Bonjour, c’est Serge à Genève, où je demande votre soutien. Pour une fois, il ne s’agit pas de prendre ou renouveler votre abonnement (même si ce n’est pas de refus), mais de signer une pétition pour protéger la liberté de la presse en Suisse.
Pour un seul article, à propos du rachat de la filiale suisse d’une banque russe sous sanctions, nous avons été noyé sous un déluge de mesures superprovisionnelles: 39 ordonnances de justice, un record absolu.
Nous sommes convoqués à neuf audiences au tribunal (!), les deux premières étant lundi 18 mai. Nous allons nous défendre bec et ongles, mais pensons que le problème dépasse cet article et le cas de Heidi.news.
Ces mesures superprovisionnelles sont une spécialité suisse. Elles ont récemment frappé la RTS, Le Temps, Gotham City ou Blick. Dégainées aussi massivement, elles ont évidemment pour but de faire porter un fardeau disproportionné aux rédactions – et de les bâillonner.
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Protégeons la liberté de la presse en Suisse
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Voici le texte de la pétition
que vient de lancer la rédaction de Heidi.news, actuellement noyée sous un déluge d’ordonnances de mesures superprovisionnelles (39 au compteur pour un seul article, un record absolu).
Nous estimons n’avoir strictement rien publié de contraire à la loi ou à la déontologie du métier, et le ferons valoir. Mais la pétition que nous lançons vise à protéger l’ensemble de la profession, car nous ne sommes, de loin, pas les seuls à subir de telles procédures-bâillon.
Cliquez ici pour signer!
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Dessin: Pitch Comment pour Heidi.news
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Au Conseil fédéral et aux membres du Parlement suisse
Leur décision: un mot supprimé. En 2022, le Parlement a modifié l’article 266 du Code de procédure civile, «Mesures à l’encontre des médias», entrée en vigueur le 1er janvier 2025. En supprimant l’adverbe «particulièrement» – qui exigeait qu’une publication cause un préjudice «particulièrement grave» pour qu’un juge puisse l’interdire en urgence –, les députés ont abaissé le seuil d’accès aux mesures provisionnelles et superprovisionnelles contre les médias. Sans aucune analyse d’impact approfondie sur la liberté de la presse. Cela a donné un feu vert politique à tous ceux qui veulent museler les journalistes – et à leurs avocats.
Notre réalité: des rédactions asphyxiées. Récemment, des mesures superprovisionnelles ont ainsi été utilisées contre la RTS pour son enquête sur le magnétiseur fribourgeois Denis Vipret, contre Le Temps pour une enquête sur un candidat du parti de Pierre Maudet à Vernier ou contre Blick pour son enquête sur le metteur en scène Dorian Rossel. Sans compter les multiples procédures que subit Gotham City. Cette guillotine procédurale pèse sur chaque rédaction. Elle favorise l’autocensure et détourne les journalistes de leur mission première, telle que la définit l’article premier de la Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste: «Rechercher la vérité, en raison du droit qu’a le public de la connaître et quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même.»
Pour un seul article, Heidi.news a reçu 39 ordonnances de mesures superprovisionnelles, émanant de quatre juges, demandées par 7 avocats représentant 15 sociétés et personnalités. Cela débouche sur 9 audiences distinctes devant le tribunal, prévues en mai et juin 2026. L’objectif de ces requêtes (avec des doublons, car adressées au journaliste, et/ou au rédacteur en chef, et/ou au média, d’où leur nombre) était de supprimer les noms cités dans l’article, voire l’article lui-même. Mais aussi de nous étouffer de procédures. Dans un cas, le propriétaire d’une société offshore et la société elle-même, aux Bahamas, ont déposé des requêtes distinctes, avec des avocats différents – et les ont obtenues. Idem pour une société de Dubaï et son ayant-droit. Le but est clair: faire porter un fardeau disproportionné aux rédactions.
Notre métier, notre devoir: informer. L’article en question, publié le 12 mars 2026, portait sur les personnes et sociétés ayant prêté de l’argent au groupe m3 d’Abdallah Chatila à Genève pour racheter en 2022 la filiale suisse de la Sberbank russe, placée sous sanctions à la suite de l’invasion de l’Ukraine. Il révélait qu’une partie importante de ces fonds était liée à des intérêts russes – ce qu’Abdallah Chatila avait constamment nié au cours de trois entretiens accordés aux journalistes:
- «Est-ce que vous avez le moindre élément pour dire que cette banque a été financée avec de l’argent russe? Que je n’ai pas dit la vérité?» (17 juillet 2025)
- «C’est très simple, il n’y a pas de Russes.» (18 février 2026)
- «Vous êtes tarés. Vous n’avez que des fausses infos. Quoi d’autre, Messieurs les génies?» (18 février 2026)
Heidi.news avait obtenu les noms des créanciers, mené des recherches à leur sujet et choisi de les publier. Pour trois raisons fondamentales:
1. Sans noms, pas d’information vérifiable. Affirmer l’existence d’intérêts russes sans identifier les acteurs concernés n’aurait rien apporté au lecteur – ni crédibilité, ni possibilité de contrôle.
