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Bonjour, c’est Gunduz à Kyiv, où chaque missile ou drone russe qui nous tombe dessus nous conforte dans l’idée que le Kremlin veut la guerre et rien d’autre, malgré les négociations de «paix» qui se sont tenues cette semaine à Abou Dhabi.

Mais ce matin, je vous parle d’autre chose. Le CICR, «gardien du droit international humanitaire», n’a qu’un accès très limité aux prisonniers ukrainiens en mains russes. Ils sont torturés avant les rares visites des délégués de l’institution genevoise. 322 ont été exécutés depuis le début de l’invasion à grande échelle, il y a 4 ans.

Bref, le CICR constate chaque jour des violations flagrantes des Conventions de Genève, mais il se tait.

Certes, la base de son action repose sur un dialogue confidentiel avec les parties en conflit. Mais il y a dans ses statuts trois possibilités pour sortir du silence. N’est-ce pas le moment d’y songer?

En Ukraine, on en est venus à parler des «Conventions de Moscou» au lieu de celles de Genève.

photo journaliste

Gunduz Mamedov à Kyiv
07.02.2026

«Le silence du CICR sur la Russie n'est plus tenable»

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Un soldat ukrainien appelle sa famille après sa sortie des prisons russes dans le cadre d’un échange de prisonniers, le 6 mai 2025. (AP Photo/Evgeniy Maloletka)

Les comportements criminels de l’agresseur russe en Ukraine ont anéanti toute illusion sur l’humanité en temps de guerre. Au lieu du droit, c’est la loi du plus fort qui s’impose. Les conventions fondamentales du droit international humanitaire sont piétinées, et les actions (ou l’inaction) du CICR font l’objet de critiques de plus en plus vives.

Pendant des décennies, le CICR, «gardien du droit international humanitaire» et défenseur des victimes de la guerre, s’est forgé une réputation d’institution humanitaire qui n’intervient pas dans les processus politiques, mais qui protège la dignité humaine là où tout le reste a été détruit.

Pour y parvenir, le CICR a mis en place un système de dialogue confidentiel avec les parties au conflit. Cette approche était censée être le seul moyen d’exercer une influence sur les parties qui violent les droits humains tout en conservant l’accès aux prisonniers et aux autres personnes protégées.

C’est pourquoi les questions soulevées aujourd’hui sont d’une importance cruciale: peut-on justifier le silence lorsqu’un État partie aux Conventions de Genève détruit délibérément, ouvertement et systématiquement les fondements mêmes de l’humanité?

Inédit depuis les années 40

De quoi parle-t-on? Des tortures constantes, des traitements inhumains et des exécutions extrajudiciaires de prisonniers de guerre et de civils ukrainiens, de leur détention dans des conditions terribles avec le refus d’accès au CICR, du massacre de la prison d’Olenivka, de l’utilisation d’armes chimiques, de l’écocide résultant de l’explosion du barrage de Kakhovka, des bombardements constants de villes ukrainiennes et des dizaines de milliers de crimes de guerre commis par les Russes.

Le nombre choquant de violations des règles de la guerre prouve qu’il existe une politique criminelle consciente et systématique de la part de la Russie, qui vise à détruire l’identité de tout un peuple au cœur de l’Europe du 21e siècle. Voilà qui rappelle les années 1930 et 1940, n’est-ce pas? Dans les deux cas, il y a de quoi susciter l’effroi, la répulsion et la volonté implacable de rendre justice.

Mais entre ces années sombres et celles que nous vivons présentement, il existe un autre point commun, moins évident mais tout aussi tragique: le silence du CICR. Et c’est le cas depuis 2014, quand la Russie a envahi la Crimée et d’autres parties de l’Ukraine, où la population civile n’avait aucune protection réelle (ce qui est toujours le cas). Depuis 2022, ces crimes de guerre sont devenus si massifs qu’il n’est plus permis de douter qu’ils constituent une politique d’État.

Les limites du silence

L’Ukraine n’est pas confrontée à des crimes isolés, mais à une politique systématique. Selon le bureau du procureur général de l’Ukraine, au moins 322 prisonniers de guerre ukrainiens ont été exécutés par les Russes depuis le début de l’invasion à grande échelle. En décembre 2025, l’ONU avait recensé 96 cas d’exécutions extrajudiciaires de prisonniers qui étaient déjà protégés par le droit international. De nouvelles vidéos d’exécutions d’Ukrainiens apparaissent régulièrement, mais le CICR ne s’est jamais fendu à ce jour d’une réaction officielle.

