Bonjour, c’est Sami à Mascate, où tout le monde se raconte des bobards pour justifier ses compromissions climatiques: les Omanais qui bossent dans les puits pétroliers, les backpackers végétariens venus d’Europe, et bien sûr moi-même. Je vous raconte tout ça plus bas.
Ce matin, je vous parle aussi des propriétaires du Constellation qui se disent «dévastés», de la Syrie où des combats ont éclaté entre les forces gouvernementales et les Kurdes, ainsi que de l’Iran où les manifestations se poursuivent sous l’œil attentif de Trump et d’Israël. |
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Les infos que j'ai retenues pour vous
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Hier, une mère syrienne s’occupe de sa fille blessée dans les combats à Alep. Crédits: Keystone / AP / Omar Albam
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Combats meurtriers à Alep.
Hier, des affrontements ont à nouveau eu lieu au sein de quartiers kurdes dans la ville du nord de la Syrie. Comme il y a deux mois, ils ont opposé les Forces démocratiques syriennes (FDS) menées par les Kurdes et les forces gouvernementales du président Al-Charaa. Au moins sept personnes sont mortes dans les échanges de tirs, qui pour la première fois ont impliqué des drones, des mortiers et des missiles. Cette escalade intervient alors que le leader kurde Mazloum Abdi est à Damas pour discuter de l’intégration des FDS dans l’armée syrienne, sans grand succès jusqu’à maintenant. Dans le même temps, la Turquie voisine a exigé hier le désarmement de toutes les factions kurdes, y compris en Syrie.
Al Jazeera (FR)
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Les Européens au secours du Groenland.
Alors que Donald Trump, enhardi par son kidnapping réussi de Nicolas Maduro, fait monter la pression sur l’île danoise, les principaux dirigeants européens sont montés au front hier. «Il revient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland», ont déclaré dans un communiqué commun Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Giorgia Meloni, Donald Tusk, Pedro Sanchez, Keir Starmer et Mette Frederiksen, rappelant que Copenhague, tout comme les Etats-Unis, fait partie de l’OTAN. En réaction, la Maison-Blanche a encore insisté, tôt ce matin, que l’île est une «priorité de sécurité nationale» et qu’elle envisage plusieurs options, dont une «militaire», pour s’en emparer.
Euronews (FR)
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Les gérants du Constellation sortent du silence.
Hier soir, le couple français s’est exprimé pour la première fois depuis le drame, hormis une micro interaction avec Tamedia. Dans un communiqué, les tenanciers du bar se disent «dévastés» et assurent qu’ils ne se «déroberont pas», alors que la procédure pénale qui les vise les autorise encore à quitter le pays. Défendus par les avocats Yaël Hayat, Nicola Meier et Patrick Michod, ils assurent leur «entière collaboration» avec la justice. Plus tôt dans la journée, la commune de Crans-Montana a révélé qu’aucun contrôle incendie n’avait été effectué dans l’établissement depuis 2020, ce qu’elle «regrette amèrement».
RTS Info (FR)
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Claude-Inga Barbey s’en est allée.
La comédienne, humoriste, chroniqueuse et écrivaine est décédée samedi à l’âge de 64, ont fait savoir ses proches hier. Figure forte de la scène romande de ces dernières décennies, elle avait connu le succès dès les années 1990 avec ses personnages du quotidien, notamment Manuela, la femme de ménage grincheuse à l’accent hispanique. Chroniqueuse chez Heidi.news en 2021, elle a ensuite connu plusieurs polémiques en raison de capsules vidéos publiées sur le site du Temps, qui ont heurté la sensibilité de certains publics, la poussant à se retirer des réseaux sociaux. Elle a néanmoins continué son art jusqu’au bout, signant la dernière revue de Genève malgré un long combat contre le cancer.
Ses chroniques pour Heidi.news (FR)
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Il est temps de raconter le monde
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Dans mon radar aujourd'hui
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Noël en Egypte.