2. Pas de préjudice. Les personnes physiques et morales citées n’ont pas été accusées d’actes illicites par Heidi.news. Elles ont été contactées avant publication.
3. Un enjeu de surveillance publique. La liste des créanciers a été validée sans objection par la Finma. Dans au moins un cas, la créance est liée à un homme d’affaires et homme politique russe placé sous sanctions – ce qui soulève des questions légitimes sur les possibles lacunes de surveillance de cet organe public.
Notre demande: une loi suisse anti-SLAPP. L’usage massif de telles procédures constitue des poursuites-bâillon ou SLAPP en anglais (Strategic Lawsuit Against Public Participation), en violation de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme sur la liberté d’expression et la liberté de la presse. Nous demandons au Conseil fédéral d’élaborer une loi suisse anti-SLAPP et au parlement de l’examiner. Des lois de ce type sont en préparation au Royaume-Uni et dans plusieurs pays européens. 32 Etats américains et 3 Etats canadiens en ont adoptées. Elles prévoient par exemple un test en deux étapes pour déterminer si une plainte est fondée ou effectivement abusive.
Car le droit suisse ne doit pas devenir un instrument d’intimidation au service de ceux qui ont les moyens de multiplier les procédures.
La pétition en ligne
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Le fabuleux destin d'Abdallah Chatila, la suite!
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Plusieurs lectrices et lecteurs
craignaient que les mesures superprovisionnelles contre l’épisode n°2, publié le 12 mars, n’aient condamné la suite de l’enquête. Ce n’est pas le cas! Nous avons été très absorbés par la préparation de notre défense, mais sommes déterminés à poursuivre la publication des épisodes suivants. Voici donc le troisième.
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Illustration: Anne-Gaëlle Amiot pour Heidi.news
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Abdallah Chatila est-il encore propriétaire de la banque qu’il a tant désirée?
L’achat de Trade X Bank en 2022 par le groupe m3 de l’homme d’affaires genevois devait être le «deal d’une vie». Mais quatre ans plus tard, des paquets d’actions ont été cédés et d’autres ont été nantis auprès de certains de ses créanciers. Si bien qu’en théorie, Abdallah Chatila possède désormais moins de 1% de sa banque. Par ailleurs, ces opérations laissent à penser que des intérêts russes pourraient être représentés au capital, en contradiction avec les intentions de «dérussification» affichées au moment de l’achat.
3e épisode de l’enquête d’Antoine Harari
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Pendant ce temps sur Heidi.news
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En haut de la pyramide alimentaire, les pumas influencent le comportement de nombreuses autres espèces. | Rewilding Argentina / Franco Bucci
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Mallettes de cash à Genève: quand la France laissait faire, au nom des grandes fortunes.
Nous publions les bonnes feuilles de Genève Confidentiel. La ville qui aimait l’argent des autres, un livre du journaliste Marc Guéniat, ancien collaborateur de Heidi.news et actuel responsable du pôle enquête du Temps. Dans ce chapitre, on découvre comment Genève est devenue le refuge des pétro-monarques du Golfe, des nouveaux riches de l’ex-URSS, et des fortunes françaises fuyant l’impôt sur les successions.
Heidi.news
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Frappes en Ukraine: des composants occidentaux dans les missiles russes. Depuis jeudi, Moscou mène une campagne de frappes d’une intensité rare en Ukraine, dont l’une à Kyiv, sur un immeuble résidentiel jeudi matin, a fait au moins 24 morts. D’après le Financial Times, qui tient l’information des autorités ukrainiennes, la plupart de ces attaques ont été menées à l’aide de missiles ballistiques Kh-101 de fabrication récente. Et ceux-ci contiennent des dizaines de composants occidentaux, notamment américains et allemands. Voilà qui démontre, s’il en était besoin, que la Russie est toujours en mesure de contourner largement les sanctions occidentales.
Financial Times (EN)
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Gros-Jean comme devant. Fidèles à ses habitudes, Donald Trump est reparti de Pékin en se vantant d’avoir conclu des «accords commerciaux exceptionnels». Dans les faits, le bilan de la visite officielle américaine en Chine s’annonce singulièrement maigre. Pas d’avancées concrètes sur l’Iran, un ferme rappel de Xi Jinping sur Taïwan, et une commande de 200 avions Boeing inférieure aux prévisions. Et bien sûr, pas de «big fat hug» du président chinois pour la photo, mais qui s’en étonnera?
Guardian (EN)
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Les Allemands ont-ils encore envie d’écumer les archives nazies? Début avril, l’hebdomadaire allemand Die Zeit a lancé un moteur de recherche singulier. Il permet à tout un chacun d’explorer les archives du NSDAP 1925 et 1945, et donc de savoir si Grand-Papa était nazi. Dans cet article, Elisa Goudin, maître de conférences en études germaniques à la Sorbonne, s’interroge sur ce dispositif, et pointe le décalage croissant entre le puissant dispositif mémorel allemand et l’état de l’opinion publique. Très intéressant.
La Vie des idées
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Avenue du Bouchet 2
1209 Genève
Suisse
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