Bonjour, c’est Sami au Caire, où je résiste tant bien que mal à l’abattement de certains confrères qui passent leur temps à ressasser Tahrir et la période post-révolutionnaire. Je vous raconte cela plus bas.

Autre révolution, autres mœurs: le régime des mollahs en Iran célèbre la sienne, sauf qu’il n’y a pas quand chose à célébrer, à part du sang dans les rues et une légitimité évanouie.

Ce matin, je vous parle aussi de Gaza où Israël continue de mener des frappes meurtrières, de l’affaire Epstein qui éclabousse l’Arabie saoudite et de la Syrie qui déplace ses prisonniers de Daesh vers l’Irak.

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Sami Zaïbi à Le Caire
11.02.2026

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Les infos que j'ai retenues pour vous

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L’avis de recherche émis hier par la police française. Crédits: Gendarmerie nationale française

Avez-vous vu cet homme? Hier, la justice française a lancé un vaste appel à témoins après l’inculpation de Jacques Leveugle, 79 ans, ancien éducateur soupçonné de viols et agressions sexuelles aggravés sur 89 mineurs dans plusieurs pays, dont la Suisse. L’homme a aussi reconnu le meurtre de sa mère et de sa tante, résidente en Suisse. Se voyant «comme un Grec antique formant de jeunes éphèbes», le suspect, décrit comme «charismatique», travaillait comme enseignant, prenait les jeunes sous son aile, et les séduisait intellectuellement. «Il n’y a jamais eu de violence commise. On est vraiment sur des contraintes morales», a expliqué le commandant de la section de recherches de Grenoble.

RTS Info (FR)

La Suisse «condamne fermement» les nouvelles mesures pro-annexion d’Israël en Cisjordanie. Hier, Berne est montée au front pour dénoncer les mesures prises dimanche par le cabinet de sécurité israélien. Celles-ci prévoient de renforcer le contrôle sur la Cisjordanie occupée, notamment sur des zones administrées par l’Autorité palestinienne. Parmi les nouvelles réglementations, la levée de l’interdiction aux juifs d’acheter des terres, ce qui pourrait faciliter la construction de nouvelles colonies. Sur X, le DFAE d’Ignazio Cassis, critiqué depuis le début de la guerre pour ses positions pro-israéliennes, rappelle que «les activités de colonisation sont illégales au regard du droit international et compromettent la solution à deux Etats».

Blick (FR)

Sept morts à Gaza. Hier, Tsahal a tué sept Palestiniens dans des frappes aériennes sur le nord et le centre de l’enclave. Selon les autorités israéliennes, quatre d’entre eux étaient des combattants du Hamas. Depuis la signature d’un accord de cessez-le-feu avec le groupe islamiste en octobre dernier, l’armée israélienne a tué environ 500 Gazaouis. Pendant ce temps, la réouverture du poste-frontière de Rafah se poursuit. En une semaine, à peu près 200 personnes ont pu quitter l’enclave ou y revenir. Il s’agit de Palestiniens ayant besoin ou ayant reçu un traitement médical en Egypte.

Al Jazeera (FR)

Géopolitique

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Le guide suprême Ali Khamenei s’adresse à ses partisans, à la veille de l’anniversaire de la révolution. EPA/IRAN’S SUPREME LEADER OFFICE

Les ayatollahs ne le savent pas encore, mais leur régime est à bout de souffle. La République islamique fête ce 11 février le 47e anniversaire de la révolution qui l’a portée au pouvoir. Mais qu’y a-t-il à célébrer? Du sang dans les rues et une légitimité qui s’est évaporée. L’écrivain et professeur d’origine iranienne Ebrahim Salimikouchi estime que les mollahs ont beau disposer de forces de sécurité capables de tuer les manifestants par milliers, ils sont en mode survie. Pour cinq raisons.

Israël-Iran, tango funeste, 7e épisode

Il est temps de raconter le monde

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Dans mon radar aujourd'hui

Nétanyahou à Washington pour tenter de durcir la politique américaine face à l’Iran. Aujourd’hui, le Premier ministre israélien rencontre Donald Trump à la Maison-Blanche, afin de discuter notamment de Gaza et de l’Iran, alors que Téhéran semble prendre la voie du compromis. «Bibi» ne l’entend pas de cette oreille et fera pression sur son allié américain pour tenir une ligne dure. Outre les négociations sur le nucléaire, il souhaite notamment imposer la limitation des missiles balistiques iraniens et la fin du soutien de Téhéran à des groupes armés dans la région, comme le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen.

Times of Israel (FR)
Ça m'est arrivé cette semaine.

Le spleen des journalistes vétérans de Tahrir. L’été dernier, je vous racontais la désillusion des révolutionnaires de la place Tahrir, qui ont l’impression d’avoir versé leur sang pour rien. Ils se sont dépolitisés, certains se sont réfugiés dans la trinité mer Rouge, soleil et développement personnel. Aujourd’hui, j’aimerais vous raconter la désillusion des journalistes de la place Tahrir, et elle est encore plus cynique.

