Bonjour, c’est Amaury à N’Djamena, où l’Unesco vient d’annoncer débloquer des fonds d’urgence pour préserver deux sites naturels classés au patrimoine mondial.

Les lacs d’Ounianga et le massif de l’Ennedi, bijoux nichés au coeur du Sahara, manquaient jusqu’alors cruellement de financements.

Ce matin, je vous parle de l’Afrique de l’Ouest en crise avec la poursuite de son avalanche de putschs, de la mémoire d’Ousmane Sembène, cinéaste et écrivain, et d’une rencontre plutôt particulière.

Ailleurs dans le monde: quand UBS ignore ses propres engagements pour aller financer du forage pétrolier au large de l’Amazonie

photo journaliste

Amaury Hauchard à Rome
11.12.2025

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Les infos que j'ai retenues pour vous

Cinq ans d’historique sur les réseaux sociaux pour une visite Etats-Unis. C’est ce que propose la Maison-Blanche, en plus que toutes les adresses e-mail et numéros de téléphone utilisés durant cette période. Une exigence qui vise également les ressortissants de pays exemptés de visa sous le programme ESTA. Pour le Guardian, un tel projet pourrait perturber la Coupe du monde 2026 aux Etats-Unis. Le quotidien britannique note que le tourisme a déjà chuté depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.

The Guardian (EN)

La Commission européenne veut exclure l’IA des règles environnementales. Pour suivre son ambition de devenir leader mondial dans le domaine, l’UE est prête à exempter les gigafactories de l’intelligence artificielle d’évaluation des incidences sur l’environnement. Selon la Commission, cela permettrait aux entreprises d’économiser un milliard d’euros par an, tandis que les activistes ont dénoncé une «vaste offensive» contre la politique environnementale continentale.

The Guardian (EN)

Zelensky «prêt» à des élections. Le président ukrainien a rejeté les accusations de Donald Trump selon lesquelles il utiliserait la guerre contre la Russie pour se maintenir au pouvoir. Il s’est dit disposé à organiser un scrutin «si les États-Unis et les alliés européens peuvent en garantir la sécurité et si la loi électorale est adaptée». Le mandat de cinq ans de M. Zelensky devait s’achever en mai 2024. Mais la présidentielle a été reportée en raison de la loi martiale instaurée après l’invasion russe de février 2022, conformément à la constitution ukrainienne.

BBC (EN)

La bataille pour exclure Israël des compétitions de foot

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L’actuel président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, après son élection à Athènes, le 14 septembre 2016. Le juriste slovène, à peu près inconnu à l’époque, succédait à l’ancien joueur français Michel Platini. | Keystone / AP Photo / Thanassis Stavrakis

EXCLUSIF — La campagne pour boycotter le football israélien s’invite dans la politique suisse. La gauche et les Verts à Berne et à Lausanne mettent sous pression l’UEFA, basée à Nyon, en demandant la fin de l’exonération fiscale dont bénéficie l’organisation sportive au titre de son action de «promotion de la paix». Il lui est reproché de n’avoir pris aucune mesure à l’encontre des clubs israéliens qui lui sont rattachés.

Sur Heidi.news

Il est temps de raconter le monde

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Dans mon radar aujourd'hui

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Capture d’écran parodique de la page Wikipédia du putschiste de quelques heures au Bénin, qui circule depuis 48 heures sur tous les groupes WhatsApp de la région

L’Afrique de l’Ouest va-t-elle mettre la main sur le lieutenant-colonel Tigri? Le monsieur serait la tête pensante du putsch raté de dimanche au Bénin. Je mets au conditionnel, car la rumeur commence à enfler que des Etats voisins auraient peut-être pu financer la tentative. Cela sera un problème pour plus tard: là, tout de suite, la question qui fait jaser dans la région, c’est où se trouve le lieutenant-colonel Tigri? Des médias le disent au Togo, comme L’Alternative ci-dessous, d’autres au Burkina Faso…

L’Alternative (FR)

Une nouvelle réunion de la «coalition de volontaires» en soutien à Kiev aura lieu jeudi. L’objectif du rendez-vous, coprésidé par la France et le Royaume-Uni, est «d’avancer sur les garanties de sécurité à offrir à l’Ukraine et la contribution importante des Américains», selon la présidence française. Le président américain Donald Trump, qui veut obtenir une paix coûte que coûte, s’est dit dimanche « déçu » de son homologue ukrainien, qui n’a selon lui « pas encore lu » le plan américain.

