Bonjour, c’est Eric à Hong Kong, d’où je regrette vraiment de ne pas être allé me perdre hier au milieu des étagères de la librairie indépendante Have a Nice Stay. Située à Mong Kok, elle a aujourd’hui définitivement fermé ses portes. Je vous en parle plus bas.

Ce lundi, il est question de nouveaux échanges de tirs dans le détroit d’Ormuz, du bilan de la catastrophe au Népal et au Tibet qui n’en finit pas de s’alourdir, de mini-fictions chinoises dépassées par l’IA et d’idées d’aménagement urbain pour retrouver le sommeil.

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Éric Sautedé à Hong Kong
31.08.2026

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Les infos que j'ai retenues pour vous

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/ Yenişafak News

Nouvelles tensions militaires dans le détroit d’Ormuz. Les Etats-Unis ont frappé hier des lance-roquettes iraniens sur l’île iranienne de Larak, première opération confirmée depuis un mois alors que l’administration Trump avait annoncé privilégier le renforcement des pressions économiques. Selon le porte-parole du Commandement central américain Tim Hawkins, les lanceurs pris pour cible auraient pu permettre d’utiliser des engins chargés de mines marines, et ce alors que l’armée américaine venait de procéder au déminage des voies de navigation internationales dans le détroit. Téhéran dénonce une attaque meurtrière et annonce avoir riposté contre des bases américaines en Jordanie.

Associated Press (EN)

Inondations au Népal et au Tibet: un bilan qui s’alourdit et de nouvelles alertes. Selon les derniers rapports officiels, au moins 804 personnes ont péri après les crues soudaines et les glissements de terrain qui ont frappé la frontière entre le Népal et le Tibet mercredi dernier. Les médias d’Etat chinois ont pour le moment confirmé 16 morts au Tibet et 546 disparus, dont 261 ressortissants étrangers de 23 pays. Au Népal, où 788 morts ont été recensés, les autorités organisent des enterrements collectifs de victimes non identifiées, tandis que plus de 3000 personnes restent portées disparues. De nouvelles alertes aux inondations concernent la vallée de la Trishuli, alors que les secours tentent encore d’atteindre des ouvriers piégés dans un tunnel hydroélectrique.

The Guardian (EN)

L’Islande referme la porte européenne. Les Islandais ont rejeté hier à 52,8% la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne, interrompues depuis 2013. La participation au référendum – 82,5% – atteint un niveau inédit depuis 2009. La pêche, secteur clef représentant près de 40% des exportations, a dominé une campagne où les enjeux sécuritaires, notamment concernant l’Arctique, ont, au final, peu pesé. La première ministre Kristrún Frostadóttir exclut tout nouveau débat sous son gouvernement.

BBC (EN)

Il est temps de raconter le monde

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Dans mon radar

L’Organisation de coopération de Shanghai fête son 25e anniversaire à Bichkek. Le dirigeant chinois Xi Jinping est arrivé hier au Kirghizstan, à la veille du sommet d’un bloc régional qui entend contrebalancer l’influence occidentale. Les présidents russe Vladimir Poutine et iranien Massoud Pezeshkian, ainsi que les premiers ministres indien Narendra Modi et pakistanais Shehbaz Sharif, font partie de la dizaine de dirigeants attendus aujourd’hui et demain dans la capitale kirghize. Outre ses dix membres, l’Organisation compte désormais quinze partenaires de dialogue, dont la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar, ainsi que deux Etats observateurs, dont l’Afghanistan.

AFP via yahoo!actualités (FR)
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La librairie indépendante Have a Nice Stay à Mong Kok a ouvert ses portes hier pour la dernière fois. / Mingpao

Ça m'est arrivé cette semaine

Pour la fermeture, il y avait foule. On ne peut pas vraiment dire que «ça m’est arrivé», puisque je n’y étais pas hier, trop pris par d’autres obligations, notamment la préparation de mes cours qui commencent cet après-midi. Mais cela aurait été dommage tout de même de ne pas parler du dernier jour d’ouverture de la librairie Have a Nice Stay à Mong Kok, parce qu’il y avait foule et que ça en dit très long sur ce qui fait battre le cœur des Hongkongais: une volonté farouche d’être eux-mêmes, de s’affirmer dans l’être, comme dirait le philosophe.

Sur les photos du Mingpao, le lieu frappe d’abord par son exiguïté – moins de 60 mètres carrés – et son installation au troisième étage d’un immeuble ancien de Sai Yeung Choi Street South, à Prince Edward. Une configuration peu banale en Occident, mais qui s’impose à nombre de petits boutiquiers à Hong Kong, puisque l’immobilier est parmi les plus chers du monde. Hier, pourtant, la file d’attente avait envahi l’escalier, pour se prolonger jusqu’à l’entrée de l’immeuble. Comme dans les magasins de luxe de Canton Street, les proprios ne faisaient entrer qu’une vingtaine de personnes à la fois. En milieu d’après-midi, une cinquantaine de lecteurs patientaient encore, parfois une demi-heure, dans la chaleur étouffante de la cage d’escalier.

