Bonjour, c’est Eric à Hong Kong, une mégapole toujours aussi darwinienne, comme le documente tristement le reportage de CNN sur les «mamies aux cartons», la partie la plus visible des centaines de milliers de travailleurs pauvres.

Ce lundi, je vous parle du pas de deux de l’administration Trump dans ses négociations avec l’Iran, des révélations du Telegraph sur le système de surveillance qui cible les journalistes étrangers en Chine et de la révolution industrielle indienne qui s’accomplit à grands coups de panneaux solaires.

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Éric Sautedé à Hong Kong
25.05.2026

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Les infos que j'ai retenues pour vous

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Donald Trump arrive à bord d’Air Force One sur la base aérienne d’Andrews, dans le Maryland, 22 mai 2026. © Keystone / AP / Alex Brandon

Donald Trump appelle à la patience avec l’Iran. D’une semaine à l’autre, l’on passe de menaces d’oblitération totale à une tempérance constructive. Les Etats-Unis seraient désormais proches de conclure un accord avec l’Iran qui mettrait fin à la guerre, rouvrirait le détroit d’Ormuz et verrait la République islamique renoncer à son stock d’uranium hautement enrichi, tandis que le président américain déclare «ne pas [vouloir] précipiter un accord». Mais, peu avant la publication de votre Point du Jour, Marco Rubio a estimé que Washington pourrait avoir des nouvelles lundi concernant un potentiel accord avec l’Iran.

Associated Press (EN)

Pakistan: un attentat à la bombe contre un train fait au moins 20 morts. Un véhicule piégé a percuté un convoi en gare de Chaman Phatak, à Quetta, la capitale du Baloutchistan, alors qu’il transportait des soldats et leurs familles rentrant chez eux pour l’Aïd. Trois wagons ont été détruits et on dénombre par ailleurs au moins 70 blessés. L’Armée de libération du Baloutchistan (BLA) a revendiqué l’attaque. En mars 2025, des militants de ce mouvement avaient détourné un train en direction de Peshawar et pris plusieurs passagers en otage. Le BLA accuse le gouvernement fédéral pakistanais d’exploiter les riches ressources minérales de sa plus grande province – 44% du territoire national – sans que la population locale n’en voie les dividendes.

BBC (EN)

L’Europe condamne l’utilisation par la Russie du missile Orechnik contre l’Ukraine. Dénoncé par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le déploiement de ce missile balistique à portée intermédiaire dans la région de Kyiv dans le cadre d’une offensive russe de grande envergure menée durant le week-end a été confirmé par le ministère russe de la défense. Pour ce dernier, il s’agissait de représailles après des frappes ukrainiennes contre des «cibles civiles», ce que le gouvernement ukrainien a démenti. Du chancelier Friedrich Merz à Emmanuel Macron, en passant par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, la condamnation est unanime. Plus encore parce que l’usage de ce missile, capable d’atteindre des cibles situées entre 3000 et 5500 kilomètres, inquiète particulièrement les Européens dans la perspective d’un élargissement du conflit.

Euronews (EN)

Il est temps de raconter le monde

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🎙️ Un échange en direct avec Romaine Jean. Après le succès de la première édition de «Nos correspondants en pâture», nous vous invitons à un échange avec Romaine Jean, que vous lisez dans Heidimanche (voir une de ses newsletters).

Elle vous ouvrira les coulisses de l’édition dominicale pour une discussion exclusive en amont des votations fédérales de juin.

🗓 Jeudi 4 juin | 13h - 14h (en ligne)
⚠️ Places limitées — sur inscription

Une rencontre réservée aux abonnés et donateurs de Heidi.news.

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Dans mon radar

Belgrade fait les yeux doux à la Chine… Et vice-versa. Le président serbe Aleksandar Vučić a entamé hier une visite d’Etat de cinq jours à Pékin, qu’il qualifie lui-même de «plus importante de sa carrière» – rien que ça. Au programme: un moment très chorégraphié à la Grande Muraille et surtout le renforcement d’une amitié «en acier» sur la construction d’une «communauté de destin pour la nouvelle ère», la vision très sino-centrée d’un nouvel ordre mondial à laquelle la Serbie est le premier pays européen à avoir souscrit. A Pékin, on souligne que cette visite offre à Belgrade une précieuse marge de manœuvre diplomatique – laquelle, on l’espère aussi, devrait faire des émules.

