Bonjour, c’est Eric à Hong Kong, où cette semaine le gouvernement et la presse aux ordres étaient aux anges: selon l’Institut Fraser, le territoire continue d’être l’économie «la plus libre du monde» sur 165 évaluées. Il faut dire que ça dure depuis la création de l’index en 1996.

Ce lundi, je vous parle des heurs et malheurs d’un soi-disant «cessez-le-feu énergétique» dans la guerre en Ukraine, des premiers pas vers un compromis entre l’UE et la Chine sur les questions commerciales et d’un distributeur de pilules abortives à Varsovie.

photo journaliste

Éric Sautedé à Hong Kong
12.10.2026

Play Podle

Les infos que j'ai retenues pour vous

Photo article

Donald Trump s’adresse aux journalistes à son arrivée à bord d’Air Force One, sur la base aérienne d’Andrews, dans le Maryland, le 10 octobre 2026. / Keystone / AP / Alex Brandon

Guerre en Ukraine: un «cessez-le-feu énergétique», vraiment? La Russie a frappé hier des centrales électriques à Kyiv et Kharkiv, selon Volodymyr Zelensky, malgré l’annonce par Donald Trump de ce qu’il appelle sur les réseaux sociaux un «cessez-le-feu énergétique». Tout en «saluant» l’annonce du président américain, le président ukrainien, à l’évidence surpris, a demandé des précisions sur cet accord, que Moscou n’a pas confirmé. Ces frappes interviennent après un assouplissement temporaire des sanctions américaines sur le diesel russe, dénoncé par Kyiv et ses alliés, et alors que Trump réclame un changement de président en Ukraine. Hier, le Financial Times a révélé que le gouvernement américain menaçait de bloquer les livraisons d’armes à l’Ukraine en cas de poursuites des frappes en profondeur contre les infrastructures énergétiques russes.

Semafor (EN)

Nouvelle attaque des Houthis contre l’aéroport de Riyad. Les Houthis du Yémen ont revendiqué des «opérations d’envergure» contre des aéroports et des infrastructures énergétiques saoudiennes, à l’issue d’une série de tirs en profondeur, mêlant missiles balistiques, missiles de croisière et drones. L’attaque contre l’aéroport international du roi Khalid de Riyad hier a fait un mort et onze blessés, selon les autorités saoudiennes. Elle vient alourdir le bilan de celle de samedi contre ce même aéroport qui a fait plus de 300 blessés et 13 morts, la plus meurtrière en dix ans dans le royaume. Cette vague de tirs visant Riyad est d’une ampleur inédite depuis le début, en 2014, de la guerre au Yémen.

Al Jazeera (EN)

France: Raphaël Glucksmann remporte la primaire de la gauche dès le premier tour. L’eurodéputé devance largement les autres candidats de cette primaire pour le moins chaotique de la gauche sociale-démocrate à la présidentielle, avec 66 % des voix, contre seulement 14% pour Olivier Faure, le premier secrétaire du PS. Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel obtiennent tous moins de 10% des voix sur les quelque 120’000 qui se sont exprimées. Le co-fondateur du mouvement Place publique a promis de «rassembler» la gauche pour «battre l’extrême droite», et a réaffirmé son refus de s’allier avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Libération (FR)

Contenu partenaire

Photo article

Et si notre alimentation était la première des préventions? Alimentation, compléments, protéines, obésité, polluants ou encore influence des réseaux sociaux: les débats du Forum Santé décrypteront les grandes transformations de notre rapport à la nourriture.

Dans mon radar

Dernier Nobel de la saison: politique monétaire ou tech, pour l’éco? La récompense n’a été créée qu’en 1968, «en mémoire d’Alfred Nobel» et décernée pour la première fois l’année suivante. C’est ce matin que l’on saura qui ou quelle équipe succédera à l’Américano-Israélien Joel Mokyr, au Français Philippe Aghion et au Canadien Peter Howitt, primés en 2025 pour leurs travaux sur l’impact de l’innovation sur la croissance économique. Un champ de recherche qui ne devrait logiquement pas figurer au palmarès cette année. Clarivate, un cabinet de conseil qui a fait des prédictions pour les Nobel son fonds de commerce, donne gagnant l’Américain Michael Woodford, parce que la politique monétaire n’a pas été à l’honneur depuis longtemps et qu’il coche toutes les cases du nobélisable – nombreuses citations et ancienneté des travaux.

AFP via yahoo!actualités (FR)
Photo article

Image postée sur le compte Facebook du Hong Kong Economic and Trade Office à Berlin.

Ça m'est arrivé cette semaine

Course à l’échalote. C’est peu de dire que le gouvernement et tous les porte-voix de bonnes nouvelles se sont précipités sur l’annonce, la semaine passée, que Hong Kong, une fois de plus, avait été classée «économie la plus libre du monde». Elle devance quelque 164 autres juridictions, dont l’éternelle rivale Singapour qui est reléguée cette année à la 3e place, car devancée par la Suisse!