Ouest-France (FR)
Ca m'est arrivé cette semaine

J’ai rencontré un écrivain. Ou plutôt, une amie humanitaire, qui travaille au Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés, m’a mis en contact avec un écrivain. Elle lui a donné mon numéro, et j’ai reçu samedi soir dernier, à 20h14, ce message que je vous traduis de l’arabe au français, comme les suivants:

Bonjour, je m’appelle Abdurashid Ahmed, je suis un réfugié soudanais âgé de 21 ans et je vis actuellement au Tchad. Je suis écrivain et j’ai publié deux livres. Je cherchais à obtenir l’aide du HCR afin de soutenir les capacités de jeunes comme moi. J’ai rencontré une dame nommée X, qui m’a suggéré votre nom en me disant que vous pourriez peut-être m’aider. Je suis donc venu vous voir pour vous raconter mon histoire, dans l’espoir que nous puissions trouver un soutien matériel simple qui m’aiderait à poursuivre mon travail d’écriture.

J’ai été curieux de son message. On a commencé à échanger sur Whatsapp, et il m’a raconté:

Les parents d’Abdurashid ont fui le Soudan en 2003, lors du premier génocide du Darfour. Comme 800’000 autres, ils ont marché vers le Tchad voisin, et ils ont été pris en charge par les autorités et l’ONU, qui ont construit des camps de réfugiés partout où ils le pouvaient. Aujourd’hui, il y en a 19 dans l’est du Tchad.

Dans l’un d’eux, à Kounougou, Abdurashid a vu le jour en 2005. Un enfant de la guerre, né dans un camp de réfugiés, grandi dans un camp de réfugiés. Les opportunités y sont quasiment inexistantes, et leurs habitants survivent depuis vingt ans sous perfusion de l’aide internationale.

Abdurashid a grandi là. Il me raconte qu’il a passé son baccalauréat tchadien, et qu’il enseigne désormais bénévolement dans le lycée, où il a reçu une formation du HCR, selon notre amie commune. Il a 21 ans: que faisions-nous à cet âge?

En parallèle, il écrit des textes. Il n’a pas d’ordinateur, alors il utilise son portable. Il y a installé un logiciel de traitement de texte, et passe son temps libre à écrire. Je lui dis que moi aussi, et je lui fais parvenir un texte.

Il m’a envoyé ensuite deux de ses travaux. Le premier est un long récit sur de sa communauté, les Zaghawa, le second est une nouvelle de fiction, l’histoire d’un jeune homme qui prend un véhicule de transport public dans la campagne tchadienne, et qui rencontre une jeune femme. Il écrit avec de belles métaphores, des images, de l’âme. J’ai adoré son récit. J’ai eu l’impression de trouver les mots justes que je cherche dans mes propres articles, ceux qui sont les bons pour raconter une émotion, une odeur, un détail insignifiant.

La gare est un quartier au centre de presque tout.


À droite et à gauche, des chemins accidentés, tordus, usés par les pas.

Sur presque tous les murs, on lisait en lettres larges et maladroites : «INTERDIT D’URINER ICI».


Mais personne ne respectait ni l’auteur ni l’écrit.


L’odeur mêlée d’urine et de chaleur formait une sorte de matière mentale familière, une équation étrange: odeur de pauvreté + chaleur du midi + nostalgie = le goût du métal sur ma langue.

De tous côtés venaient des chemins sinueux.
Rien ne ressemblait à une voie normale.

Un homme poussant sa charrette marchait d’un pas vacillant qui donnait la nausée à celui qui l’observait.


Les gens se déplaçaient dans la rue comme des zombies, titubant, s’évaporant lentement sous le regard.


J’ai pressé mes paupières pour ne pas laisser mes rêves couler avec la sueur.

Bien sûr, et j’imagine que vous vous demanderez la même chose en me lisant: ces textes, bien écrits, avec attention, sont-ils vraiment de sa main? A une époque où les intelligences artificielles permettent en quelques clics d’avoir un roman artificiel, comment en être sûr?

J’ai d’abord interrogé mon amie, qui m’a dit qu’elle faisait confiance à Abdurashid. Je lui ai ensuite posé la question, frontalement, en lui expliquant pourquoi.

Sa réponse:

Je comprends ta question. Elle est légitime. Beaucoup de gens utilisent l’IA aujourd’hui. Moi, je ne le fais pas, je n’utilise jamais l’intelligence artificielle dans mes écrits, car les éditeurs n’acceptent pas les textes issus de l’esprit des machines, et j’en suis très conscient. Je te demande de me croire. Je connais très bien le Coran et cela m’aide à écrire. J’ai une grande imagination qui me permet d’exprimer facilement et simplement ce que je pense. Nous les arabophones, on s’appuie tous sur une seule et même source, le Coran, pour comprendre le sens profond et l’authenticité des mots. Je vais t’envoyer mon certificat de mémorisation du Coran pour prouver mes capacités à écrire en arabe sans faire pratiquement aucune erreur.


J’ai décidé de le croire. Un de mes amis voyage en France pour les fêtes de fin d’année, je lui ai demandé s’il pouvait ramener un ordinateur d’occasion, entre 250 et 500 euros. Ce n’est pas grand-chose. Souhaiteriez-vous participer?