Des milliers de prisonniers de guerre et de civils ukrainiens sont détenus dans des conditions épouvantables. Ils sont soumis à la torture, privés de soins médicaux et contraints de livrer de faux témoignages avant les rares visites des délégués du CICR, sous peine de subir de nouvelles tortures. La Russie s’est délibérément abstenue de créer un camp officiel pour tous les prisonniers de guerre, en violation directe de la troisième Convention de Genève. Il n’existe pas non plus de bureau national d’information chargé de tenir à jour le registre des prisonniers. En conséquence, le monde ignore combien d’Ukrainiens sont détenus dans les chambres de torture russes.

Les organisations ukrainiennes évoquent plusieurs centaines de lieux de détention, où les personnes sont pour la plupart emprisonnées sans aucune base légale. Chaque témoignage prouve qu’entre les mains de la Russie, les Conventions de Genève ont été réduites à des mots vides de sens. Maintenant que la Russie se retire de la Convention européenne pour la prévention de la torture, le CICR a non seulement le droit, mais aussi le devoir de rompre enfin son silence.


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Cet appel au CICR
est signé Gunduz Mamedov, juriste, docteur en droit, procureur général adjoint d’Ukraine de 2019 à 2022 et membre des forces armées ukrainiennes. ll a lancé des enquêtes systématiques et coordonnées sur les crimes internationaux en Ukraine. Collaboration: Mykola Forsenko, le nom de plume d’un juriste ukrainien, docteur en droit, professeur, consultant en droit international public et également membre des forces armées ukrainiennes, obligé de garder l’anonymat en raison de ses fonctions.

La rédaction de Heidi.news a envoyé hier ce texte à des responsables du CICR à Genève, en leur demandant s’ils souhaitaient y répondre. S’ils le font, nous publierons leur réponse.

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EPA/NATIONAL POLICE OF UKRAINE HANDOUT

Un camion du CICR a été la cible d’un bombardement russe dans la région de Donetsk, en Ukraine, le 12 septembre 2024. Trois employés du CICR ont été tués sur le coup, deux autres grièvement blessés. «Il est inadmissible que des bombardements touchent un site de distribution d’aide humanitaire», a déclaré la présidente du CICR, Mirjana Spoljaric. L’équipe du CICR s’apprêtait à distribuer du bois et des briquettes de charbon aux foyers vulnérables du village de Viroliubivka afin de les aider à se préparer pour l’hiver lorsque leurs véhicules ont été touchés.

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Sur Heidi.news, jouvences d'Arabie et autres sauvageries

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Rex Chouk, pour Heidi.news

DJ Snake, salles de prière et mecs en talons aiguilles: bienvenue au Soundstorm, le festival qui met l’Arabie saoudite sens dessus dessous. Il y a six ans, les concerts étaient encore interdits en Arabie saoudite. Désormais, le Soundstorm, qui se tient au beau milieu du désert près de Riyad, est devenu le plus grand festival musical du Moyen-Orient. Plongée dans un univers parallèle, où l’on fait la fête sans alcool mais où la liberté de mœurs n’a jamais été aussi prononcée. Nouvel épisode du grand reportage de Sami Zaïbi, le jeune homme qui vous écrit chaque mercredi du Caire dans «Le Point du jour».

Jouvences d’Arabie, 4e épisode
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Lionel Cavin, sur le terrain. | DR

«Le prochain rebond de la biodiversité aura besoin de l’assistance de l’Homme». Depuis l’ère industrielle, nous assistons à la sixième grande extinction du vivant. L’humanité peut-elle se contenter de conserver des zones de nature sauvage, ou doit-elle travailler activement à la restauration des écosystèmes, au risque de bousculer l’ordre des choses? Pour Lionel Cavin, paléontologue au Muséum d’histoire naturelle de Genève, face à la rapidité du changement à l’œuvre, nous n’avons pas le choix.

Retour vers le sauvage, bonus
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Fatu dans la réserve d’Ol Pejeta. | Ami Vitale.

Peut-on jouer à Dieu pour sauver une espèce éteinte? Pour sauver l’espèce des rhinocéros blancs du Nord, les scientifiques de BioRescue ne misent pas que sur la procréation assistée. Le projet repose sur un second volet au parfum de science-fiction: rien de moins que créer la vie à partir d’un peu de peau… Une ambition qui porte un risque éthique certain.

