Bonjour, c’est Florent à Kyiv, où les habitants blasés ne sont même pas surpris par la levée des sanctions américaines sur le diesel russe. «Trump est un clown», m’a juste lâché un collègue.

Au menu ce matin : L’Otan déplie des cartes en Pologne, des supermarchés sont transformés en étuves en France et Kyiv est en route pour Bruxelles.

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Florent Vergnes à Kyiv
13.10.2026

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Les infos que j'ai retenues pour vous

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Les équipes de secours mènent des opérations de sauvetage à la suite d’une attaque russe qui a fait sept morts, à Zaporijjia, sud de l’Ukraine, le 10 octobre 2026. Daria NAZAROVA/AFP

À Varsovie, l’Otan se veut unie face à Moscou. Depuis la Pologne, le commandant suprême des forces alliées en Europe, le général Alexus Grynkewich, a présenté hier sa «théorie de la victoire», plan de défense contre un hypothétique assaut de la Russie. «Si quelqu’un est assez insensé pour nous attaquer, nous nous battrons», a-t-il dit, assurant que toute offensive russe contre un membre de l’Alliance serait «totalement vaine». Tout en jugeant qu’un conflit n’est ni imminent ni inévitable, il a appelé les pays membres à définir clairement leurs «lignes rouges».

Euronews (EN)

Les supermarchés français ciblés par une cyberattaque «inédite». Des centaines de réfrigérateurs de plusieurs grandes chaînes de distribution françaises ont été piratés hier. L’opération a fait grimper la température des frigos à 50°C, provoquant plusieurs millions d’euros de pertes de denrées alimentaires. Selon Danfoss, l’équipementier concerné, l’attaque a visé des systèmes non mis à jour et exposés à des vulnérabilités connues. L’agence de cybersécurité française a été saisie afin de limiter une possible propagation des attaques.

Le Monde (FR)

Bruxelles répond au cadeau de Trump à Poutine. Au lendemain de la levée des sanctions américaines contre le diesel russe, les vingt-Sept ont ajouté 1569 noms à leur liste noire, dont 743 individus et 826 entités. «La plus grande extension» des sanctions depuis l’invasion de l’Ukraine, selon la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas. Plus de la moitié des nouvelles mesures visent la chaîne de production des missiles balistiques russes, alors que Bruxelles cherche à compliquer l’effort de guerre du Kremlin.

France Info (FR)

Il est temps de raconter le monde

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Dans mon radar aujourd'hui

Entre Kyiv et Budapest, l’ambiance se réchauffe, ouvrant la porte vers Bruxelles. Le Parlement ukrainien a adopté une loi élargissant l’usage des langues des minorités nationales de l’UE dans l’éducation, répondant à une revendication de longue date de la Hongrie concernant la communauté magyarophone de Transcarpatie. Le gouvernement hongrois estimait que cette réforme était une condition pour poursuivre les pourparlers d’adhésion à l’UE. Cette avancée a débloqué la tenue de deux nouveaux chapitres de négociations pour l’adhésion de l’Ukraine, aujourd’hui à Luxembourg, en même temps que ceux de la Moldavie.

Ukraïnska Pravda (EN)

Le pape hospitalisé, sa tournée annulée. Léon XIV, 71 ans, sera admis aujourd’hui à l’hôpital Gemelli de Rome pour l’ablation d’un nodule pulmonaire détecté «à un stade très précoce» et jugé «bien localisé». Le Vatican a décommandé toutes ses audiences jusqu’au 20 octobre, sans préciser si cette intervention remet en cause sa tournée prévue en Uruguay, en Argentine et au Pérou du 6 au 17 novembre. Des responsables catholiques latino-américains ont toutefois appelé à poursuivre les préparatifs de cette visite tout en priant pour son «prompt rétablissement».

Le Figaro avec AFP (FR)
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Des employés du McDonald’s attendent dans un sous-terrain la fin de l’alerte aérienne, le 13 septembre 2026. Sergueï SUPINSKY/AFP

Ca m'est arrivé cette semaine

Triste comme un serveur de McDo. Fantassin sur le front est, mineur de charbon du Donbass, contrebandier dans les Carpates, manutentionnaire à Tchernobyl… En Ukraine, il est des métiers plus durs que d’autres. Mais ces temps-ci, il en est de particulièrement ingrats.

Importé à Kyiv par l’oncle Sam, huit ans après la chute du mur de Berlin et six ans après l’indépendance, le premier McDonald’s de l’ex-République socialiste d’Ukraine avait attiré une foule immense à son ouverture. Depuis, les arches jaunes font partie du paysage postsoviétique et ne désemplissent pas.

S’il fallait une preuve que l’Ukraine avait sa place en Europe, elle se trouverait peut-être dans ces arrière-cuisines. Comme à Paris, Varsovie ou Madrid, elles fourmillent d’étudiants qui font les trois-huit pour boucler les fins de mois. J’ai l’occasion de les observer quotidiennement dans le McDonald’s situé juste sous mon bureau. Approchons-nous.

Là, derrière le comptoir, juste en face, une jeune fille de dix-huit ans. Les mains sur un plateau. Des cernes sur le visage. Les yeux dans le vide. Les bips des commandes. Le brouhaha des cuisines. Les frites qui hurlent dans l’huile bouillante, projettent des nuages gras qui viendront coller ses cheveux blonds à sa charlotte moche. L’odeur incrustée dans sa chemisette bleue. Le manager qui la bouscule sans un regard. L’homme qui l’insulte en russe, comptant ses pièces une à une en titubant. Mais ce n’est pas ce qu’elle tente de fuir. Un drone s’approche de Kyiv et elle sait que, dans quelques secondes, les sirènes vont hurler dehors pour la troisième fois depuis le début de son service.