En soi, ce n’est pas une grande nouvelle, et je vous passe les considérations sur la fiabilité et la méthodologie de ce genre de classement – que je commente chaque année avec mes étudiants. Hong Kong domine le palmarès depuis sa création au milieu des années 1990, et le gouvernement s’en félicite franchement. D’abord sobrement – «Le gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong a relevé que le rapport [sur la liberté économique dans le monde de l’Institut Fraser] réaffirmait les atouts de Hong Kong en tant qu’économie de marché libre, ainsi que son environnement commercial ouvert, efficace et équitable» –, puis sur un ton franchement plus glorifiant, quand le même communiqué indique que «depuis le début de l’année, Hong Kong a continué d’atteindre de nouveaux sommets dans divers classements internationaux de compétitivité, notamment en matière de finance, d’innovation et de technologie, d’éducation et de talents».

Chez les commentateurs «assermentés», c’est-à-dire la très grande majorité, la petite musique frise l’exaltation, comme avec Mark Pinkstone, un ancien porte-parole du gouvernement britannique devenu un impénitent oiseau de bon augure dans nombre de publications depuis la rétrocession de 1997: «Voici la preuve que Hong Kong possède une économie plus libre que ne le prétendent tous ces prophètes de malheur. En réalité, c’est l’économie la plus libre au monde.» Et de ne dérouler que du positif, avant de s’en prendre nommément à l’oiseau de mauvais augure en chef, Stephen Roach, l’ancien président de Morgan Stanley Asia, qui avait osé prédire, en février 2024, que c’en était fini de Hong Kong, notamment en raison de sa perte d’autonomie vis-à-vis des autorités centrales de Pékin et du contexte tant économique que géopolitique.

Il ne rappelle cependant pas que la Heritage Foundation, cette institution américaine ô combien conservatrice, ne fait plus figurer Hong Kong dans son indice annuel de liberté économique depuis son édition de 2021. En cause, la perte des libertés politiques, à Hong Kong mais aussi à Macao, faisant dire à la Heritage, cette année-là, que si les deux régions administratives spéciales «offrent à leurs citoyens plus de liberté économique que celle dont bénéficie le citoyen moyen de Chine… les développements de ces dernières années ont démontré sans ambiguïté que ces politiques sont finalement contrôlées depuis Pékin». Une reclassification sous la Chine – au 107e rang – en forme de choc, puisque Hong Kong avait également dominé ce classement pendant 25 ans, venant juste de se faire détrôner par Singapour à la suite de l’adoption de la loi sur la sécurité nationale en juin 2020. Encensé la veille encore – y compris par les députés –, l’indice devenait, dans la bouche même du ministre des finances de l’époque, victime de «biais idéologiques et de préjugés politiques».

En 2026, pour le Fraser Institute, Hong Kong continue donc d’être, dans l’ensemble, la plus libre des économies au monde. Mais le rapport relève quand même que la note totale s’est dégradée, plus encore depuis 2018, et surtout que, dans certaines des sous-catégories qui servent à construire le classement, le territoire est loin d’être dans le peloton de tête: il figure ainsi à la 24e place pour le «Système juridique et droits de propriété» et à la 48e pour la «Taille du gouvernement».

Mon labo chinois

Photo article

Rencontre entre le ministre du commerce chinois Wang Wentao et le commissaire européen au commerce et à la sécurité économique, Maroš Šefčovič, à Pékin, le 9 octobre 2026. / Compte X de Maroš Šefčovič

Premiers pas vers un compromis entre l’Union européenne et la Chine. Cet accord inédit est susceptible de réduire de plus de moitié les exportations chinoises de voitures hybrides vers l’UE en quatre ans. Présenté le 9 octobre par le commissaire européen au commerce Maroš Šefčovič, en visite dans la capitale chinoise, ce compromis vise à protéger un secteur automobile européen menacé par l’afflux de modèles chinois bon marché, sans déclencher de guerre commerciale. Pékin évoque des engagements sur les prix, laissant envisager des minimums plus élevés pour les voitures chinoises vendues en Europe. Présenté comme une première étape, ce dispositif pourrait être étendu à d’autres secteurs. Les discussions se poursuivront sur les terres rares et l’accès des produits agroalimentaires européens au marché chinois.

The Guardian (EN)

Les dépendances chinoises de l’Inde. Malgré ses ambitions industrielles et les tensions frontalières, l’Inde continue de dépendre économiquement de son grand rival du nord, même si elle est parvenue à réduire les importations de produits finis tels que les smartphones et les équipements solaires, et produit désormais plus d’un quart des iPhones du monde. Son déficit commercial avec Pékin atteint néanmoins 112 milliards de dollars, contre seulement 44 milliards en 2020. La dépendance aux composants chinois ne cesse de s’aggraver et une rupture d’approvisionnement pourrait facilement menacer la production indienne. Parmi les exceptions: l’industrie du jouet, mais le secteur n’a pu être stimulé que par un relèvement des droits de douane sur les importations de 20% à 60%, puis finalement à 70%. Un modèle de rééquilibrage difficile à généraliser sans passer par la case investissements, transferts de technologies et ouverture du marché chinois.