Les Coptes orthodoxes, soit 90% des chrétiens d’Egypte, qui eux-mêmes représentent environ 10% de la population, célèbrent aujourd’hui Noël. Tout le pays est en congé. «L’occasion de montrer de l’amour et de la proximité entre les peuples», professe le Premier ministre Moustafa Madbouly, en visite dans la cathédrale Saint-Marc du Caire. Depuis l’arrivée au pouvoir de Sissi, qui se pose en défenseur des Coptes, les chrétiens se sentent globalement mieux protégés. Mais des escarmouches continuent de se produire sporadiquement, surtout en Haute-Egypte.
Al Ahram (EN)
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Ça m'est arrivé cette semaine
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Autosuggestion climatique.
Ces jours, je suis toujours à Oman, ce sultanat pétrolier où il fait bon vivre. La veille du réveillon, un sympathique Omanais de mon âge débarque dans l’auberge de jeunesse où je suis et me tape la discute. Féru de plein air, il me propose d’embarquer avec lui, son pote qui a un 4X4 et un Autrichien de l’auberge, afin de passer le Nouvel An à la montagne, en mode camping et randonnée. Evidemment, j’accepte. C’est ainsi qu’on se retrouve dans une grosse Toyota, drapeau pirate dressé sur le toit et phares additionnels montés sur le capot. La voiture a l’air aussi énervée que son propriétaire est gentil. Moussa, 28 ans, barbe épaisse et regard doux, a mis toute sa vie dans sa voiture, son «projet», comme il l’appelle. Rien ne l’obligeait à prendre des passagers supplémentaires, mais il s’honore de notre présence et se plie en quatre pour prendre soin de nous qui n’en demandions pas tant: logistique du voyage, cuisson des délicieux michkak (les brochettes grillées omanaises) et bières autour du feu.
Autour de ce feu, justement, après des récits de vie plus ou moins dramatique et des blagues plus ou moins graveleuses, on finit par aborder le sujet du climat, et les histoires qu’on s’invente pour continuer à se regarder dans le miroir. Matthias, l’Autrichien, qui partage avec moi la passion du vélocamping, commence: «Honnêtement, j’ai pas mal lâché de lest. Certes je suis toujours végétarien pour réduire mon empreinte carbone, mais maintenant je me laisse un peu aller sur l’avion. Pendant plusieurs années, je me suis interdit de le prendre. Puis mon frère a été embauché par la compagnie Emirates, et grâce à lui je peux profiter de vols à prix cassé – je suis venu depuis Vienne pour 30 euros. C’est difficile de résister. Le pire, c’est que j’ai même réussi à m’autoconvaincre que je ne fais aucun mal, car les places dont je bénéficie via mon frère sont des sièges qui n’ont pas trouvé preneur. Je me dis que si je ne prenais pas le billet, l’avion décollerait tout de même…»
On demande ce qu’ils en pensent à nos amis omanais, qui travaillent tous deux dans un puits pétrolier dans le désert, près de la frontière saoudienne, où ils font des shifts de deux semaines. «Dans l’absolu, je sais que ça pollue et que ça entre en contradiction avec ma passion pour la nature, et j’aimerais bien ne plus travailler dans ce secteur, débute Zakarya. Mais il faut avouer que les conditions sont bonnes. Avant de décrocher ce job, j’ai fait plein de petits boulots, de barista à vendeur, et je peinais à m’en sortir».
Moussa, le propriétaire de la grosse voiture, poursuit: «Pendant longtemps, je me suis posé pas mal de questions sur mon impact, sur notre impact. Mais honnêtement, dernièrement je m’en fiche un peu plus. Quand je vois comment certains polluent avec leurs jets privés, leurs yachts et leurs villas, je me dis que je ne suis qu’une goutte d’eau dans l’océan. Et je fais tout mon possible pour ne laisser aucun déchet derrière moi».
