Bonjour, c’est Lionel à New York, où je parle de tout, de rien et de Jennifer Lopez avec mes voisins. Et ça me rend curieusement heureux, comme je vous le raconte plus bas.

Au menu ce matin: un missile hypersonique sud-coréen, des paysages martiens grandioses et la peine capitale qui s’invite dans les débats américains des midterms.

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Lionel Pousaz à New York City
09.10.2026

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Les infos que j'ai retenues pour vous

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Dessin de Cour de l’arrivée de Nicolas Maduro dans un tribunal new-yorkais en mars dernier. | Elizabeth Williams

Maduro accusé d’avoir torturé des citoyens américains. Capturés en janvier à Caracas par un commando étasunien, puis extradés à New York, l’ex-président vénézuélien et sa femme se sont vus hier frappés d’un nouveau chef d’accusation. «Le régime Maduro a soumis des douzaines d’Américains à la torture lors de leur détention aux mains du gouvernement du Venezuela, dont des drogues, des électrocutions, des violences sexuelles et autres», a déclaré le directeur du FBI Kash Patel avant de promettre qu’ils «répondront de leurs crimes».

CBS News (EN)

Trump promet qu’il n’attaquera pas l’Iran avant la fin des élections de mi-mandat. Un signe de plus de l’inquiétude des républicains, alors que la plupart des sondages prédisent une victoire démocrate. Hier, le président américain a promis de ne pas poursuivre l’impopulaire conflit avant les midterms, notant au passage de «productives discussions» avec Téhéran et vantant un retour du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz sur la base de chiffres non vérifiés.

The Guardian (EN)

La Corée du Sud lance son premier missile hypersonique. L’essai suit d’une semaine le test d’une arme similaire par son voisin du Nord, qui s’était abîmée en mer non loin du Japon. Le président du pays a salué une étape majeure dans le renforcement des défenses nationales, sans plus de précisions sur le lieu du lancement. Le projectile est conçu pour atteindre cinq fois la vitesse du son, suffisamment pour échapper aux dispositifs antimissiles.

Associated Press (EN)

Il est temps de raconter le monde

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🎙️🇮🇹 Comment Giorgia Meloni a-t-elle transformé l’Italie? La dirigeante d’extrême droite avait tout de l’épouvantail. Elle a pourtant réussi à imposer ses thèmes en Europe, à acquérir une stature internationale et à battre un record de longévité. Et maintenant?

Notre correspondante Caroline Bordecq est journaliste en Italie, où elle vit depuis 8 ans. Elle sera l’invitée de notre prochaine séance des «Correspondants en pâture», le 22 octobre 2026.

Venez lui poser toutes vos questions!

🗓 Jeudi 22 octobre | 13h - 14h (en ligne)
⚠️ Places limitées — sur inscription
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L’entrée du métro à deux blocs de chez moi. | Lionel Pousaz

Ca m'est arrivé cette semaine

Discussions de quartier pas si anodines. Hier à la sortie du métro, je croise mon voisin Charles, en pleine discussion avec l’«indien» – un vieux hippie en poncho qui promène sa flûte de pan et ses cigarettes roulées dans le quartier. Charles agite une photo grand format, des joueurs de baseball qui sourient face à l’objectif. L’autre laisse éclater des rires tabagiques, et leur débat m’a l’air aussi peu sérieux qu’à l’accoutumée. Charles, donc, me reconnaît et me hèle, désireux sans doute d’apporter du sang neuf à la conversation – l’«indien» n’en a pas beaucoup.

«Il faut que je te demande ça, c’est lequel ton joueur favori?», me fait-il. Il y en a quatre, tous coiffés d’une casquette des Yankees.

«Je n’en sais rien, je n’en connais aucun… Ils sont célèbres?»

«Tu ne les connais pas? Ah, c’est vrai que tu n’es pas d’ici.»

«La dernière fois que j’ai essayé de comprendre les règles, je me suis endormi.»

«Hahaha. Tu vois ce type-là [et de me citer un nom que j’ai déjà oublié], il sortait avec J-Lo. Tu connais J-Lo, hein? Jennifer Lopez.»

«Oui, quand même, je connais. Eh bien, il a de la chance.»

«Tu dis ça à cause de J-Lo?»

L’«indien» manque de s’étouffer en riant: «Ahaha, c’est vrai qu’il a de la chance». Charles approuve en opinant de la tête, le regard soudain tourné vers le ciel en contemplation. Le palabre reprend, nous nous accordons sur ce fait capital, le type a bien de la chance. «Ah ouais, J-Lo», répète l’«indien» avec un rictus. Je suis quitte de les entendre parler de Jennifer Lopez plutôt que de baseball, ce qui me va très bien. Et c’est ce qui m’est arrivé de mieux cette semaine.

La conversation dérive sur le football américain, le soccer, la vie de quartier, l’oncle de Charles, ancien propriétaire de la maison où j’ai mon appartement, avant qu’il ne la vende pour une bouchée de pain, la mort de son frère et de ses parents et cinquante ans d’une vie «heureuse mais avec quand même de sales moments». L’«indien», lui, continue de rire ou de s’exclamer en s’éclaircissant le fond de la gorge. La femme de Sid, un autre de mes voisins, salue en passant. Ma fille s’impatiente, il est temps de rentrer.

Pour vous, des échanges sans doute dénués d’intérêt. Pour moi, la sensation d’avoir touché, sans en avoir l’air, à un point fort de l’existence. Tandis que je tourne au coin du bloc, le cœur réchauffé par ces absurdités sans queue ni tête et ces quelques vrais moments de vie, démêlés sur le trottoir glauque, souillé de crottes de chiens et de mégots, j’en prends soudain conscience: je fais maintenant partie du quartier.

