Bonjour, c’est Amaury à Marseille, les yeux rivés depuis cinq jours sur les fils WhatsApp du Mali. J’ai la tête dans le noir et les pensées tristes. Et pour cause: j’y ai habité trois ans et demi avant les putschs des années 2020.
Ce matin, je vous propose de revenir sur ce qui s’y passe depuis samedi, ainsi que sur le reste de l’actualité du jour: le pétrole à son plus haut depuis quatre ans, mais aussi Trump et Poutine qui discutent au téléphone. |
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Les infos que j'ai retenues pour vous
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A Bamako, sur le principal pont de la ville, avant-hier | KEYSTONE / EPA / HADAMA DIAKITE
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La rébellion promet de faire chuter Bamako, les djihadistes annoncent un blocus de la ville.
«Le régime va tomber, tôt ou tard. Il va tomber, ils n’ont pas de solution pour se maintenir au pouvoir», a dit à l’AFP le porte-parole de la rébellion malienne dans un entretien hier soir. Il était de passage à Paris. Mais sur le terrain, les combats continuent. Dans plusieurs villes du pays, les tirs ont crépité une partie de la journée. A Bamako, la vie continue. «Est-ce qu’on a le choix? Il faut qu’on aille bosser», dixit une amie.
TV5 Monde (FR)
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Poutine et Trump au téléphone.
Le conseiller diplomatique du président russe, Iouri Ouchakov, a précisé qu’un cessez-le-feu en Ukraine aurait été envisagé par les deux hommes le 9 mai, à l’occasion des célébrations du Jour de la victoire en Russie. Il a ajouté que M. Trump avait «activement soutenu cette initiative, en notant que cette fête marque notre victoire commune». En outre, les deux dirigeants ont évoqué «la situation en Iran et dans le golfe persique», selon la même source, qui a indiqué que Poutine soutenait le cessez-le-feu envisagé par Trump.
France Info (FR)
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Trump maintient le blocus de l’Iran.
Le Brent a grimpé hier de plus de 7% pour dépasser 119 dollars le baril, son niveau le plus élevé depuis juin 2022. Mardi, Trump déclarait à des acteurs du secteur pétrolier que le blocus naval contre l’Iran resterait en place jusqu’à ce que Téhéran accepte de se plier aux exigences américaines concernant son programme nucléaire. Ses propos ont fuité hier, d’abord chez le média Axios, puis à l’AFP. Le président américain aurait bien évoqué la possibilité d’une prolongation de plusieurs mois du blocus contre l’Iran.
AFP (FR)
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Il est temps de raconter le monde
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Dans mon radar aujourd'hui
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Que va-t-il se passer au Mali?
Je suis loin d’avoir une boule de cristal, alors je préfère m’en remettre à un génial penseur béninois, Gilles Yabi, qui ce weekend a partagé ses pistes pour éviter un «suicide souverain dans la fierté». Il en appelle à la discussion, encadrée par des acteurs externes pour que les belligérants acceptent de baisser les armes. «Une réponse complexe à ce stade pourrait être pensée et coordonnée par l’Union africaine en lien avec les dirigeants des pays de la région ouest-africaine», propose-t-il. Une médiation pourra-t-elle empêcher le jusqu’au-boutisme?
WATHI, think tank citoyen ouest-africain. (FR)
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Capture d’écran de la vidéo d’un riverain sur l’un des principaux axes d’entrée au centre-ville de Bamako, en train de filmer des djihadistes à moto. Sur la vidéo, il y a des dizaines de motos qui se suivent. Bon la qualité n’est pas géniale, mais vous avez l’idée.
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Ca m'est arrivé cette semaine
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Retour sur un weekend catastrophique.
A Kati, juste à côté de Bamako, le jour commence à peine à se lever samedi quand un véhicule bourré d’explosifs fonce sur la maison de l’un des cinq militaires qui ont confisqué le pouvoir en 2020. Le ministre de la Défense, l’architecte de l’appareil sécuritaire national, l’éminence grise formée en contre-renseignement à Moscou, Sadio Camara, meurt sur le coup avec sa deuxième femme et un de ses enfants.
Je me réveille une heure plus tard à Marseille, loin de tout ça. Mon téléphone vibre. Les attaques sont simultanées, elles ont lieu partout. Un copain à Mopti: «Ça tire de partout, c’est chaud, chaud, on est bloqués chez moi, personne ne sait ce qui se passe». Un autre à Gao: «depuis la prière (du matin, la première) on est dans le salon, personne ne sort, on est sur WhatsApp, tu sais ce qui se passe toi?»
