèvement qui agite l’ensemble du pays, un officiel iranien s’est exprimé sur le bilan des manifestations. S’adressant anonymement à Reuters, il évoque le chiffre de 2000 victimes, comprenant ceux qu’il appelle «terroristes» et les forces de l’ordre. Selon certaines organisations de défense des droits de l’homme, ce chiffre pourrait grimper à 2500, et le nombre de personnes arrêtées dépasserait 10 000. Selon le témoignage d’un docteur iranien, la situation est chaotique dans les hôpitaux du pays, submergés de patients blessés par balle.
Reuters (EN)
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Retour des appels en Iran, mais toujours pas d’internet.
Hier, après quatre jours de coupure totale, les appels téléphoniques fonctionnaient à nouveau dans la République islamique. Selon les témoignages recueillis par des médias internationaux (qui ont pu recevoir des appels en provenance d’Iran mais pas en lancer), la police anti-émeutes patrouille dans les principales villes du pays, ainsi que les Basidji (les membres bénévoles de la garde révolutionnaire), tandis que certains commerces ont rouvert. Des banques et des locaux du gouvernement ont été brûlés durant les manifestations, et les distributeurs ne marchent plus en raison de la coupure d’internet, toujours en cours. Selon des experts, l’Etat iranien parvient même à brouiller Starlink.
Times of Israel (EN)
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Des militants kurdes affirment avoir capturé une base du régime.
Cette nuit, l’Armée nationale du Kurdistan (SMK) a indiqué dans un communiqué avoir mis la main sur les quartiers des Gardiens de la Révolution à Kermanshah, dans l’ouest du pays, en représailles à la mort de plusieurs Kurdes lors des manifestations. Les Kurdes iraniens, partagés entre chiites et sunnites, représentent environ 10% de la population et sont un bastion historique de la contestation du régime. Pour rappel, Mahsa Amini, la jeune femme tuée par la police des moeurs en 2022, était kurde.
CNN (EN)
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Face aux turbulences économiques globales, quelles stratégies pour la Suisse? Etats-Unis, Europe, vaste monde ou isolement: faut-il choisir? Quels sont les défis pour la place financière ou la pharma? L’Etat doit-il être arbitre ou acteur économique?
De nombreux orateurs y participeront:
- Magdalena Martullo-Blocher, entrepreneuse et membre du Conseil national
- Grégoire Bordier, président, Association de Banques Privées Suisses
- Gilbert Ghostine, président, Sandoz
- Thierry Mauvernay, président et administrateur délégué, Debiopharm
- Patrick Hertzog, cofondateur & responsable de l’expérience utilisateur, Nexthink
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Dans mon radar aujourd'hui
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Erfan Soltani pourrait être le premier manifestant exécuté par le régime depuis le début du soulèvement, il y a deux semaines. Crédits: réseaux sociaux
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Exécution d’un manifestant iranien.
Aujourd’hui devrait être mis à mort Erfan Soltani, un manifestant de 26 ans, vendeur dans un magasin de vêtements, arrêté jeudi près de Téhéran. C’est du moins ce dont a été informée sa famille, à l’issue d’une procédure judiciaire express et opaque. Le condamné n’a pas pu recevoir de visites de sa famille ni bénéficier d’un appui légal. Sa sœur, qui est avocate, n’a pas pu consulter son dossier. S’il est effectivement exécuté aujourd’hui, il s’agira de la première peine capitale depuis le début de la mobilisation, il y a deux semaines. Ces derniers jours, les autorités ont appelé à gérer «sévèrement et rapidement» les affaires concernant les manifestants, dans des sections spéciales des tribunaux révolutionnaires. Cette nuit, Donald Trump a promis une «action forte» en représailles si des manifestants devaient être exécutés.
The National (EN)
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Ça m'est arrivé cette semaine.
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Syndrome de Stockholm.
Cette semaine, je suis enfin de retour en Egypte, après plus d’un mois dans le Golfe. Et maintenant, je comprends pleinement pourquoi les Egyptiens me disent que «l’Arabie saoudite, c’est juste pour le travail». Dès mon arrivée à l’aéroport, j’ai éprouvé comme une joie à m’immerger dans le bain de smog parfumé aux Cleopatra, ces infâmes clopes égyptiennes qui vous enlèvent une année d’espérance de vie à chaque bouffée. Comme un soulagement à retrouver ces misérables chauffeurs de taxi édentés qui me sautent à la gorge à peine sorti du terminal pour me planter sur le siège passager de leur épave grinçante, et me bassiner pendant tout le trajet sur les bienfaits du mariage, avant de me demander un prix exorbitant en invoquant justement les besoins de leur épouse et leurs sept gamins. Comme une plénitude à retrouver les klaxons incessants, les chiens galeux, les canalisations bouchées et les coupures de courant, sans oublier les galère administratives qui m’obligent à changer de numéro de téléphone tous les deux mois.