BBC (EN)

Pékin desserre les cordons de la bourse. Le ministère des finances chinois a annoncé vendredi qu’il mobilisait 550 milliards de yuans (68,1 milliards de francs suisses) de quotas d’endettement public inutilisés pour soutenir une économie fragilisée par l’atonie de la demande intérieure et la crise immobilière. Sur cette enveloppe, supérieure à celles de 2024 et 2025, 300 milliards de yuans de lignes de crédit (37,2 milliards de francs suisses) serviront à financer le fonctionnement des administrations locales; le solde ira aux infrastructures, notamment aux chantiers en cours dans les régions économiquement les plus solides. Malgré le dynamisme des exportations et l’envolée des hautes technologies, ce coup de pouce budgétaire fait figure de garantie d’un objectif annuel de croissance de 4,5% à 5%.

Reuters via The Standard (FR)

Une raison d'espérer

Photo article

L’AbortOmat. / Site web Abortion Dream Team

L’AbortOmat, un distributeur de pilules abortives qui contourne la loi anti-IVG en Pologne. Installé au centre AboTak, face au parlement, ce dispositif conçu par Women Help Women et Abortion Dream Team exploite une faille juridique: prendre ces médicaments est autorisé, mais aider à s’en procurer peut entraîner trois ans de prison. Un fournisseur étranger assure l’approvisionnement, tandis qu’un code confidentiel ouvre un casier dans lequel se trouve une enveloppe rose à paillettes qui contient le médicament – anonymat garanti. Pour les organisations féministes qui sont à la manœuvre, l’ambition est double: faciliter l’accès à l’avortement et dédramatiser l’acte, face aux pressions anti-IVG et aux promesses de libéralisation restées sans suite depuis deux ans.

Usbek & Rica (FR)
En direct de la Trumposphère
Trump, le foudre de paix

«J’ai mis fin à 8 GUERRES, je suis sur le point d’en terminer ou d’en régler 2 autres, j’ai récupéré tous les otages israéliens, y compris les 28 derniers, vivants ou morts, j’ai fait libérer et renvoyer chez eux des centaines d’otages, originaires de pays du monde entier, j’ai remporté une guerre au Venezuela et capturé le dictateur violent qui dirigeait ce pays d’une main de fer, et j’ai empêché le premier Etat soutenant le terrorisme, la République islamique d’Iran, de se doter de l’arme nucléaire — ET BIEN PLUS ENCORE! Et pourtant, malgré tout cela, ni moi, ni les Etats-Unis d’Amérique, n’avons reçu le prix Nobel de la paix. INCROYABLE!»

C’est reparti comme en 2025 et l’on sent poindre de l’impatience et quasiment un sentiment d’injustice dans cette longue diarrhée verbale de l’occupant de la Maison-Blanche à propos de l’attribution, vendredi, du Prix Nobel de la Paix à la juriste sud-africaine Navanethem «Navi» Pillay. Peu après l’annonce de son prix, cette dernière avait réagi avec humour lors d’un échange informel, déclarant sur le ton de la plaisanterie: «Si vous applaudissez un peu plus fort, je partagerai peut-être le prix avec Trump». Une allusion directe au geste de la Vénézuélienne María Corina Machado, lauréate du prix en 2025, qui avait proposé de partager, puis avait offert la médaille de son prix Nobel de la paix au président américain en janvier 2026. Comme l’avait rappelé à l’époque le Comité Nobel: «une fois décerné, le prix Nobel ne peut être ni retiré, ni partagé, ni transféré. La décision est définitive et irrévocable.»

Times of India (EN)

Votre correspondant. J’ai découvert l’univers chinois dans les années 1980, avant de m’installer à Hong Kong en 1994. Depuis, je m’efforce de rendre cet Orient de moins en moins lointain aussi accessible que compréhensible. Et si Pékin savait aussi produire de la désillusion? C’est ce que montrent Yingjie Fan et ses co-auteurs à propos des étudiants chinois qui partent aux Etats-Unis: dès le départ, ils sont plus libéraux, et leur séjour outre-Pacifique ne va pas infirmer cette orientation, tandis que le régime de Pékin et une identité nationale plus affirmée perdent de leur attrait.

Vous avez aimé? Partagez:

Facebook Twitter Linkedin Instagram
b696e884-f624-429e-91a6-1af20f5cf9e3.png

Avenue du Bouchet 2
1209 Genève
Suisse