J’ai lancé une cagnotte en ligne. J’ai envie de lire plus de textes d’Abdurashid. Et peut-être, un jour, pourra-t-on le lire sur Heidi.news?

Le lien vers la cagnotte

Mon labo africain

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Une des artères principales de Cotonou lundi, où une tentative de putsch a échoué la veille | KEYSTONE / EPA / STRINGER

«C’est l’Afrique de l’Ouest qui est en crise». Gilles Yabi, intellectuel sénégalais de haut vol, dans son centre de recherches Wathi à Dakar, décrypte les humeurs de l’époque et les tourments de la région. RFI l’a interrogé cette semaine sur le coup d’Etat manqué au Bénin, dimanche passé. Il y explique la crise systémique de confiance dans l’organisation sous-régionale, la Cédéao, équivalent du Mercosur ou de l’UE pour l’Afrique de l’Ouest.

RFI (FR)

Un an derrière les barreaux pour un autre intellectuel. C’est au Niger, cette fois, que cela se passe. Moussa Tchangari est l’un des porte-voix les plus intelligents de la démocratie, du dialogue et des échanges. En plus, c’est un homme chaleureux. J’ai des souvenirs nombreux de discussions dans son association bien nommée Alternative Espace Citoyen. Ses collègues et amis viennent de se réunir pour marquer sa première année de détention, depuis décembre 2024. L’un de ses camarades, l’activiste Kaka Touda, a voulu «célébrer l’intégrité d’un homme dont l’absence physique n’a jamais effacé la présence morale». La formule est, à l’image de la personne, très belle.

Afrique XXI (FR)

Le début d’une reconnaissance pour les victimes du Darfour. On en avait déjà parlé: l’ex-chef janjawid Ali Kushayb, central dans le génocide qui a eu lieu dans la région au début des années 2000, a été reconnu coupable en octobre de crimes contre l’humanité. La sentence vient de tomber: 20 ans de tôle! Les victimes n’avaient rien réclamé d’autre, sauf à ce qu’il ne revienne jamais au Darfour, tandis que des centaines de milliers d’autres personnes sont en train de fuir la nouvelle guerre, qui sévit depuis 2023.

RFI (FR)

Drill, baby, drill

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Un employé de Petrobras montre un échantillon de pétrole brut sur la plateforme offshore Almirante Tamandare, 180 km au large de Rio. EPA/ANDRE COELHO

UBS ignore ses propres engagements environnementaux et finance des forages au large de l’Amazonie. Nous vous avons récemment proposé une série intitulée «Dans la forêt de Darwin». Il était question de la forêt atlantique au Brésil, où des projets, suisses notamment, parviennent à restaurer la biodiversité. Mais ne nous voilons pas la face, il y a de moins bonnes nouvelles dans ce pays d’une richesse naturelle extraordinaire.

Le géant brésilien Petrobras se prépare à exploiter du pétrole à 3000 mètres de profondeur dans la marge équatoriale. La banque suisse UBS a participé à structurer le financement d’une opération qui inquiète certains fonds de pension suisses. Car elle menace les communautés indigènes et la biodiversité exceptionnelle de la côte amazonienne.

Sur Heidi.news

Une raison d'espérer

Préserver la mémoire de Sembène. Il a été l’un des fers de lance les plus virulents du postcolonialisme, critiquant avec acidité et lucidité la colonisation française en Afrique de l’Ouest dans ses films et ses livres. «Ousmane Sembène devrait être la vraie idole de nos panafricanistes», m’a dit le week-end dernier un ami malien. Au Sénégal, son pays d’origine, il est partout. On ne peut qu’espérer qu’il fasse des émules: son court-métrage «La Noire de» a été projeté au festival Dakar Court, tandis qu’un colloque de débats a été organisé lundi soir sur son héritage.

Page Instagram du colloque organisé lundi à Dakar (EN)
En direct de la Trumposphère
«L’OTAN m’appelle “papa”».

Je me permets de revenir sur l’interview de Donald Trump à Politico, dont Sami vous a déjà parlé hier. Une petite phrase était ressortie qui a fait grincer des dents les Européens.

Le président américain s’amuse de la dépendance européenne à la participation américaine à l’OTAN, il le dit avec ses mots. Et puis aussi une autre, en parlant des dirigeants européens, sur la même ligne: «Je pense qu’ils sont faibles».

Voilà qui leur fera plaisir.

Global News (EN)

Votre correspondant. Il ne faut pas gâter l’affaire! C’est ce qu’on dit aux journalistes toubab débarquant sur le continent africain en quête d’histoires aussi exotiques qu’extravagantes. Alors depuis sept ans, j’essaie de raconter la normalité. Parisien d’origine, j’ai roulé une petite bosse ici et là en Afrique, du Malawi à la Guinée-Bissau, du Mali à la Centrafrique, du Cameroun à Sao Tomé. Depuis le début de l’année dernière, mes valises sont posées au Tchad mais aussi à Marseille, un pas ici, un pas là-bas.

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