La chaîne de fast-food est l’un des rares commerces à fermer systématiquement ses portes à chaque alerte. Et tous les jours, plusieurs fois par jour, le même ballet recommence. Une équipe de boutonneux, trimballant des tabourets pliants, descend d’un pas mou et abattu vers le métro. Là, ils resteront assis, en bande, casquette sur la tête et casque de commande à l’oreille, jusqu’à la fin de l’alerte. La semaine dernière, l’une d’elles a duré douze heures.

Une fois l’alerte levée, ils doivent se frayer un chemin parmi la foule qui attend déjà devant les portes vitrées, malgré le danger qui rôde encore dans le ciel. Ensuite, il faut relancer les friteuses, rallumer les bornes, relancer les commandes. Et rebelote. Encore et encore.

Depuis deux semaines, chaque matin, je les vois surgir du sous-sol comme une troupe de gnomes épuisés. Lorsque je prends le métro, je les aperçois entassés dans un coin, oubliés de tous, en perdition, s’endormant sur eux-mêmes. Puis, le soir, après une journée ponctuée d’explosions, après huit heures dans la friture, les jambes gonflées à force de piétiner et d’allers-retours aux abris, ils reprendront le métro, l’odeur du graillon toujours accrochée au nez, direction la rive gauche de Kyiv, où les attend un appartement sans eau, sans électricité.

Le lendemain, ils seront de retour. Les doigts dans les Big Mac, le regard ailleurs. À soupirer devant le flot continu d’adolescents affamés et de drones russes.

Mon labo slave

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Une trace de missile Patriot lors d’une interception de missile russe dans le ciel de Kyiv, le 10 octobre 2026. Sergueï SUPINSKY/AFP

Le torchon brûle entre Kyiv et Washington. Appels directs à des hauts gradés, intimidation, mise sous pression… Selon le Kyiv Independent, l’administration Trump aurait menacé hier, en plus de l’arrêt de livraisons d’armes, de réduire le partage de renseignements si l’Ukraine continue ses frappes sur les raffineries russes. De son côté, Zelensky a accepté l’étrange «cessez-le-feu énergétique» annoncé unilatéralement par le président américain, à la condition que Moscou fasse de même… mais la Russie a continué hier à viser des infrastructures énergétiques ukrainiennes.

Kyiv Independent (EN)

Les flamingos de Kyiv, remède miracle contre les fake news russes? La semaine passée, une volée de missiles ukrainiens ont détruit trois centres de données de Yandex, le Google russe. S’en est ensuivie une chute brutale du trafic automatisé, généré par les bots pour de faux profils sur les réseaux sociaux. Un recul de l’activité des réseaux pro-russes, pro-Trump ou favorables à l’AfD, l’extrême droite allemande, a aussi été observé. De quoi nourrir une vague de spéculations: les opérations d’influence russes auraient subi un coup magistral. Mais prudence, disent les experts. Ces données concernent avant tout l’indexation du moteur de recherche russe et ne prouvent pas, à elles seules, un effondrement des bots. En attendant, le Premier ministre lituanien a pressé Kyiv de viser davantage les centres de données de son envahissant voisin.

TV5 Monde (FR)

Pour Helsinki, un bon russe est un russe sédentaire. La ministre finlandaise des Affaires étrangères, Elina Valtonen, a demandé à l’UE de cesser de délivrer des visas Schengen pour les voyages non essentiels des ressortissants russes, malgré l’opposition de pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie. Helsinki réclame aussi des interdictions de visas visant les proches du Kremlin, les personnes sanctionnées, certains athlètes russes et les anciens combattants ayant participé à l’invasion de l’Ukraine. Enfin, elle pousse Bruxelles à modifier le code des visas afin de pouvoir imposer plus rapidement des restrictions contraignantes aux pays jugés hostiles à l’UE.

Kyiv Independent (EN)
En direct de la Trumposphère
Trump, le maître troll qui se fait troller.

La guerre en Iran est un échec, le prix à la pompe est délirant, les élections de mi-mandat approchent. C’est la panique.

Remède: troller la diplomatie internationale et lever les sanctions contre Moscou. Acheter quelques litres de diesel russe, plus pour rassurer l’électorat MAGA que pour soulager l’automobiliste américain. Puis trouver un coupable. Ce sera Zelensky. Le président américain réclame des élections en Ukraine, croyant tendre une perche au Kremlin.

Réponse de Kyiv: très bien, mais il nous faut 60 jours de cessez-le-feu.
Réponse de Moscou: non.

Bilan: des attaques russes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes et des morts. Pas de cessez-le-feu, pas d’élections, pas de victoire à afficher.

Pour quelques gouttes de diesel et quelques points dans les sondages, Trump et les États-Unis se retrouvent, une fois encore, dindons de la farce.

Reuters (EN)

Votre correspondant. Plus ou moins journaliste, plus ou moins photographe, j’aime les pancakes et les bonnes histoires. Historien de formation, aussi organisé que l’armée russe et ponctuel qu’un bus malien, je fuis les lourdeurs de l’administration dans les pays où il n’y en a plus. Après douze palus et trois typhoïdes en Afrique, je redécouvre les saisons en Ukraine.

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