Pourquoi? Car tout cela rend le Caire vivant. Profondément, désespérément, irrémédiablement vivant. Bien sûr, me direz-vous, il faut se garder de romantiser la pauvreté, surtout pour un journaliste suisse. Et vous aurez raison.
Mais après avoir passé plusieurs semaines à chercher le centre-ville inexistant de Riyad où tout n’est qu’autoroute et SUV, à glisser sur les discours lissés des Saoudiens en thob immaculé, à télécharger les innombrables applications nécessaires pour se déplacer à Médine ou La Mecque; après m’être confit dans tout ce confort aseptisé (certes passionnant, comme le découvrirez bientôt dans une Exploration à venir sur Heidi.news), je ne peux qu’apprécier toutes ces aspérités cairotes qui donnent au quotidien son épaisseur. Je ne suis pas égyptien et ne compte pas le devenir, mais ce pays me fait me sentir vivant, et je me sens plus que jamais privilégié d’y vivre.
Et il me le rend bien. A peine rentré, j’ai eu la chance d’assister au katb el kitab (la cérémonie de mariage traditionnelle) d’une amie suisse avec son compagnon égyptien, dans le quartier hyper populaire de Helwan, au sud du Caire. Il faut vous imaginer un petit appartement arabe – néons blancs, meubles surannés et gâteaux éparpillés – où fusent les youyous, et où une trentaine de personnes accueillent sans broncher dans leur famille une fille blanche, parachutée d’un autre univers, qui n’a ni leur religion ni leur langue, mais qui aime leur fils et veut faire le reste de sa vie avec lui – c’est le plus important.
Depuis quelques jours, je suis à Assouan, tout au sud de l’Egypte. Je pourrais vous parler des plans foireux, des temples où des fonctionnaires ivres du peu de pouvoir qu’ils ont nous refusent l’entrée au motif que l’on n’a pas la bonne génération de ticket, des chauffeurs de taxis qui nous assurent connaître le lieu que l’on indique mais nous emmènent n’importe où, des sites internet où les réservations de train, de musées ou de quoi que ce soit ne fonctionnent pas. Mais je préfère vous raconter comment, dans un café quelconque, il suffit qu’un type au hasard lance une musique nubienne pour que tout le monde, mères et grand-mères comprises, se lèvent d’un coup et se mettent à danser avec de parfaits inconnus, dans un élan spontané de communion.
Bref, je crois que j’ai développé le syndrome de Stockholm.
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Hier, des manifestants se sont réunis à Zurich afin de montrer leur soutien aux manifestations en Iran. Crédits: Keystone / EPA / MICHAEL BUHOLZER
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Pourquoi le régime des Mollahs est encore solide.
Malgré l’empressement international à enterrer le Ali Khamenei – le chancelier allemand Friedrich Merz allant jusqu’à affirmer hier que l’on assiste aux «derniers jours du régime» –, le gouvernement iranien reste en réalité robuste pour le moment. Voici pourquoi, selon les experts, diplomates et sources gouvernementales interrogés par Reuters:
- l’architecture de sécurité du régime, stratifiée en plusieurs couches et comptant plus d’un million d’agents, ne cédera pas à moins de défections internes
- l’Ayatollah Khomeini a survécu à cinq soulèvements majeurs depuis 2009, preuve de la résilience et de la cohésion du gouvernement face aux crises
- enracinées depuis plusieurs décennies partout dans un pays de 90 millions d’habitants, n’hésitant pas à recourir à la violence, les institutions ne risquent pas de céder rapidement
Reuters (EN)
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Les options de Donald Trump.