Retour vers le sauvage, épisode 9

Le Pitch de la semaine

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Pitch Comment pour Heidi.news

Vous aurez sans doute reconnu la référence à Ferdinand Hodler, icône nationale s’il en est. Les plus âgés ou savants d’entre vous se souviendront aussi que jusque dans les années 1950, le Bûcheron ornait les billets de 50 francs suisses. Le trait de Pitch Comment dit tout ou presque, mais allons-y d’un petit commentaire pour cibler les enjeux.

Le 8 mars prochain, les citoyens suisses devront décider s’ils souhaitent garder leur télévision et leur radio publiques en l’état, ou s’ils préfèrent que la redevance passe de 335 francs à 200 francs. Rarement un scrutin aura été aussi ouvert, le premier sondage donnant une courte avance au «non» (52% vs 46%). L’expérience montre par ailleurs qu’il faut souvent au moins 55% du suffrage populaire pour emporter aussi la majorité des cantons.

Il n’empêche, rien n’est joué, et une moitié de la population semble prête à envoyer valser dans le décor son audiovisuel public. Les arguments développés par l’UDC qui porte l’initiative, et parmi eux la conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE), interrogée à ce sujet par la télévision publique qu’elle s’emploie à élaguer, sont de plusieurs ordres:

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Il est temps de raconter le monde

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Cinq bonnes lectures pour le week-end

La «Russian connexion» de Jeffrey Epstein. C’est long, mais ce texte de Françoise Thom mérite votre attention. Il a été publié en juillet dernier, avant que la justice américaine ne publie 3 millions de documents du dossier Epstein, qui font tant parler ces jours. L’historienne française met en lumière les relations étroites qu’entretenaient le financier Jeffrey Epstein et le père de sa complice Ghislaine, Robert Maxwell, magnat de la presse écrite britannique, avec les hautes sphères du pouvoir soviétique, puis russe. Cela pose une question troublante: et si le FSB détenait la fameuse «liste» des clients d’Epstein?

Desk Russie (FR)

Qui est le nouveau ministre ukrainien de la défense, âgé de 35 ans? Mykhailo Fedorov est le 4e ministre de la Défense depuis que la Russie a lancé sa guerre totale contre l’Ukraine, et le premier à arriver avec une solide réputation en matière de résultats. Après ses succès très médiatisés au ministère de la Transformation numérique, les attentes sont élevées. Peut-être trop. L’autrice de cet article a interrogé des soldats ukrainiens, des opérateurs de drones dans les brigades de première ligne aux officiers supérieurs. La plupart, des sceptiques endurcis par des années de guerre, ont exprimé une confiance remarquablement élevée en Fedorov…

Ukrainska Pravda (EN)

Expiration du traité New Start: vers une reprise de la course aux armements nucléaires? Dans un contexte international tendu, le traité New Start, signé en 2010 entre la Russie et les États-Unis, a expiré jeudi 5 février. Les termes du traité limitent à 700 le nombre de lanceurs nucléaires stratégiques déployés et à 1’550 le nombre de têtes nucléaires déployées sur ces lanceurs. Sans nouvel – et improbable à ce stade – accord, les deux parties pourront accroître leurs arsenaux, une perspective qui constitue une source d’inquiétude majeure.

The Conversation (France)
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The Guardian

L’économie russe commence à stagner. Le boom économique lié à la guerre en Russie a laissé place à une croissance atone, à des hausses d’impôts et à une réduction des services publics. Cela aura-t-il une incidence sur le conflit en Ukraine? Même si l’effondrement spectaculaire envisagé par l’Occident semble désormais improbable, le Kremlin se trouve confronté à la situation économique la plus précaire depuis l’entrée de ses chars en Ukraine.

The Guardian (EN)

La Russie peut-elle faire confiance à son vieux «petit frère» chinois? La lune de miel entre Xi Jinping et Vladimir Poutine s’est poursuivie cette semaine. Lors d’un appel vidéo mercredi, le président russe a déclaré que «pour les relations russo-chinoises, on peut dire sans risque de se tromper que c’est le printemps toute l’année», tandis que son homologue chinois a déclaré à son «vieil ami cher» que leurs deux pays avaient besoin d’un «grand projet» pour approfondir encore leurs liens. Bien sûr, la réalité est un peu moins harmonieuse. Pékin supplante désormais Moscou dans des régions où la Russie exerçait autrefois son influence.

Le blog de Mark Galeotti pour The Spectator (EN)

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