Bonjour, c’est Eric à Hong Kong, où comme je vous l’annonçais la semaine dernière, le gouvernement a rendu public le rapport expurgé – 1154 pages quand même – du comité indépendant qui a enquêté sur les causes de l’incendie meurtrier de Wang Fuk Court.

Pour l’occasion, les plus hautes autorités ont organisé une conférence de presse avec moult excuses et le limogeage de la responsable du logement, Winnie Ho. Pour ceux qui ont survécu à la tragédie, c’est too little and too late!

Ce lundi, je vous parle de la candidate pro-russe en tête du second tour des présidentielles en Bulgarie, des purges qui laissent de nombreux sièges vacants au plus haut niveau du Parti communiste chinois et de la mobilisation générale à la COP17 sur la diversité.

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Éric Sautedé à Hong Kong
02.11.2026

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Les infos que j'ai retenues pour vous

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La présidente sortante et candidate à la présidence, Iliana Iotova, s’adresse aux journalistes après avoir voté à Sofia, dimanche 1er novembre 2026. | Keystone / AP / Nicolae Dumitrache

Bulgarie: Iliana Iotova devrait nettement emporter les présidentielles. Un sondage à la sortie des urnes la crédite de 52,5%, contre 43,4% à Andreï Guiourov, l’ancien premier ministre par intérim, remplacé par l’ancien président pro-russe Roumen Radev en mai, qui avait lui-même cédé sa place à la plus haute fonction de l’Etat à Iliana Iotova, sa vice-présidente, en janvier 2026. Dans ce jeu de chaises musicales, Iotova l’emporte avec le soutien de La Bulgarie progressiste de Radev, du parti socialiste, mais aussi de l’extrême droite, en prônant un dialogue avec Moscou et en s’opposant à l’aide à l’Ukraine. Cette victoire conforte ainsi le pouvoir de Radev, déjà vainqueur des législatives d’avril 2026, mais critiqué par le Parlement européen pour sa faible réaction aux attaques russes contre la navigation civile en mer Noire.

Sofia Globe (EN)

L’Ukraine à nouveau sous forte tension. Des frappes russes contre les infrastructures énergétiques de quatre régions ont privé des centaines de milliers de foyers d’électricité. Hier soir, plus de 60’000 restaient sans courant dans l’oblast de Dnipropetrovsk. A Vinnytsia, deux personnes ont été tuées, dont une adolescente de 13 ans. Parallèlement, la trêve humanitaire permettant l’évacuation de civils d’Olechky, ville occupée de la région de Kherson, a pris fin. Face à l’intensification des bombardements, Volodymyr Zelensky réclame la livraison la plus immédiate possible des 500 missiles Patriot que Washington vient de promettre à la vente.

BBC (EN)

Pyongyang fait le casse du siècle. Le FBI vient d’accuser la Corée du Nord d’avoir dérobé 6,3 milliards de dollars à Binance la semaine dernière, un record qui fragilise les ambitions de respectabilité des cryptomonnaies. Le royaume ermite mobilise des moyens étatiques pour former des pirates, souvent installés en Chine. Cette nouvelle forme de cleptocaptation a ainsi permis à son PIB de progresser de 3,7% en 2024, sa meilleure performance en huit ans, sur fond de boom immobilier visible depuis l’espace. L’intelligence artificielle pourrait encore démultiplier les capacités offensives du régime.

Semafor (EN)

Pendant ce temps sur Heidi.news

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Le 15 juillet 2026, des militants de Greenpeace ont projeté des films sur le château de Chillon, à une quinzaine de kilomètres du siège d’Allseas, pour protester contre le projet d’exploitation minière des grands fonds. | Keystone / Salvatore Di Nolfi

Quand une entreprise suisse veut piller les fonds marins, Berne lui souhaite la bonne année. EXCLUSIF. Basé en Suisse, le géant du offshore Allseas entend ratisser les grands fonds du Pacifique pour en extraire des métaux. D’après des documents internes que s’est procurés Heidi.news, l’administration fédérale n’est pas dupe du désastre écologique que représenterait un tel projet. Ce qui n’empêche pas la Suisse d’opter pour une stratégie que certains qualifieront de diplomatique – et d’autres de parfaitement complaisante. Enquête.

Heidi.news (accès libre)

Il est temps de raconter le monde

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Dans mon radar

En France, une rentrée sous tension. Le mouvement Les Lycéens! appelle à reprendre les blocus dès aujourd’hui, avant les mobilisations de mardi et jeudi. Son président, Pierre Sourzat, juge les concessions gouvernementales insuffisantes. Le remplacement annoncé de Parcoursup ne résout pas, selon lui, le manque de places dans le supérieur, tandis que la réduction des effectifs reste limitée aux secondes. Les annonces du gouvernement n’ont pas désamorcé la contestation des organisations de jeunesse. Sourzat défend une mobilisation sans échéance, malgré le risque de retard scolaire.