Il y a quelques jours, on buvait des bières avec un petit groupe de correspondants, dont certains «rescapés» de 2011. Ahmed, le correspondant de CBS, 25 ans à l’époque, soupire:

«C’était en quelque sorte le meilleur début de carrière et le pire possible. Pendant la révolution, CBS avait privatisé un étage entier de l’hôtel Intercontinental! On avait des moyens illimités. La chaîne allait même jusqu’à distribuer de petites caméras à des gens au hasard dans la rue, chauffeurs de taxi ou manifestants. Ils leur disaient de filmer ce qu’ils voulaient, et de revenir avec les vidéos. Peu importe si c’était exploitable ou pas, ils les payaient grassement. Pendant trois ans, on pouvait bosser comme on voulait. Le Caire était le centre du monde, les bonnes histoires foisonnaient, tout était ouvert, et on se faisait un fric de malade, avec en plus l’espoir d’un vrai changement pour le pays. N’importe quelle suite de carrière paraît fade après ça.

Puis il y a eu 2014 et le massacre des militants pro-Morsi à Rabaa. Je suis arrivé peu après, dans la mosquée où étaient alignés les centaines de cadavres. Je me rappelle encore la sensation de mes chaussettes trempées par le sang et par la glace qu’ils avaient apportée pour conserver les corps. Il y a eu les affrontements dans la rue, des collègues tués, certains d’une balle dans la tête, d’autres torturés. Moi-même je me suis retrouvé dans de sacrés pétrins. Et puis Sissi a pris le pouvoir et verrouillé le pays, c’était la fin des bonnes histoires, et la fin de l’intérêt des médias internationaux».

Depuis dix ans, Ahmed traîne son spleen. Bénéficiant d’un salaire confortable indépendant de son volume de travail, il ne publie presque jamais rien, si ce n’est des actus incontournables comme l’inauguration du nouveau musée du Caire, ou, de temps en temps, des histoires d’archéologie. Mais les bonnes histoires, celles qui dénoncent, celles qui révèlent, celles qui passionnent, ça fait longtemps qu’il a fait une croix dessus. Outré par son fatalisme, je tente de rallumer la flamme: «Il y a encore des histoires croustillantes à raconter, il faut juste être plus subtil, non?»

Il marque un temps, me contemple avec condescendance, et lâche: «De toute façon, tout ce qu’on fait n’a aucune importance. Les gens, aux Etats-Unis ou en Europe, ils n’en ont rien à cirer de ce qui se passe ici. Nos reportages ne vont rien changer. Ils ne vont même pas informer. Ceux qui sont intéressés ont déjà des moyens d’accéder à l’information. Au final, rien ne vaut la peine de se mettre en danger, ou de mettre en danger nos sources. On le fait juste pour se sentir vibrer, c’est totalement égocentrique. Et ce qui s’est passé à Gaza pendant deux ans a révélé tout ça au grand jour: soit la hiérarchie nous empêche de raconter la vérité, soit on se bat et on parvient à publier la vérité, mais ça ne change rien au cours des événements».

Je suis de plus en plus dépité quand Sandor, correspondant hongrois de 45 ans vivant au Caire depuis 2006, enfonce le clou, et joue cette partition du vétéran que je déteste tant. «Tu sais, ces vingt dernières années j’ai couvert la plupart des guerres, de l’Ukraine au Soudan en passant par la Libye. J’ai vu la mort, la souffrance, l’exil. Et je peux te dire que notre travail ne vaut pas les risques que l’on prend. Non seulement les gens s’en foutent de ce qui se passe dans le monde, mais en plus, les rares fois où l’on touche vraiment à quelque chose d’important, ce qu’on produit est toujours au service d’intérêts géopolitiques qui nous dépassent, que ce soit ceux du pays où l’on publie ou ceux des parties au conflit. Je suis désolé de briser ton feu sacré, petit, mais ne te fais pas d’illusion. Tu comprendras plus tard». Pour ne rien risquer, il a simplement arrêté d’écrire sur l’Egypte, et couvre à distance l’actualité du Moyen-Orient pour son journal hongrois.

Alors que je prie intérieurement pour ne jamais devenir aigri comme eux, Anastasia, une jeune journaliste russe travaillant pour l’agence de presse de son pays, se joint à nous et me redonne espoir: «Vous savez quoi, moi je sais très bien ce que je dois au journalisme. C’est lui qui m’a permis de partir de Moscou et venir ici. C’est lui qui me permet de parler librement de Poutine et de la Russie, en ce moment même, avec vous, et de tenir des propos pour lesquels je serais emprisonnée chez moi. C’est lui qui me permet de comprendre le monde en dehors de la bulle médiatique et politique de mon pays, c’est lui qui me permet de rencontrer des gens du monde entier. Pour vivre tout cela, j’ai dû quitter ma famille et mes amis.».