Si loin, si proche. Personne, à part les assaillants, ne comprend l’ampleur des événements. Ce message tombe à 9h14 samedi, envoyé par un copain chercheur malien:
«Kati, Mopti, Gao et Kidal seraient sous le feu. Gao et Kidal, je confirme, pas beaucoup de détails sur Gao. À Kidal, certains check-points seraient déjà tombés. Les échanges de tirs continuent. Premières unités FLA sont entrées à Kidal, mais les affrontements continuent.»
Kati, c’est la garnison des cinq généraux qui dirigent le pays, une ville collée à Bamako. Il faut grimper une colline pour y arriver, mais c’est à un jet de pierre.
Mopti, c’est la capitale du centre du pays. On la surnomme «La Venise du Mali», posée au bord de l’eau, sur le fleuve Niger. C’est la porte vers le Sahara. L’une des plus belles villes du pays, où l’on boit la bière de mil et où l’on danse sur la flûte de Sory Bamba.
Gao, c’est la capitale de l’ancien Empire songhaï. On l’appelle la Cité des Askias du nom de l’ancienne famille régnante du XVe siècle. C’est le carrefour du désert et la plus grande ville du nord du Mali.
Kidal, enfin, est l’éternel bastion des insoumis, au milieu du désert, le nœud gordien des problèmes d’orgueil de la guerre, là où les Français ont refusé à l’armée malienne d’entrer en 2012, et là où les fantassins russes de Wagner ont hissé leur drapeau au prix d’infâmes combats en 2023.
Toutes ces villes ont été attaquées en même temps. Pourtant, elles sont à des centaines, voire des milliers de kilomètres les une des autres. A l’oeuvre, une coalition des rebelles indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et des djihadistes de la branche sahélienne d’Al-Qaïda, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim selon son acronymie arabe).
Dans Kidal, les djihadistes à moto et sur des pickups sont si nombreux que les soldats maliens et leurs supplétifs russes se replient dans les deux camps militaires. Le drapeau de l’Azawad est hissé sur le fort. Au siège du gouverneur de la région, un gamin vole l’uniforme du chef. Une vidéo le montrant avec des étoiles aux épaules fera le buzz plus tard. La ville est prise en quelques heures à peine.
Les soldats russes s’accordent avec les assaillants. Ils acceptent de rendre les armes si on les laisse partir. Toute la ville a acclamé leur départ, on a filmé le désarroi de ces soldats parqués comme du bétail à l’arrière de camions. Les images font le tour du monde, sur les réseaux sociaux. Et cela embête pas mal Moscou, qui ne tarde pas à être accusée d’avoir abandonné ses alliés, comme en Syrie l’année dernière.
A Bamako, un bordier de l’une des routes d’accès au centre-ville filme des dizaines de motos djihadistes. C’est du jamais vu. On est collectivement stupéfaits. Deux autres membres du quarteron de généraux ont été touchés dans les attaques du matin, le chef d’Etat-major des armées, et le patron des renseignements. On les dit morts, mais ils sont bien vivants.
L’aéroport est sous le feu, des tirs se font entendre en ville toute la journée. Finalement, les fantassins rebelles repartent. Mais depuis ce samedi, la paranoïa s’est emparée de la capitale du Mali. Certains jurent voir des djihadistes se balader en ville; une dizaine d’habitants au moins se sont fait lyncher, accusés d’être complices du Jnim. Où que soient les djihadistes, leurs fantômes marchent désormais dans les rues de Bamako.
Les heures passent et personne n’a de nouvelles du président et chef de la junte putschiste, Assimi Goïta. On le dit en sécurité hors de Bamako, réfugié auprès de mercenaires turcs. D’autres encore affirment mordicus qu’il a filé au Niger voisin. Ce n’est que mardi soir, 72 heures plus tard, qu’il apparaît à la télévision, dans un discours à la nation aussi attendu qu’une finale de Coupe du monde de foot. L’ambiance est solennelle et triste. Il rend hommage à son compagnon décédé.
Goïta assure qu’un «coup d’arrêt [avait] été donné aux assaillants dont l’objectif était d’installer un climat de violence généralisée». «La situation est maîtrisée», insiste le président. Y croit-il lui-même? Trois heures avant, l’un des porte-parole du Jnim, Bina Diarra, décrétait dans un message vidéo diffusé sur les réseaux de propagande du groupe un blocus total de Bamako.