France 24 (FR)
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/ Manya Koetse / Eye on Digital China

Ça m'est arrivé cette semaine

Pas évident de ne pas revenir sur l’affaire Mbappé… Puisque mes étudiants chinois ont glissé ces caricatures de Mbappé travesti en Mao dans des présentations qui n’avaient rien à voir avec le sujet du jour, la semaine dernière. Le visage du footballeur sur le portrait du Grand Timonier, manifestement, ça les amusait et la réaction des autorités pékinoises les laissait pantois. Plus tard dans la semaine, une brève conversation avec des hommes d’affaires, surtout français, prenant presque fait et cause pour le gouvernement chinois, malgré leur amour du foot, m’a quelque peu interloqué. A les écouter, il faudrait comprendre les sensibilités locales, respecter l’histoire, éviter de froisser. Mes étudiants, eux, n’avaient apparemment pas reçu la consigne de trouver ces images offensantes.

Comme vous en avez certainement entendu parler, tout part d’une séquence du podcast The Bridge: interrogé sur son mème préféré, Mbappé évoque celui où son visage remplace celui d’un «dictateur chinois» – «un mec, dit-il, je crois que c’est un dictateur chinois». Il en rit avec ses amis. Pas de déclaration de grande politique, donc, mais une plaisanterie sur sa propre caricature. Mauvaise pioche: le dictateur en question est Mao. La machine s’emballe. CCTV suspend les retransmissions de la Liga, des marques rompent leurs contrats avec le buteur du Real Madrid et les plateformes chinoises restreignent les comptes du joueur. La diplomatie chinoise rappelle que les propos «blessant les sentiments du peuple chinois» susciteront «l’opposition de tous les secteurs de la société». Mbappé présente ses excuses. Le respect de l’histoire a décidément un service commercial très efficace.

Mais est-on vraiment dans un incident mettant en scène le choc des cultures, comme aimeraient nous le faire croire certains? Lingua Sinica rappelle que «blesser les sentiments du peuple chinois» n’est pas une formule improvisée par des supporters contrariés. Apparue dans le Quotidien du peuple dès 1959, elle appartient au répertoire du pouvoir. Le Parti parle, le peuple ressent: voilà du moins la répartition officielle des tâches. Reste à savoir qui a effectivement été blessé, par quoi, et dans quelles conditions il peut le dire.

Car le plus beau est ailleurs: on peut dénoncer les propos de Mbappé, mais pas vraiment les reproduire. L’application de football Dongqiudi, qui lance la polémique en Chine le jour même du démarrage du Plénum, le 26 octobre, explique qu’ils ne peuvent être traduits en raison du tort causé au pays et à son peuple. Les médias officiels condamnent des remarques «inappropriées» sans nommer Mao, ni reprendre le mot «dictateur». Jusque dans les commentaires, les internautes demandent ce que le joueur a bien pu raconter. Indignez-vous, mais sans connaître l’objet de votre indignation. Pour comprendre, certains conseillent de regarder un billet de banque. En somme, un jeu de charades idéologiques, avec un petit côté Le nom de la rose pour les non-dits.

Il ne s’agit pas de prétendre qu’aucun Chinois n’a sincèrement été choqué. Comme le rappelle Manya Koetsse dans son excellent Eye on Digital China, la saillie ignorante – «un mec…» – de cette célébrité étrangère tirant d’importants revenus du marché chinois a effectivement de quoi agacer. Mais Manya rappelle aussi que les internautes chinois savent parfaitement manier les mèmes politiques, sous les contraintes de la censure. Le problème n’est donc pas une mystérieuse incapacité nationale à rire. Ce qui a de quoi inquiéter, par contre, c’est l’effet extra-territorial de cette police de l’humour.

Mes étudiants chinois s’amusaient de la disproportion de la réaction officielle – hier encore, les matchs de la Liga n’étaient plus retransmis en Chine… – alors que mes interlocuteurs d’affaires m’expliquaient pourquoi il fallait s’en offusquer. Entre les deux, on invoque les sensibilités, on retire les publicités et l’on obtient des excuses. A force de confondre le respect des Chinois avec la déférence envers leur gouvernement, on finit par trouver tout naturel que Pékin siffle aussi la fin de la récréation chez les autres. Sur Weibo, un internaute chinois relevait: «Les propos de Mbappé m’ont vraiment blessé, mais je ne sais pas ce qu’il a dit; je le déteste, mais je ne sais pas pourquoi. Je ne m’intéresse même pas au football.»

Lingua Sinica (Substack) (EN)

Mon labo chinois

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Le secrétaire général du Parti Xi Jinping quitte le palais de l’assemblée du peuple à Pékin, tandis que Zhang Shengmin, vice-président de la commission militaire centrale salue, le 4 mars 2026. | Keystone / EPA / Andres Martinez Casares

L’art de la purge pékinoise. Le Parti communiste chinois a exclu 33 membres lors de son cinquième plénum, un record illustrant l’ampleur des purges sous Xi Jinping. Seuls 279 des 376 membres désignés en 2022 étaient présents. Décimée, la commission militaire centrale, instance suprême du Parti qui commande aux canons, ne compte plus que Xi et Zhang Shengmin, responsable de la lutte anticorruption dans l’armée. Ce dernier a été promu cette semaine au bureau politique du Parti – les 22 personnages les plus puissants de Chine – où il est désormais le seul représentant militaire. Présentée comme un assainissement du Parti, cette campagne soulève aussi la question de l’élimination des rivaux, avant le Congrès de 2027, où Xi devrait briguer un quatrième mandat.