Fondée en 2022 par des journalistes, notamment issus de la galaxie du défunt site d’information Stand News, Have a Nice Stay était née d’un double déclassement: celui d’une presse locale indépendante brutalement anéantie et celui d’une ville où les espaces de discussion, de mémoire et de curiosité politique se sont considérablement raréfiés depuis 2020 et le passage de la loi sur la sécurité nationale. L’échoppe du savoir vendait des ouvrages de littérature, d’histoire, de sciences sociales en général et de pensée critique, et organisait des rencontres ou des séances de lecture. Bref, un lieu de vie intellectuelle indépendant forcément menacé.

Les raisons de la fermeture sont, elles aussi, terriblement hongkongaises: difficultés financières, incertitude concernant le local, contexte économique morose, et évolution personnelle des membres de l’équipe. Mais surtout, il y a ces «lignes rouges» dont personne ne veut, ou ne peut, préciser le tracé. La librairie avait expliqué ne pas avoir les moyens de lire chaque ouvrage pour deviner lequel serait jugé problématique au regard des considérations de sécurité nationale. Le 15 juillet, au lendemain de l’annonce de sa fermeture, elle avait été perquisitionnée par la police; des employés avaient été arrêtés, des livres saisis, avant d’être libérés sous caution. La séquence avait de quoi confirmer l’impression que, dans le Hong Kong d’aujourd’hui, l’incertitude est devenue la règle. Les librairies indépendantes en ont d’ailleurs largement fait les frais puisque nombre d’entre elles – Greenfield, Hunter, Book Punch ou encore Elmbook – ont été visées ces derniers mois ou ont annoncé mettre la clef sous la porte.

Hier, les témoignages d’affection et l’inquiétude étaient aussi palpables que sobres. Là, un lecteur expliquait avoir choisi un livre sur les éditeurs indépendants afin de le conserver chez lui, quelque part, comme le rappel concret qu’une librairie avait fermé ce jour-là. Ici, une enseignante à la retraite confiait son désarroi devant ce qu’elle percevait comme une difficulté croissante à tolérer des opinions différentes. Et là encore, une dramaturge évoquait la «dignité» de la librairie, soucieuse de proposer à un public désireux de s’instruire les meilleures sources d’inspiration. Pour elle, rien n’était plus éloquent que la patience silencieuse des clients venus une dernière fois soutenir un monde finissant. Pas de slogans, pas de grand geste héroïque: seulement le fait d’acheter, de lire, de garder et de se souvenir.

Alors oui, pour la fermeture, il y avait foule. Et cette foule disait que la disparition d’une librairie ne peut et ne doit jamais se mesurer seulement à son chiffre d’affaires, à son bail trop cher ou à sa pile d’invendus. Elle disait aussi et surtout quelque chose d’une ville qui cherche à préserver ses gestes ordinaires de liberté: feuilleter un livre, écouter quelqu’un parler, recommander un auteur, écrire un mot sur un post-it, ou rentrer chez soi avec un volume sous le bras. Hier, j’ai raté la fermeture, mais je me promets de ne pas rater la réouverture si d’aventure la situation changeait.

Mon labo chinois

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/ Sixth Tone

Les mini-fictions chinoises prises de vitesse par l’IA. A Zhengzhou, des studios ont vu leurs tournages, leurs effectifs et leurs revenus chuter après l’arrivée de générateurs vidéo bon marché et le retrait des financements garantis par les plateformes. La société de production Zhoutu Culture est ainsi passée d’environ 200 créations mensuelles à une trentaine, et s’est séparée de plus de la moitié de ses employés. Si l’IA réduit les coûts, permet toujours plus d’effets spéciaux et raccourcit les délais, elle fragilise les emplois des techniciens et des comédiens. Pour préserver les tournages réels, les producteurs doivent donc réduire les budgets et se concentrer sur des productions de niche, comme les œuvres rurales, toujours plus mélodramatiques. Le secteur des mini-séries touche plus de 850 millions d’utilisateurs et pèse plus de 100 milliards de yuans (12 milliards de francs suisses).