C’est dans l’air du temps. Dans l’auberge de jeunesse de Mascate, j’entendais l’autre jour un backpacker parler d’une nouvelle application qui lui permets de cartographier tous les pays qu’il a visités. «Cette année, j’aimerais en faire 17», disait-il fièrement. Peu importe si c’est pour quelques heures. En Suisse, beaucoup de mes amis autrefois très orthodoxes se laissent désormais aller, par dépit mais aussi par amertume: «Malgré tous nos efforts, la plupart des gens n’en ont toujours rien à cirer, et en politique on va carrément à contresens depuis 2-3 ans», déplorent-ils, avant de s’envoler pour l’Amérique du Sud ou de s’acheter de nouveaux gadgets inutiles.
Moi non plus, je ne suis pas en reste. Avant de partir pour l’Egypte, j’avais passé cinq ans sans prendre l’avion. J’ai même remué ciel et terre pendant six mois pour essayer de venir au Caire sans avion, allant jusqu’à démarcher des compagnies de cargo et écrire dans d’obscurs groupes Facebook de voyageurs irakiens. Rien à faire. C’était donc de guerre lasse que j’avais pris mon vol d’une durée de 4h30 pour moins de 100 francs. Puis je me suis résolu à ne rentrer en Suisse qu’une fois par an, en été, pour limiter la casse. Puis il y a eu la chute du régime en Syrie, impossible de s’y rendre sans prendre l’avion. Puis l’Arabie saoudite, le mois dernier, pour une exploration à venir sur Heidi.news. De nouveau, impossible de trouver un ferry depuis l’Egypte. Puis même au sein royaume, quand j’ai dû relier Riyad à Jeddah, j’ai eu le choix entre 14 heures de route dans un bus qui me ferait rater le dernier jour du Festival de cinéma que je devais couvrir, ou un vol d’une heure trente qui coûte deux fois moins cher. «C’est pour le boulot», me suis-je dit pour me convaincre.
Mais dès lors, comment justifier mon vol entre Jeddah et Mascate, où je viens juste passer un peu de bon temps? Pas vraiment d’excuse, il faut être honnête. Et c’est sans parler de la viande: moi qui m’évertuais à n’en manger qu’une fois par semaine en Suisse, depuis que je suis dans la région, à force d’invitations carnées irrefusables, j’ai fini par faire totalement céder ce dernier barrage. Je peux bien me rassurer en me disant que c’est culturel, que je contrebalance avec mes habits de seconde main et le fait que je n’ai pas de voiture. Mais la vérité, c’est que c’est de l’autosuggestion qui vise davantage à apaiser ma dissonance cognitive qu’à réellement réévaluer mon impact. Et le problème, quand on commence à lâcher du lest, c’est que la montgolfière a vite fait de totalement foutre le camp.
Ce soir-là, on n’a même pas tenu jusqu’à la nouvelle année. On est allés se coucher avant – je suis définitivement prêt à passer le cap imminent de la trentaine, me suis-je dit au passage. Ayant simplement ramassé à l’auberge un vieux sac de couchage troué et une tente vétuste, je n’étais pas du tout équipé pour dormir à 2000 mètres d’altitude par 3°C. Seule solution pour survivre: faire chauffer des pierres près du feu et les disposer le long de mon corps. Recroquevillé sous la tente, à moitié brûlé par les cailloux, à moitié gelé par le froid, j’ai presque ressenti une félicité à subir ainsi les éléments, comme pour me laver de mon confort climaticide.
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Une famille de déplacés ayant fui les combats d’Al-Fasher, en novembre 2025. Crédits: Keystone / AP / Marwan Ali
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Plongée dans un Soudan ravagé.
Elle se trouve malheureusement derrière un paywall, mais impossible de faire l’impasse sur cette excellente série de reportages de mon estimé confrère Eliott Brachet, spécialiste du Soudan. Il s’est rendu à El-Obeid, ville stratégique du sud du pays en quasi-état de siège; à Khartoum, la capitale reprise en mars par l’armée régulière, où la vie reprend ses droits après deux ans de combats et de pillages; à Al-Karima, petite ville du nord, loin de la ligne de front, mais pas épargnée par les effets de la guerre, entre coupures d’électricité et réfugiés. Cette virée soudanaise raconte un pays à vif, où la guerre ne semble pas prête de s’estomper, mais où les germes d’espoir, semés lors de la révolution 2018 et arrosés par la résilience d’un peuple, éclosent ici et là.