Mon labo américain

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/ NASA

A la découverte des yardangs de Mars. C’est arrivé à plus de 242 millions de kilomètres des Etats-Unis, mais ça n’en est pas moins ce que le pays nous réserve de plus beau en cette période de retour du peloton d’exécution ou de déploiements au Moyen-Orient. Hier, la NASA a révélé une magnifique image du rover martien Curiosity, qui a capturé le lever du soleil sur des yardangs – des crêtes rocheuses creusées par le vent et le sable, comme on en trouve aussi sur Terre dans nos déserts. Un paysage fascinant, mais aussi un objet scientifique. Selon de premiers commentaires d’experts, la configuration de ces yardangs – angle, couleur, pente – laisse planer de nombreuses inconnues sur leur formation.

Gizmodo (EN)

Entre grâce et exécution en livestream, l’Amérique se déchire sur la peine de mort. Vous l’aurez sans doute remarqué, dans mes éditions comme dans celles de mes collègues: la peine capitale s’est invitée dans les débats aux Etats-Unis, à quelques semaines à peine des midterms. Exécution ratée et débâcle politique au Tennessee, suivies d’un retour du peloton d’exécution décrété par Donald Trump après 80 ans d’absence, puis du Texas qui a bandé ses muscles en montrant avant-hier son savoir-faire exécutoire… Hier, côté démocrate, le gouverneur de Californie évoquait une possible grâce des 563 condamnés à mort que compte l’Etat. Quelques heures plus tard, le secrétaire du département de la guerre, Pete Hegseth, annonçait l’exécution prochaine d’un prisonnier… en livestream. Sinon, tout va bien chez moi, merci de vous inquiéter.

Axios (EN)

Une raison d'espérer

Panser les plaies de l’exploitation pétrolière. On en compte pas moins de 18’000 en Oklahoma, et elles relâchent de grosses quantités de CO2 et de méthane. Les «puits orphelin» sont d’anciennes ouvertures pratiquées dans le sol pour y puiser du pétrole, puis abandonnées. Une fondation se charge maintenant de les reboucher, notamment dans la réserve indienne de la Nation Muscogee.

Mvskoke Media (EN)
En direct de la Trumposphère
«Non, non, président»

Pour faire écho au Nobel, qui mettait hier la poésie nord-américaine à l’honneur, nous avons choisi cet extrait issu d’une présidentielle allocution adressée cette semaine à l’US Navy à Baltimore. Le style, puisque c’est toujours de cela dont il s’agit en littérature, est lui aussi inimitable.

«Le golfe de l’Amérique, pas du Mexique. C’était un moment un peu difficile quand j’ai fait ça. J’ai reçu un appel de la présidente du Mexique. “Non, non, président.” C’était une femme très gentille. Très belle. Très belle voix. Et elle a dit “Non, non, président”. Très élégant. “S’il vous plaît, dites-moi que ce n’est pas vrai.” “C’est vrai. Je suis désolé, madame. Donc on a changé le nom de golfe du Mexique en golfe de l’Amérique. C’est vrai. Je suis désolé”. Et “non, non”.»

En direct de la Trumposphère
La super intelligence au pouvoir

Ah, le terme de «super-intelligence». Décrété par Donald Trump après avoir fait voter ses abonnés sur son réseau social Truth, annoncé un jour avant son allocution à l’Assemblée générale des Nations unies… Un terme absurde, aussi, selon la quasi-totalité des experts.

A l’ONU, plusieurs chefs d’Etat en mal de flagornerie saluaient le génie terminologique de Donald Trump. Elon Musk se contorsionnait en salamalecs sur Twitter un peu plus tard. Google, OpenAI ou Anthropic, de leur côté, laissaient entendre qu’ils n’utiliseraient le terme que dans le cadre des programmes gouvernementaux.

Hier, le génie universel, faiseur de paix universel, refondeur de l’économie mondiale et désormais linguiste en chef galactique s’exprimait en ces mots: «La Maison-Blanche considère comme L’ENNEMI quiconque utilise le terme “intelligence artificielle” plutôt que le terme nouveau, largement accepté et plus précis de “super intelligence”.»

Du coup, on verra si les discours évoluent chez Google, OpenAI ou Anthropic, mais aussi à peu près toutes les entreprises d’IA qui espèrent un subside gouvernemental et même dans la communauté scientifique, laquelle dépend de bourses de recherche publiques de plus en plus politisées par l’administration Trump. En gros, donc, je lance le pari que tous les grands acteurs de la première puissance mondiale de l’IA vont se mettre à parler de SI, à moins que les midterms ne changent radicalement la donne.

Vous trouviez ce nouveau terme absolument idiot? Vous n’êtes pas le seul, mais vous risquez de devoir vous habituer à l’entendre.

Votre correspondant. Journaliste et communicateur scientifique, procrastinateur professionnel, je fais tout à la dernière minute. Cet autoportrait bâclé ne fait pas exception, aussi structuré et lourd de sens qu’une conversation avec mes voisins.

Heidi sorry

Le temps file plus vite que la mémoire. Une erreur s’est glissée dans la NL d’Amaury, hier: le Goncourt 2024 était Kamel Daoud avec son romain Houris et non Mbougar Sarr (La plus secrète mémoire des hommes) comme indiqué par erreur. Celui-ci était le lauréat de 2021.

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