Sixth Tone (EN)

Pan sur le bec pour la BBC. Comme le rapporte la blogueuse néerlandaise Manya Koetse, «il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont les médias chinois traitent l’actualité et les catastrophes, notamment les inondations au Népal et au Tibet, mais affirmer qu’aucune image des inondations n’est diffusée [comme l’a fait la BBC] est tout simplement faux». L’un de ses tweets suivants republie in extenso la critique au vitriol formulée par le Global Times à l’encontre de cet article de la BBC intitulé: «Les images des inondations au Tibet ne sont pas diffusées en Chine, et nous savons peu de choses sur les victimes sur place». S’agissant de la seconde partie du titre, il est toutefois assez vrai que le sort des victimes côté tibétain reste méconnu.

Compte X de Manya Koetse (EN)

Le coût écologique du solaire. L’essor photovoltaïque chinois, pilier de la politique de neutralité carbone, s’accompagnerait d’un recul de la diversité aviaire, selon une étude chinoise publiée dans la revue américaine Science. L’analyse de 2344 comtés entre 2014 et 2023 associe un renforcement des politiques de soutien au solaire à une baisse de 2,1% de l’indice de diversité des oiseaux. En cause: la conversion de terres agricoles et de prairies, qui fragmente les habitats et provoque la perte d’aires essentielles de recherche de nourriture et de reproduction. Une «simplification» des habitats qui se traduit par une végétation plus dense mais uniforme, incapable de remplacer les écosystèmes complexes. Solution: privilégier la pose de panneaux dans les déserts, sur les toitures et dans le cadre de l’agrivoltaïsme, qui donne la priorité à l’exploitation des sols.

Science (EN)

La purge se confirme au sommet de l’Armée populaire de libération. Pékin a confirmé avoir démis Zhang Youxia de ses fonctions de vice-président de la Commission militaire centrale, principale instance de commandement de l’Armée populaire de libération. Plus haut gradé du pays, il faisait l’objet depuis janvier, comme je vous l’avais rapporté, d’une enquête pour de «graves violations de la discipline et de la loi», formule généralement associée à la corruption. Liu Zhenli, dirigeant le département d’état-major interarmées de la Commission et chargé de la planification des combats, a également été relevé de ses fonctions. Hormis Xi Jinping, son président, ne siège plus dans cette Commission que le général Zhang Shengmin, dont les responsabilités couvrent les questions disciplinaires…

Reuters (EN)

Une raison d'espérer

Décor urbain plus propice aux bras de Morphée. A Tokyo, la physionomie des quartiers pourrait influencer la durée et la qualité du sommeil. Des chercheurs ont analysé plus de 200’000 images Street View et les habitudes de 1089 salariés vivant dans les étages inférieurs des immeubles. Des rues davantage encadrées par le bâti et les arbres, ainsi que celles perçues comme plus sûres sont associées à un sommeil plus long. A l’inverse, trottoirs interminables et signalisations abondantes, souvent synonymes d’animation, coïncident avec des nuits plus courtes. Pas de lien de causalité démontré, mais un encouragement à incorporer cette dimension dans la conception des quartiers.

Asian Scientist (EN)
En direct de la Trumposphère
Pas un Etat, et encore moins un lac

«C’est complètement absurde. Une scène digne de Saturday Night Live quand il a signé l’acte indiquant le changement en “Lac Amérique”. Personne ne l’appellera Lac Amérique. Ça s’appelle Lac Ontario depuis des siècles. Ça restera le Lac Ontario.»

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a fustigé hier la décision de Donald Trump de rebaptiser officiellement le lac Ontario en «Lake America». Dans une interview à ABC, il y voit bien sûr une scorie de la guerre commerciale lancée par Washington contre son voisin du nord, avec des droits de douane de 50% sur 20 milliards de dollars de produits canadiens. Ford a tenu à distinguer les Américains de leur président: «J’aime les Etats-Unis, j’aime le peuple américain. Les Canadiens aiment le peuple américain.» Pour lui, cette surenchère douanière et le changement de nom sont avant tout «décevants». Signé jeudi dernier par Trump, le décret est censé prendre effet immédiatement et Google Maps affiche désormais «Lake America». Mark Carney, le premier ministre canadien, a pour sa part rappelé que le nom «Ontario» vient du mot Wendat Ontari’io, signifiant «le lac est beau, le lac est grand», et affirmé que les Canadiens continueront à l’appeler «lac Ontario – hier, aujourd’hui et pour toujours.»

The Hill (EN)

Votre correspondant. J’ai découvert l’univers chinois dans les années 1980, avant de m’installer à Hong Kong en 1994. Depuis, je m’efforce de rendre cet Orient de moins en moins lointain aussi accessible que compréhensible. Intéressant rappel de Mohammad Khatibi pour Think China sur la relation Iran-Chine: si les deux parties apprennent à avoir des attentes plus réalistes l’une envers l’autre – en gros, pour Téhéran, que Pékin ne sera jamais un allié au sens le plus fort –, leur relation ne pourrait, à terme, qu’en sortir renforcée.

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