The Guardian (EN)

Le hors-champ des manifs. Freedom House a recensé 948 mobilisations en Chine au troisième trimestre 2026, soit 33% de moins qu’un an auparavant: un recul qui refléterait surtout le renforcement de la censure, plutôt qu’un apaisement social. Les doléances du monde du travail représentent 44% des mouvements, sur fond de salaires impayés et de crise immobilière, particulièrement dans le Guangdong. Les conflits liés aux expropriations et aux déplacements forcés s’enracinent, certains depuis plus de dix ans. Une contestation qui devient effectivement plus difficile à documenter, comme le rapporte China Media Project qui se fait l’écho de l’arrestation en septembre du journaliste et militant Feng Rui, libéré sous caution en octobre, ainsi que de l’arrêt du média indépendant China Labor Trends.

Freedom House - China Dissent Monitor (EN)

Halloween: un pays, mais plusieurs systèmes. A Hong Kong, samedi soir, des dizaines de milliers de badauds costumés, dont beaucoup de jeunes du continent, avaient investi les hauts lieux de la fête, de Lan Kwai Fong à TST, de part et d’autre de la baie Victoria. Officiellement encouragées, les festivités s’étalaient sur trois week-ends pour stimuler tourisme et consommation. A Shanghai et Hangzhou, en revanche, les réjouissances se sont déroulées sous haute surveillance policière: tolérance zéro pour les déguisements corrosifs et les rassemblements intempestifs. Pas question de laisser refleurir la satire costumée de l’après-Covid qui, en 2023, avait trop ouvertement ciblé les défaillances des autorités.

yesterdayprotests.com (EN)

Une raison d'espérer

Biodiversité: se doter de leviers pour agir. A Erevan, la COP17 sur la diversité a adopté, le 30 octobre, tous les principaux textes de la négociation, contrastant avec la précédente COP, et dressé un premier bilan mondial des engagements pour 2030. Les Etats appellent à accélérer leur mise en œuvre et encouragent les réformes des subventions nuisibles à la nature. Un compromis ouvre la voie à de nouveaux pays financeurs sur une base de volontariat – potentiellement Qatar, Chine, Arabie saoudite et Inde – et pose les bases d’un mécanisme financier pour l’après-2030. Des règles de répartition du fonds Cali, créé par la COP16, ont également été adoptées, notamment au bénéfice des peuples autochtones. Reste à mobiliser les financements, encore largement insuffisants.

Carbon Brief (EN)
En direct de la Trumposphère
Les jeux du cirque

«J’ai regardé son cul, et je n’avais jamais fait ça avec un homme auparavant. C’est vrai. Entre nous: les femmes, oui; les hommes, non, d’accord? Au fait, j’ai déjà vu un sacré beau cul, celui de Nicki Minaj. […] Elle fait partie de notre équipe depuis longtemps.»

Dixit le Donald à propos des fesses du sénateur républicain de l’Ohio, Jon Husted.

A la veille des midterms, quoi de mieux qu’un petit retour sur la campagne et du contraste saisissant entre le sérieux du moment – rien de moins que la guerre et la paix mondiale – et l’enfilade de prestations plus ou moins carnavalesques de l’occupant de la Maison-Blanche. Triomphe du grotesque, souvent; coups bas assurés, tout le temps.

Les candidats eux-mêmes n’ont pas été en reste. En Alaska, l’équipe de la démocrate Mary Peltola est mise en cause pour avoir contribué au recrutement d’un homonyme du sénateur républicain Dan Sullivan, susceptible d’ajouter à la confusion des électeurs. Dans l’Ohio, Vivek Ramaswamy a utilisé contre sa rivale démocrate le témoignage d’une mère dont celle-ci est séparée depuis l’enfance, avant de retirer sa publicité.

Pendant ce temps, les républicains transforment une plaisanterie d’Obama – une Maison-Blanche ressemblant à une Cheesecake Factory ouverte par Saddam Hussein – en affront au petit peuple amateur de la chaîne.

Ajoutez les attaques islamophobes, les piques entre frères et les déchirements démocrates: l’unité attendra. Selon CNN, ces péripéties pèseront probablement peu sur le résultat. Mais pour détourner l’attention des enjeux, c’est un sans-faute.

CNN (EN)

Votre correspondant. J’ai découvert l’univers chinois dans les années 1980, avant de m’installer à Hong Kong en 1994. Depuis, je m’efforce de rendre cet Orient de moins en moins lointain aussi accessible que compréhensible. Pour les vrais curieux et ceux qui se demandent à quoi ressemble la résolution/décision finale d’un plénum du PCC en 2026, je renvoie vers sa version intégrale sur le site de Xinhua, en anglais ici et, supposément, en français là. Dans la version anglaise, Xi Jinping apparaît 20 fois.

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