Global Times (média d’Etat chinois) (EN)
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Saisie écran du site web de Xinhua en français.

Ça m'est arrivé cette semaine

Les habits neufs de Xinhua… Enfin presque. Un ami, qui était de passage la semaine dernière, me parlait de son nouveau travail: il officie pour une des rédactions étrangères de Xinhua, l’agence de presse d’Etat chinoise. Pour lui, oui, bien sûr, c’est avant tout un média à la solde du Parti, mais en même temps, dixit cet ami, «les choses changent, et puis, la presse occidentale est tellement remontée contre la Chine…» Il n’a pas totalement tort, mais bon, il suffit d’aller faire un tour sur le site web de l’agence pour confirmer que la parole du secrétaire général du Parti est d’or et que celle des autres est à peine d’argent. Les changements me semblent largement cosmétiques…

Je le provoque un peu: «Une de mes connaissances de Xinhua m’a dit un jour: tu sais, on a très mauvaise presse, on est même en dessous des journalistes russes, et légèrement au-dessus de ceux de la Corée du Nord… C’est dire si on est bas». Mon ami bougonne: «Ouais, bon, c’est sûr qu’il y a un déficit de crédibilité à l’extérieur, mais il y a des gens qui veulent bien faire, et en Chine même, dès que tu dis que tu viens de Xinhua, toutes les portes s’ouvrent. Si tu parviens à introduire un peu de fantaisie dans le traitement des sujets – bon, je ne fais que des trucs culturels et patrimoniaux – ça peut se révéler très utile, car tes interlocuteurs partiront toujours du principe que tu sais mieux qu’eux ce que veut Pékin».

Intéressant. Ça permettrait donc de casser un peu les codes de la narration – y introduire de l’humour par exemple, comme le fait mon ami. Et l’humour, c’est corrosif dans un pays qui condamne l’usage des blagues, des mèmes et des jeux de mots pour leur incivilité. Donc, d’un côté, les autorités collent à la culotte des journalistes étrangers toujours suspectés de vouloir «ternir l’image de la nation», comme je vous le signale dans mon labo du jour, et de l’autre, elles cooptent d’autres étrangers pour «attendrir» la rigidité de la propagande. Et puis, c’est pratique d’avoir un employé étranger si les choses tournent mal, puisqu’il n’a pas le statut de fonctionnaire…

Ça m’a rappelé, d’ailleurs, que de plus en plus d’influenceurs étrangers étaient invités en Chine pour tenter de donner une image plus «cool» du pays, sorte de soft power 2.0 qui participe de ce que l’on appelle aujourd’hui le Chinamaxxing. Soyons honnêtes, tous les pays font ça, à part peut-être les Américains, mais il faut dire qu’ils ont élu un influenceur à la Maison-Blanche. C’est tellement mieux quand on s’intéresse à vous sans vraiment aborder les sujets qui fâchent. D’ailleurs, comme par hasard, mon ami n’est pas journaliste.

Mon labo chinois

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Saisie écran de la «plateforme de contrôle dynamique des personnels étrangers». / @NetAskari

Quand Pékin tient à l’œil les journalistes étrangers, version 2.0. Découverte par les chercheurs en cybersécurité de l’agence NetAskari, la plateforme numérique que décrit par le menu The Telegraph permet au ministère de la sécurité publique chinois de surveiller en temps réel les étrangers présents sur leur territoire. Croisant les données des 700 millions de caméras de surveillance du pays, visas et applications mobiles, le système cartographie les déplacements, contacts et relations sociales de journalistes, étudiants et époux étrangers de ressortissants chinois. Certains profils, dont celui de la journaliste qui a écrit l’article, sont explicitement marqués comme «traçables».

The Telegraph (EN)

Coup de grisou mortel dans une mine de la province du Shanxi, le plus grave depuis 2009. Au moins 82 mineurs ont péri vendredi dernier dans l’explosion d’une mine de charbon privée. Le président chinois Xi Jinping est intervenu directement, promettant une enquête «sans compromis». Une instruction préliminaire évoque de «graves violations»: tunnels non déclarés, travailleurs sans GPS, etc. Si la fréquence des accidents s’est considérablement réduite au fil des ans en Chine, la pression sur la production charbonnière – renforcée par la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz – pousse les mines à sacrifier la sécurité au profit de la cadence. Les 25 mines de charbon des alentours ont suspendu leurs activités, mais toute restriction de production risque désormais d’aggraver les tensions énergétiques à l’approche de l’été.