«Personne n’y entrera plus», a-t-il déclaré. Hier, dans la presse occidentale, le porte-parole de leurs nouveaux alliés, les rebelles du FLA, a pour sa part assuré que l’objectif était de «faire tomber le régime». De mon côté, je déprime au téléphone avec les amis. ABamako, Mopti, Berlin, Paris, Marseille ou Tamanrasset, on a tous les yeux rivés sur WhatsApp, où les informations arrivent au compte-goutte.
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Mon labo des guerres d'influence au Mali
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Capture d’écran des vidéos postées par les supplétifs russes de l’armée malienne, ici en défense de l’aéroport de Bamako samedi 25 avril
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La Russie veut faire croire qu’elle a agi.
Dans ce conflit où l’accès au terrain est impossible et les journalistes indépendants tous en exil, chacun tente d’asseoir son narratif. Moscou, furax que les critiques lui pleuvent dessus, a accusé ses soldats de l’Africa Corps — un nom clin d’oeil à Rommel en Libye en 1941, rappelons-le — d’avoir déserté le champ de bataille. Le compte officiel du bataillon africain de l’armée russe a répliqué avec des vidéos des go-pro de leurs soldats sur le terrain, comme pour asséner qu’ils se sont bien battus. Je vous laisse aller voir, c’est effarant.
Compte officiel de The Africa Corps (EN)
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Relents d’orgueil colonialiste français.
Les journalistes auront relancé une bonne dizaine de fois le Quai d’Orsay français pour qu’il réagisse officiellement aux «événements» en cours. Lundi soir à 20h00, c’était chose faite, en off the record — «source diplomatique» non nommée — avec un service minimum: la France est préoccupée et condamne, en gros. Rien de plus. Mais a-t-elle besoin de plus, quand elle dispose d’un chœur d’éditorialistes qui ont sauté sur l’occasion pour sous-entendre en bavant d’une seule voix qu’il n’aurait peut-être pas fallu chasser la France, ni remplacer Barkhane par Wagner. Et que, finalement, c’est peut-être bien la faute à la junte si ça tourne au vinaigre. Seule la sortie de l’ancien Premier ministre Villepin mérite d’être citée: «la France ne doit céder ni à l’arrogance d’hier, ni à l’indifférence d’aujourd’hui».
Publication de Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français (FR)
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Boucs émissaires à l’appel.
«Il faut mentir comme un diable, non pas timidement mais hardiment et toujours», a écrit Voltaire en 1736 . Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a fait des émules. D’abord, les propagandistes des putschistes sahéliens ont pointé du doigt Paris et Kiyv, selon une rengaine qui tourne depuis cinq ans dans la région. Et puis, il y a eu l’Algérie, éminence grise présumée qui serait derrière le Jnim, alors que les relations sont loin d’être au beau fixe. Mais que voulez-vous: l’imam le plus influent du Mali, un temps courroie de transmission avec les djihadistes, est en exil à Alger. Alors on se lâche. Et puis il y a ce monsieur qui fait un joyeux gloubiboulga de tout ça, accusant pêle-mêle les Algériens, les Ukrainiens, les Mauritaniens, et enfin – car plus c’est gros, plus ça passe – la mafia italienne.
Réseau X (FR)
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Le service public intelligent, c’est toujours utile.
Je me permets, car les mêmes débats existent en Suisse et en France sur le service public. Les arguments sont différents mais les conséquences similaires: la réduction des moyens, qui semble inéluctable à moyen terme. Mardi soir, France Télévisions nous a montré le visage d’une chaîne publique qui garde l’ambition de prendre de la hauteur. L’écrivain malien Diadié Dembélé y était invité. Il a prononcé les mots justes, en ramenant l’humain au centre. Ses paroles sont un havre dans le brouhaha malaisant des commentaires français. «Si vous avez des connaissances maliennes, écoutez-les, on a besoin de soutien».
Passage de Diadié Dembélé sur France 5. (FR)
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En direct de la Trumposphère
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Une photo du Donald postée par lui-même sur son compte Truth, en référence à l’Iran.
Réseau social Truth. (EN)
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Votre correspondant.
Il ne faut pas gâter l’affaire! C’est ce qu’on dit aux journalistes toubab débarquant sur le continent africain en quête d’histoires aussi exotiques qu’extravagantes. Alors depuis sept ans, j’essaie de raconter la normalité. Parisien d’origine, j’ai roulé une petite bosse ici et là en Afrique, du Malawi à la Guinée-Bissau, du Mali à la Centrafrique, du Cameroun à Sao Tomé. Depuis le début de l’année dernière, mes valises sont posées au Tchad mais aussi à Marseille, un pas ici, un pas là-bas. En ce moment, je suis dans la capitale phocéenne.
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Avenue du Bouchet 2
1209 Genève
Suisse
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