Bonjour, c’est Sami au Caire, où je commence à en avoir vraiment marre d’être pris pour un espion, au point que je considère presque une reconversion professionnelle. Je vous raconte tout ça plus bas.

Ce matin, on parle de la Libye, où le fils de Khadhafi a été assassiné hier après-midi, de la Syrie, où les forces gouvernementales ont pénétré dans le Rojava, et de Gaza, où le poste-frontière de Rafah a timidement rouvert.

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Sami Zaïbi à Le Caire
04.02.2026

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Les infos que j'ai retenues pour vous

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Saïf Al-Islam lors d’une conférence de presse en février 2011 à Tripoli. Crédits: Keystone / AP / Ben Curtis

Mort de Saïf Al-Islam Khadhafi. Le fils du dictateur, longtemps pressenti comme le successeur de son père, a été vraisemblablement assassiné par un commando hier dans la ville de Zenten, près de la frontière tunisienne. Il avait accusé Nicolas Sarkozy d’avoir financé sa campagne présidentielle grâce à des fonds libyens, ce qui a débouché sur la condamnation de l’ex-président français en septembre dernier. Recherché par la CPI pour crimes contre l’humanité, il avait été appréhendé en 2011, avant de bénéficier d’une amnistie. En Suisse, Saïf Al-Islam laisse un souvenir douloureux: en 2008, sa brève arrestation à Genève pour mauvais traitements envers deux employés d’hôtel avait débouché sur l’interpellation de deux hommes d’affaires suisses en Libye, et la pire crise diplomatique de l’histoire récente suisse.

France Info (FR)

Une ONG évoque plus de 50’000 arrestations en Iran. Hier, l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA) a revu ses estimations à la hausse, recensant désormais 50’235 interpellations liées aux manifestations. Elle signale aussi plus de 300 «aveux forcés» retransmis à la télévision. Hier également, le chef de la police de la ville de Yazd, dans le centre du pays, a annoncé l’interpellation de 139 ressortissants étrangers, accusés «d’organisation, incitation et conduite des émeutes, en contact dans certains cas avec des réseaux à l’extérieur». Toujours hier, un important incendie s’est déclaré dans un bazar de Téhéran, foyer de la contestation. Il a été maîtrisé en cours de journée.

Libération (FR)

Les locaux de X perquisitionnés en France. Et c’est, non sans ironie, sur la plateforme d’Elon Musk que le parquet de Paris a annoncé la mesure, prise avec le soutien d’Europol et du service de lutte contre la cybercriminalité de la police française. Saisie dans un premier temps par des députés qui signalaient un changement d’algorithme poussant les «contenus politiques nauséabonds», la justice française a élargi le champ des investigations. Elle soupçonne X de diffusion d’images pédopornographiques, de deepfakes à caractère sexuel, ou encore de négationnisme. Elon Musk, l’ancienne directrice générale Linda Yacarino ainsi que des employés de la plateforme sont convoqués en avril par le parquet.

Euronews (FR)

Le Valais verse 10’000 francs aux familles de victimes de Crans-Montana. Alors que la Loi sur l’aide aux victimes d’infractions (LAVI) ne couvre que les frais directement liés au sinistre, le gouvernement valaisan a débloqué une aide d’urgence de 10’000 francs à destination des familles. Cet argent sert par exemple à indemniser les parents qui ont dû mettre entre parenthèses leur activité professionnelle. La moitié des versements devrait être effectuée d’ici la fin de semaine.

RTS (FR)

Il est temps de raconter le monde

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Dans mon radar aujourd'hui

Nouveau round de négociations sur l’Ukraine à Abu Dhabi. Suite à une première session inédite de pourparlers directs Ukraine-Russie-USA il y a une dizaine de jours, les négociateurs des trois pays se retrouvent dès aujourd’hui dans l’Emirat. Kiev exige en priorité un cessez-le-feu énergétique, alors que la Russie continuait hier de bombarder Kiev, privant 1100 ménages supplémentaires d’électricité, tandis que la température a chuté à -20°C. De son côté, Moscou réclame l’obtention des oblasts de Lougansk et de Donetsk comme condition préalable à tout pourparler de paix.