Le Monde (abonnés) (FR)
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Au Yémen, les séparatistes du sud veulent faire sécession.
Après avoir saisi de larges pans du territoire début décembre, les séparatistes du Conseil de transition du Sud, soutenus par les Emirats arabes unis, ont annoncé l’adoption unilatérale d’une Constitution. Ils ambitionnent de recréer le Yémen du Sud, qui fut indépendant entre 1967 et 1990, avec pour capitale Aden. Mais le gouvernement yéménite, soutenu par l’Arabie saoudite, tente de l’en empêcher. Après des frappes la semaine dernière contre une supposée cargaison d’armes émiraties, la coalition internationale a poursuivi ses opérations ces derniers jours, tuant au moins 80 séparatistes et reprenant, selon elle, le contrôle de la province du Hadramout. Les combats se poursuivent dans l’est du pays.
France 24 (FR)
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Les manifestations se poursuivent en Iran, Trump et Israël en embuscade.
Née en protestation contre l’inflation et le marasme économique, la mobilisation entre dans sa deuxième semaine. Des manifestations ont eu lieu dans une quarantaine de villes, principalement dans l’ouest du pays. Elles ont déjà fait au moins 35 morts, et donné lieu à 1200 arrestations. «Nous regardons cela de très près. S’ils commencent à tuer des gens comme ils l’ont fait dans le passé, je pense qu’ils seront frappés très durement par les États-Unis», a prévenu Donald Trump, tandis que les autorités israéliennes pourraient prendre avantage de la situation et seraient prêtes à mener une attaque-surprise, selon des médias hébreux.
The Guardian (EN)
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En Israël, continuer d’apprendre l’arabe après le 7-Octobre.
Depuis l’attaque terroriste du Hamas et le début des massacres israéliens commis en représailles, le nombre de Juifs israéliens apprenant l’arabe a explosé, selon l’établissement spécialisé Madrasa. Est-ce pour faire la paix ou pour mieux connaître son ennemi? Difficile à dire. Mais la même tendance a été observée en France suite aux attentats islamistes de 2015. Certains apprenants, qui s’expriment dans ce reportage, confient devoir se cacher pour lire des livres en arabe et fermer la fenêtre de leur voiture pour écouter de la musique levantine. Selon la dernière étude sur le sujet, menée en 2015, 10% des Juifs israéliens maîtrisent l’idiome de Mahmoud Darwish, langue maternelle des 20% d’Arabes israéliens.
France 24 (FR)
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En direct de la Trumposphère
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«Nous vivons dans un monde gouverné par la puissance, la force et le pouvoir»
Voilà le «vrai monde» dans lequel nous vivons, selon Stephen Miller, le chef de cabinet de Donald Trump qui s’est exprimé hier sur CNN. Voilà même les «lois atemporelles» de notre bas monde, loin des «bienséances internationales et de tout le reste dont on peut parler autant qu’on veut», selon ce cerveau de la politique anti immigration du président américain.
Ces déclarations interviennent alors que Nicolas Maduro croupit toujours dans une prison new-yorkaise après son kidnapping. Suite à cette opération réussie, Donald Trump multiplie ces jours les menaces à l’égard non seulement du Groenland, mais aussi du Mexique, de la Colombie et de l’Iran.
CNN (EN)
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Votre correspondant.
Lausannois aimant à me définir comme un «arabe raté», je me suis installé en Egypte il y a deux ans pour enfin apprendre cette langue que feu mon père tunisien ne m’a jamais transmise. Au Caire, je suis correspondant pour Le Temps et Libération. Mais ces jours, je suis à Oman, où je profite de la nature, après un mois en Arabie saoudite dans le cadre d’une Exploration à venir sur Heidi.news.
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Avenue du Bouchet 2
1209 Genève
Suisse
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