Les analystes s’accordent sur un point: seule une intervention extérieure pourrait changer le cours de l’histoire iranienne. C’est d’ailleurs ce que souhaite le président américain, qui pousse pour une opération militaire alors que ses conseillers lui suggèrent plutôt de tenter en premier lieu la voie diplomatique, qui pourrait lui permettre d’arracher de précieuses concessions, notamment sur le programme nucléaire iranien. Les options militaires sont multiples: cyberattaque, frappes contre des infrastructures pétrolières, bombardement des sites nucléaires. Si une opération militaire se confirme, elle sera certainement éclair et aérienne, conformément à la volonté américaine de ne pas s’embourber dans un conflit au Moyen-Orient. Toutefois, un scénario à la vénézuélienne semble impossible: l’Etat iranien est beaucoup mieux protégé, et le pays beaucoup plus vaste.
France 24 (FR)
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Steve Witkoff a secrètement rencontré Reza Pahlevi.
L’envoyé spécial de Donald Trump pour le Moyen-Orient a discrètement discuté avec le prince exilé iranien, a révélé hier soir Axios. Le président américain avait pourtant dans un premier temps refusé d’échanger avec le fils du Shah, né en 1960 et réfugié aux Etats-Unis depuis la révolution islamique de 1979. Mais à force que son nom soit scandé dans les manifestations, l’ex-héritier du trône, qui se pose en homme providentiel et se propose pour mener une transition démocratique, a apparemment gagné l’oreille de la Maison-Blanche. Selon un sondage mené en novembre dernier, un tiers des Iraniens le soutiennent, et un tiers s’y opposent fermement.
Axios (EN)
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Le régime promet une «leçon inoubliable» à Trump si l’Iran est attaqué.
Lundi, en réponse aux manifestations, le gouvernement a organisé son propre meeting nommé «le soulèvement iranien contre le terrorisme américano-sioniste». Le président du parlement Mohammad Bagher Ghalibaf y a déclaré que l’Iran menait une guerre sur quatre fronts: «économique, psychologique, militaire et anti-terroriste». Lançant le slogan «Mort à Israël, mort à l’Amérique», il a promis que l’armée iranienne donnerait une «leçon inoubliable» à Trump si l’Iran devait être attaqué. Quant au guide suprême Khamenei, il a apporté son soutien à ce rassemblement «plein de détermination», selon la télévision nationale. Il y a quelques jours, il avait accordé quelques concessions économiques aux manifestants.
The Guardian (EN)
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Au Soudan, le retour de 570 artéfacts volés.
Depuis avril 2025 et sa reprise de la capitale, le gouvernement soudanais collabore avec l’UNESCO et Interpol pour retrouver les collections pillées de ses musées. Hier, il a annoncé le retour de 570 pièces historiques, allant de la préhistoire à nos jours, qui avaient fait l’objet de contrebande dans deux pays voisins. On est toutefois encore loin du compte: le Musée national de Khartoum, par exemple, a été intégralement pillé, à l’exception d’une seule pièce. Selon la Convention de Rome, les attaques contre les musées et l’héritage culturel constituent des crimes de guerre.
Sudan Tribune (EN)
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En direct de la Trumposphère
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«L’AIDE EST EN ROUTE»
Hier, le président américain a exhorté le peuple iranien à poursuivre sa mobilisation. «Patriotes iraniens, CONTINUEZ A MANIFESTER – PRENEZ LE CONTROLE DE VOS INSTITUTIONS!!!» a-t-il écrit sur son réseau Truth Social, précisant qu’il avait «annulé toutes les réunions avec des responsables iraniens tant que les meurtres insensés de manifestants NE S’ARRÊTENT PAS. L’AIDE EST EN ROUTE». Dans le même temps, son porte-parole souligne que la diplomatie reste «la voie privilégiée».
La veille, Donald Trump avait déjà menacé de droits de douanes de 25% les pays commerçant avec l’Iran, au premier rang desquels la Chine, qui achète 77% des exportations pétrolières de la République islamique. Hier, le porte-parole de l’ambassade chinoise de Washington a réagi en déclarant que Pékin prendrait «toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder ses droits et intérêts légitimes».
CNN (EN)
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Votre correspondant.
Lausannois aimant à me définir comme un «arabe raté», je me suis installé en Egypte il y a deux ans pour enfin apprendre cette langue que feu mon père tunisien ne m’a jamais transmise. Au Caire, je suis correspondant pour Le Temps et Libération. Mais ces jours, je suis à Assouan, dans le sud, pour prospecter de nouveaux sujets de reportage – et, accessoirement, dormir sur une petite île paradisiaque, profiter du soleil et me baigner dans le Nil.
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Avenue du Bouchet 2
1209 Genève
Suisse
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