Kyiv Independent (EN)
Ça m'est arrivé cette semaine

T’es un gassouss? La phrase est généralement lancée sur le ton de la boutade, mais avec un fond de réelle inquiétude. Gassouss, en arabe égyptien, ça veut dire agent secret. Et comme Le Caire est un nid d’espions, il suffit que vous soyez blanc (ou blanc cassé dans mon cas) et baragouiniez quelques mots d’arabe (voire un peu plus dans mon cas) pour que l’on se méfie de vous. D’autant plus depuis la révolution, suite à laquelle le régime militaire a ouvertement appelé à se garder des étrangers, suspectés d’être à l’origine des troubles. Et si vous avez le malheur de dire que vous êtes journaliste, les carottes sont cuites. Cela fait partie du jeu. J’ai accepté depuis longtemps que, si je m’aventure sur un terrain politique, il me faut désamorcer les craintes de mes interlocuteurs, avec la certitude d’en perdre certains.

Mais avant-hier, je ne pensais franchement pas m’approcher d’un champ de mines. Dans le cadre d’un article pour un magazine économique suisse, je rencontrais Ahmed, un père de famille comptable. J’ai été introduit par Ranah, notre amie commune, ce qui en général est un gage de confiance important. L’objet de la discussion: le coût de la vie au quotidien. En gros, combien il gagne, combien il dépense en loyer et nourriture, comment il se déplace, etc. L’idée étant d’esquisser le portrait économique d’une famille de la classe moyenne, dans le cadre d’une série d’articles similaires dans le monde entier. Alors, certes, l’inflation peut s’avérer politiquement délicate en Egypte, mais là je demandais simplement à notre cher Ahmed de raconter sa vie avec des chiffres à l’appui. Rien de bien méchant, surtout que lui, son épouse et leurs deux enfants ne font pas partie des classes les plus précaires.

Et pourtant. Dès notre poignée de main, dans le parc où l’on s’est donné rendez-vous, j’ai senti une tension à couper au couteau. A peine assis, il me demande non seulement ma carte de presse, mais aussi ma carte d’identité suisse, ma carte d’identité tunisienne, ma carte de résident égyptien, et tout document d’identité qui semble montrer le bout de sa tête par la poche intérieure de mon portefeuille. Je les lui tends sans broncher, il les analyse en profondeur, recto et verso. Puis il se met à me poser des questions, selon un protocole de vérification plutôt étrange. Il me demande, et me redemande, si je suis musulman, comme si c’était un gage d’intégrité. Puis il me demande, et me redemande, si j’aime l’Égypte. Puis il s’éclipse et revient quelques minutes plus tard (après l’interview, mon amie Ranah me dira qu’il est venu lui demander si j’étais espion).

De retour à la table, il me demande encore si je suis musulman et si j’aime l’Egypte. Puis on démarre l’interview, dont je sais pertinemment qu’elle ne mènera nulle part. Combien il gagne? 10’000 livres, soit environ 200 francs. Est-ce que ça lui suffit pour vivre? «Oui, c’est super». Comment sent-il l’inflation, alors que les prix ont triplé depuis deux ans? «Je n’ai pas vu de différence de prix». Quelles sont les choses qu’il aimerait s’offrir? «Rien de spécial». Le tout en serrant les dents. Bullshit à 100%, hormis son salaire.

Mais pour être honnête avec vous, c’est aussi un peu de ma faute. La précarité et la vie privée étant des tabous en Egypte (l’article nécessite une photo de famille), trouver une famille consentante est presque mission impossible. Pour me faciliter cette mission, j’ai proposé une mince compensation en échange de l’interview. Formellement, cet usage est à proscrire en journalisme, mais dans ce cas notre ami Ahmed n’a pas d’agenda caché. Me laisser jeter un œil dans sa vie privée constitue pour lui un sacrifice majeur, et surtout, un petit billet représente un véritable soulagement à l’approche du ramadan. Je me suis laissé dire que c’était au fond la meilleure chose à faire, d’autant plus en regard de la rémunération presque indécente que je reçois pour cet article, comparé aux conditions de vie ici.

Mais au final, notre Ahmed ne voulait que son billet. Quitte à pactiser avec un dangereux espion étranger, auquel il ne fallait absolument rien lâcher d’intéressant. Une fois l’entretien terminé, je lui ai tendu son fameux billet, en sachant que toute l’interview est à jeter à la poubelle. J’ai encore du travail avant de trouver la bonne formule. A force, je suis presque tenté de réellement devenir gassouss, ne serait-ce que pour donner raison à toutes ces suspicions. Je prétendrai alors être journaliste…

Mon labo arabo-kurdo-perse.

