Bonjour, c’est Lionel à New York, loin des terrains de bataille des élections de mi-mandat. Dans ce bastion démocrate, les résultats des urnes sont connus d’avance, et on retient son souffle les yeux rivés sur le reste du pays.

Au menu ce matin: une spéciale midterms, donc, mais aussi une petite promenade de quartier et une incartade culturelle dans la novlangue trumpienne.

Enfin, pour ceux que ça intéresse, la rédaction de Heidi.news m’offre en pâture le mardi des élections, le 3 novembre, de 13h à 14h, pour parler politique américaine en direct.

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Lionel Pousaz à New York City
30.10.2026

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Les infos que j'ai retenues pour vous

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Keystone / Christopher Katsarov / The Canadian Press via AP

Von der Leyen à Montréal. La présidente de la Commission européenne a débarqué hier au Québec pour le sommet Canada-Union européenne. Elle a déclaré vouloir poursuivre le projet de faire du Canada le premier «membre associé» de l’UE, conformément à son annonce de septembre dernier lors de la visite de Mark Carney à Strasbourg. L’usage de cette expression a surpris la presse, qui avait remarqué son absence dans le projet de déclaration commune Canada-UE, dévoilé aujourd’hui.

Radio Canada (FR)

Une attaque de drone russe tue au moins 14 personnes dans une station de train ukrainienne. L’aéronef aurait frappé la gare principale de la ville de Dnipro. Un train de passagers en partance pour Zaporijia était à l’arrêt sur un quai bondé au moment de l’attaque, selon l’opérateur ferroviaire national. La Russie n’a pas commenté l’affaire, l’Union européenne a appelé ses alliés à renforcer à la fois le soutien à Kiev et la pression contre Moscou.

BBC (EN)

Netanyahou laisse entendre que les partis arabes auraient «volé» les élections. Hier, le premier ministre israélien a amplifié des rumeurs faisant état d’une conspiration des partis arabes, possiblement avec l’aide d’agents étrangers. L’opposition dénonce une tentative de démonisation des Arabes israéliens. Le jeu que joue Netanyahou n’est pas sans risque. Il pourrait encourager un rapprochement entre les partis arabes et le bloc centriste d’Eisenkot, leur donnant de quoi former une majorité gouvernementale.

Associated Press (EN)

Il est temps de raconter le monde

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Dans ma jolie rue, des maisons qui valent des millions.

J'ai vu ça dans mon quartier

Riches, mais fauchés. C’est la situation un peu particulière dans laquelle se trouvent plusieurs de mes voisins. Résidents de Harlem depuis 30 ou 40 ans, propriétaires de leur maison à une époque où elle ne valait pas un clou, ils n’ont pas un rond. Mais leurs murs valent au bas mot entre deux et trois millions de dollars.

C’est le cas de mon voisin Charles, dont je vous ai parlé récemment. C’est aussi le cas de la grand-mère de 87 ans dont je ne comprends jamais le nom, lorsqu’on babille à l’arrêt de bus le matin. Fauchés, la plupart des résidents noirs sont progressivement évincés des commerces du quartier, dont les prix enflent sous le double effet de l’inflation et de la gentrification.

Abandonner leur chez-soi avec un pactole ou continuer d’y vivre en joignant à peine les deux bouts: c’est le dilemme curieux auquel ils font face. Charles est né, littéralement, il y a 50 ans, dans la maison d’à côté. Comme d’autres voisins, il est infiniment plus riche que moi, mais il ne peut se permettre d’aller faire ses courses au supermarché du coin.

Ils finiront par vendre, pour la plupart. Et ceux qui n’ont rien partiront sans rien. Harlem, l’un des lieux les plus emblématiques de la culture noire américaine, blanchit un peu plus chaque année, rue après rue, bloc après bloc. Je l’ai vu de mes propres yeux ces cinq dernières années.

Ce ne sera pas la première fois que le quartier change d’identité. Jusque dans les années 1920, les Juifs orthodoxes étaient majoritaires. Aujourd’hui, une seule des quelque 150 synagogues des alentours est encore en fonction, en plus d’une école bilingue anglais-hébreu. A New York, les cultures se succèdent dans le sillage des aléas historiques et économiques. Mais pour nombre de mes voisins, ce sont les lieux de leur enfance qui s’effacent devant eux.

Mon labo des midterms

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Capture d’écran / Nate Silver

Les démocrates sont favoris, mais le Sénat reste disputé. C’est ce qui ressort des analyses de Nate Silver, grand gourou des projections électorales américaines. Son modèle donne aux démocrates 95% de chances de remporter la Chambre des représentants et 75% pour le Sénat. A noter que 95% représente 19 chances sur 20, contre «seulement» 3 sur 4 pour 75% – les deux scores sont donc moins proches qu’il n’y paraît pour un œil peu exercé aux subtilités des sondages. L’opposition a besoin de 3 sièges supplémentaires à la Chambre et 4 au Sénat pour former une majorité au législatif.