Depuis deux ans que j’y vis, Le Caire ne cesse de me surprendre. Mais jamais je n’aurais pensé que ce serait une reporter d’Etat russe qui me redonnerait espoir dans le journalisme.

Mon labo arabo-persan

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La photo non datée publiée par la justice américaine. Crédits: X

L’affaire Epstein éclabousse l’Arabie saoudite. La dernière vague de publications des pièces du dossier Epstein, mises en ligne la semaine dernière par la justice américaine, met en cause le royaume wahhabite. Une photo montre le prince héritier Mohamed ben Salmane en compagnie du prédateur sexuel. Un échange de mails révèle également l’envoi au financier américain, via plusieurs intermédiaires, de trois morceaux de kiswah, ce textile noir qui recouvre la kaaba à La Mecque et qui est renouvelé chaque année. La transaction a eu lieu en 2017, plusieurs années après qu’Epstein ait été reconnu coupable de trafic sexuel.

Middle East Eye (EN)

En Syrie, près de 5000 détenus djihadistes transférés en Irak. Lundi à Riyad, le pays a officiellement rejoint la Coalition mondiale pour vaincre l’État islamique. Cette adhésion officielle a lieu alors que les forces de Damas achèvent de prendre le contrôle du Rojava, dans le nord-est du pays, où se trouvent plusieurs prisons et camps abritant des dizaines de milliers de combattants de l’Etat islamique et leurs familles. Hier, un haut responsable syrien a annoncé que, sous la houlette de l’armée américaine, 4853 prisonniers ont déjà été transférés vers des infrastructures sécurisées en Irak, sur un objectif de 9000. Mais selon plusieurs ONG présentes sur place, près de 10’000 détenus se seraient échappés depuis la déroute kurde.

Asharq Al-Awsat (EN)

En Iran, la prix Nobel Narges Mohammadi condamnée à sept ans de prison. L’activiste, arrêtée en décembre lors d’une manifestation en souvenir d’un avocat défenseur des droits de l’homme retrouvé mort, a été condamnée par un tribunal de Mashhad, dans le nord-est du pays, pour «rassemblement illégal» et «propagande». Lauréate du prix Nobel de la paix en 2023 pour son combat en faveur des Iraniennes emprisonnées, elle a déjà passé plus de neuf ans en prison. Selon ses soutiens, elle est en grève de la faim depuis le 2 février. Ayant subi plusieurs crises cardiaques ces dernières années, elle pourrait bénéficier d’une libération temporaire afin de recevoir un traitement médical.

The Guardian (EN)

Une raison d'espérer

Au Soudan puis en Egypte, la success story d’une Soudanaise qui fabrique des tampons réutilisables. Safiya Elfadni travaillait dans des organisations humanitaires qui viennent en aide aux Soudanaises emprisonnées pour dettes. Remarquant que ces femmes avaient tendance à retourner en prison après avoir été libérées, faute de pouvoir éponger leurs créances, elle a mis sur pied un projet de fabrication de textile renouvelable avec elles. Un atelier leur apprenait à fabriquer des tote bags et des tampons réutilisables. Puis la pandémie est apparue, et elles se sont orientées vers les masques sanitaires, dont elles ont produit deux millions d’exemplaires. Enfin, la guerre est arrivée. Safiya a été contrainte de déplacer son usine à Port-Soudan, mais elle a poursuivi le même modèle, fournissant 100’000 tampons réutilisables pour les millions de déplacées à l’intérieur du pays. Désormais, c’est au Caire qu’elle opère, toujours en faveur des populations précaires, avec des travailleuses soudanaises qui ont échappé à la guerre.

The New Arab (EN)
En direct de la Trumposphère
Trump coupe les ponts (littéralement) avec le Canada

Hier, le président américain a menacé de bloquer un projet de pont entre les deux pays, estimant que les Etats-Unis devraient être propriétaire d’«au moins la moitié» de l’ouvrage actuellement en construction au-dessus de la rivière Detroit. Selon un document publié par le maître d’ouvrage, le Canada assure intégralement le financement du pont, mais celui-ci appartiendra conjointement à Ottawa et à l’Etat américain du Michigan. Il portera le nom de la légende canadienne du hockey sur glace Gordie Howe. Devisé à près de cinq milliards de dollars, le chantier a débuté en 2018 et doit normalement aboutir dans le courant de l’année.

«Je ne permettrai pas que ce pont ouvre tant que les Etats-Unis ne reçoivent pas une compensation pour tout ce que nous leur avons donné, et aussi tant que le Canada ne traitera pas les Etats-Unis de manière aussi équitable et juste que nous le méritons […]. Nous allons commencer des négociations, IMMEDIATEMENT», a écrit le président américain dans un message décousu sur son réseau Truth Social.

France Info (FR)

Votre correspondant. Lausannois aimant à me définir comme un «arabe raté», je me suis installé en Egypte il y a deux ans pour enfin apprendre cette langue que feu mon père tunisien ne m’a jamais transmise. Au Caire, je suis correspondant pour Le Temps et Libération.

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