Bloomberg via yahoo!finance (EN)

Bientôt un taïkonaute en orbite terrestre longue durée. La fusée chinoise Longue-Marche 2-F a décollé dimanche soir du centre de Jiuquan, dans la province du Gansu, propulsant trois taïkonautes, la version chinoise des astronautes américains et autres cosmonautes russes, vers la station spatiale Tiangong. Pour la première fois dans l’histoire spatiale du pays, l’un d’eux effectuera un séjour d’un an en orbite, afin d’étudier les effets prolongés de l’apesanteur sur l’organisme humain. Parmi l’équipage figure Li Jiaying, ancienne inspectrice de la police de Hong Kong, première représentante de la ville dans une mission spatiale chinoise. A Pékin, on veut croire à un alunissage habité d’ici 2030, alors que Washington table sur 2028.

The Standard (EN)

Une raison d'espérer

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Modules solaires bifaciaux installés à Khavda. © Adani Renewables

En Inde, l’industrialisation à marche forcée du pays se fait à l’énergie solaire. Et c’est une première, bien sûr, puisque la consommation de charbon du pays ne représenterait que 40% de celle de la Chine à un stade de développement économique similaire. La révolution solaire dans le colosse d’Asie du Sud a donc été fulgurante: la capacité installée progresse de 40% par an et dépasse désormais 150 gigawatts. Le parc de Khavda, futur plus grand site solaire du monde avec 30 gigawatts, soit 30 fois la puissance d’une centrale à charbon ou nucléaire classique, illustre cette ambition. Malgré des obstacles majeurs – un réseau électrique vétuste qui gaspille jusqu’à 40% de la production et une dépendance technologique envers la Chine – l’Inde pourrait devenir un modèle pour les économies émergentes.

Yale Environment 360 (EN)
En direct de la Trumposphère
Du en même temps à la sauce Trump

«Nous suspendons pour le moment les ventes d’armes à l’étranger afin de nous assurer de disposer des munitions nécessaires – dont nous disposons en abondance – pour l’exercice Epic Fury

Les propos du secrétaire américain par intérim à la Marine, Hung Cao, ne sont pas passés inaperçus, lors de son audition devant la sous-commission de la défense du Sénat chargée des crédits, jeudi dernier. Pour Taïwan, cela signifie la suspension d’une vente d’armes de 14 milliards de dollars, mais surtout, comme le fait remarquer The Hill, cela contredit tout autant le président Trump que le secrétaire à la guerre, Pete Hegseth. Le locataire de la Maison-Blanche n’avait-il pas évoquer cette suspension comme «moyen de pression» envers la Chine? Et Pentagone Pete n’a-t-il pas chercher à faire taire les bruits de couloir qui faisaient état d’inquiétudes quant au niveau des stocks de munitions? A l’ère de la post-vérité, le journal politique de Washington conclut pourtant à un véritable opportunisme stratégique (en plus de l’ambiguïté…), permettant tout à la fois de ménager la Chine dans la perspective de la visite du président chinois aux Etats-Unis en septembre, et d’effectivement se donner un peu plus de temps pour reconstituer les stocks de missiles, que l’Amérique a pourtant «en abondance».

The Hill (EN)

Votre correspondant. J’ai découvert l’univers chinois dans les années 1980, avant de m’installer à Hong Kong en 1994. Depuis, je m’efforce de rendre cet Orient de moins en moins lointain aussi accessible que compréhensible. Si vous les avez raté, je vous conseille vivement les papiers des journalistes de l’Associated Press, dont Dake Kang, qui viennent d’obtenir un prix Pulitzer pour leur «enquête mondiale stupéfiante sur les outils de pointe de la surveillance de masse, créés dans la Silicon Valley, perfectionnés en Chine et diffusés à travers le monde avant de revenir aux Etats-Unis pour y être secrètement utilisés par les services de surveillance aux frontières américains».

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