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Hier dans le village de Tal Brak, les blindés de l’armée nationale sont en route vers la ville kurde de Qamishli. Crédits: Keystone / AP / Ghaith Alsayed

En Syrie, les forces gouvernementales pénètrent à Hassaké et Qamishli. Hier, des convois de l’armée nationale sont entrés dans la ville à majorité kurde de Qamishli, à la pointe nord-est du pays, juste à côté de la frontière turque. Une arrivée conforme à l’accord passé vendredi dernier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS, menées par les Kurdes) et Damas, suite à des affrontements qui ont fait plusieurs centaines de morts. La veille, les forces du gouvernement avaient déjà pénétré dans Hassaké. Dans les deux villes sous couvre-feu, la tension était maximale: l’entrée des blindés signifie la fin du rêve d’indépendance kurde, qui aura duré environ dix ans. Au centre nord du pays, Kobané, désormais dernier bastion kurde, est le prochain sur la liste.

Al Jazeera (FR)

Rafah rouvre, mais seulement 12 Palestiniens ont pu retourner à Gaza. Lundi avait lieu la très attendue réouverture du point de passage de Rafah, conformément à la deuxième phase du plan de paix américain, et uniquement pour une stricte sélection de piétons. Alors que 50 Palestiniens devaient en théorie passer dans les deux sens (des blessés qui doivent se faire soigner en Egypte, ou des soignés qui rentrent chez eux, chaque fois avec deux proches), au final seuls cinq blessés et sept accompagnants ont franchi la frontière, dans un sens comme dans l’autre. Ces restrictions s’expliquent par un triple contrôle égyptien, israélien et européen (une mission de l’UE chapeaute le transit).

The New Arab (FR)

Les diplomates iraniens cherchent refuge en Suisse. Selon les informations de Iran International, le diplomate iranien Gholamreza Derikvand, chargé d’affaires à Vienne, a déposé une demande d’asile politique en Suisse. Ce cas fait écho à celui de son confrère Alireza Jeyrani Hokmabad, en poste à l’ONU à Genève, qui a également requis l’asile à Berne le mois dernier, avec sa famille. Selon les sources diplomatiques, tous deux craignent un retour en Iran, alors que le pays est en état d’alerte maximal. Des pourparlers pourraient avoir lieu vendredi à Ankara entre les négociateurs iraniens et américains, sous les auspices de plusieurs pays de la région: on cite le Pakistan, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte, Oman et les Émirats arabes unis.

Iran International (EN)

Sur Heidi.news

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Fatu dans la réserve d’Ol Pejeta. Crédits: Ami Vital

Peut-on jouer à Dieu pour sauver une espèce éteinte? Pour sauver les rhinocéros blancs du Nord, les scientifiques de BioRescue ne misent pas que sur la procréation assistée. Le projet repose sur un second volet au parfum de science-fiction: rien de moins que créer la vie à partir d’un peu de peau… Une ambition qui représente un risque éthique.

Heidi.news (FR)

Une raison d'espérer

En Iran, danser sur les morts pour défier le régime. L’heure est aux obsèques en Iran, après la violente répression du régime qui aurait fait jusqu’à 30’000 victimes. Mais pour les proches de celles-ci, qui ont souvent dû débourser des milliers de dollars pour récupérer les corps, le deuil est aussi un acte de résistance. Loin des cérémonies sombres et voilées qu’exige le chiisme d’Etat, ils préfèrent chanter, danser, s’habiller de façon colorée. Une ultime façon de poursuivre le combat en rendant hommage aux morts, tués pour avoir fait usage de leur liberté d’expression.

The Guardian (EN)
En direct de la Trumposphère
«Les républicains devraient nationaliser le vote»

Quand le résultat d’un scrutin ne vous plaît pas, pourquoi ne pas simplement d’approprier les urnes? C’est la candide proposition de Donald Trump, lors d’un podcast diffusé hier avec l’ancien directeur du FBI Dan Bongino. Le président américain estime que le Grand Old Party devrait purement et simplement s’emparer des lieux de vote dans «au moins 15 endroits».

Cette déclaration provocatrice intervient moins d’une semaine après que le FBI a perquisitionné les bureaux de vote de Fulton County, en Géorgie, lieu central de la théorie trumpienne d’une fraude électorale en 2020.

La directrice du renseignement national Tulsi Gabbard a déclaré que Donald Trump lui-même lui avait ordonné de se rendre à Atlanta pour cette perquisition controversée. Gabbard aurait même passé le président au téléphone à certains des agents du FBI lors de l’opération, afin qu’il leur transmette ses «encouragements».

CNN (EN)

Votre correspondant. Lausannois aimant à me définir comme un «arabe raté», je me suis installé en Egypte il y a deux ans pour enfin apprendre cette langue que feu mon père tunisien ne m’a jamais transmise. Au Caire, je suis correspondant pour Le Temps et Libération.

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