Silver Bulletin (EN)

Les terrains de bataille. C’est sur la course au Sénat, la plus incertaine, que tous les regards se tournent. Les sondages de la semaine donnent les démocrates en tête dans plusieurs bastions conservateurs dont le Texas, le Kansas ou la Caroline du Nord. Au Michigan, le candidat démocrate au Sénat Abdul El-Sayed reste en tête de la plupart des projections. Musulman pratiquant, il s’est gardé d’en faire un thème de campagne, privilégiant un agenda progressiste type. Mais dans l’Etat de Ford et General Motors, où l’électorat de gauche affiche une sensibilité plus ouvrière que woke, sa religion pourrait lui coûter des voix. Les républicains, en tous les cas, misent là-dessus dans leur campagne.

NBC News (EN)

Dan versus Dan: conspiration électorale en Alaska. C’est une enquête du New York Times qui a révélé l’affaire: le comité de campagne de Mary Peltola, candidate démocrate au Sénat de l’Alaska, a déniché et lancé dans la course un improbable indépendant du nom de Dan Sullivan. Un nom qui se trouve être aussi celui du prétendant républicain au siège. Dan Sullivan contre Dan Sullivan, donc. Dans un scrutin où chaque fraction de pourcentage peut jouer son rôle, la manigance n’est pas sans importance. Le département de la justice s’est saisi de l’affaire et, cette semaine, le gouverneur de l’Etat a lancé une enquête, tandis que Trump se sert déjà de l’histoire pour jeter le discrédit sur ses adversaires. Au final, les démocrates pourraient bien s’être tiré une balle dans le pied en tentant de jouer ce qu’ils perçoivent – à tort ou à raison – comme le jeu de leur adversaire. Le comité de campagne de Mary Peltola dément toute implication.

CNN (EN)

Une raison d'espérer

Des jeunes traînent le Canada en justice pour inaction climatique. Quinze blancs-becs ont le toupet de poursuivre Ottawa, qu’ils accusent de compromettre leur droit constitutionnel à la vie, la liberté et la sécurité en raison de son échec à maîtriser les émissions de carbone. Nous leur souhaitons plein succès!

Grist (EN)
En direct de la Trumposphère
Parlez-vous trump ?

Entre autres caprices langagiers, Mao avait imposé l’usage de «Tongzhi» (camarade) dans les salutations; Mobutu avait banni les titres de «Monsieur» et «Madame»; Niyazov avait rebaptisé janvier de son nom de maître du Turkménistan («Türkmenbaşy»); Kadhafi avait rebaptisé les mois du calendrier, dont juillet (Nasser) et août (Hannibal); Staline imposait l’usage de l’épithète «petit père des peuples» à chaque fois que son nom était imprimé ou prononcé dans un discours. Ce ne sont là que quelques exemples.

La coercition linguistique arbitraire est un cliché du régime autoritaire. Orwell avait bien perçu l’enjeu dans 1984 avec le Newspeak, généralement traduit en français par «novlangue». Et si les Etats-Unis ne sont pas encore une dictature, Donald Trump, dont on a cette semaine souligné les goûts architecturaux de dictateur moyen-oriental, s’inscrit en plein dans cette tradition.

On connaît déjà sa propension à tout renommer en «Amérique» – le golfe du Mexique et le lac Ontario ont ainsi changé de nom officiel. Je vous encourage à consulter Google Maps à travers un VPN étasunien pour constater par vous-même. Début septembre, il a lancé un appel pour rebaptiser l’Etat du Nouveau-Mexique en «Nouvelle Amérique».

Sa dernière lubie: la «superintelligence», un terme choisi pour remplacer celui d’intelligence artificielle, jugé péjoratif. Elon Musk et une poignée de chefs d’Etat des Caraïbes ont salué son génie. Après avoir signé un décret en ce sens en septembre, puis qualifié d’«ennemi» quiconque emploie le terme honni, Donald Trump a remis la compresse ce mardi en annonçant son intention d’en bannir l’usage «dans tous les documents pertinents et partout ailleurs», sans préciser s’il entend formuler un nouveau décret.

Dans ce même message, il se fendait d’une adresse mercuriale au Wall Street Journal: «Quand le WSJ commencera-t-il à appeler l’intelligence artificielle (IA), un nom très mauvais et inexact, SI (superintelligence), le nom que presque tout le monde utilise, ou utilisera bientôt?»

Pour l’heure, Google, Anthropic ou OpenAI louvoient et traînent des pieds. J’imagine sans peine que leurs services de com’ attendent les élections de mi-mandat pour clarifier leur politique terminologique.

Votre correspondant. Journaliste et communicateur scientifique, Génie des Carpates, Soleil des Peuples et Phare du 21e Siècle, je n’en suis pas moins un Procrastinateur Suprême et je fais tout d’une main de maître, tel un Grand Timonier, en suivant le courant à la dernière minute. Cet autoportrait bâclé ne fait pas exception, dont la Brillance éclairera les Siècles des Siècles, et qui illumine déjà le matin gris de la populace abonnée d’un Resplendissant Rayon de Grandeur. Pour les réclamations et les désabonnements, prière de vous adresser à Serge.

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