Bonjour, c’est Annick à Lausanne, où je me remets du jetlag après deux semaines à Toronto. Car c'est de la plus grande ville du Canada et des projets urbains de Google sur place, fascinants et inquiétants, dont je vais vous parler ce matin.

On revient aussi sur notre thriller climatique «Stand-by», éclairé par une actualité inattendue avec les incendies en Amazonie. Et on vous parle de Heidi.news: si vous voulez devenir membre fondateur, c'est le moment! Nous prolongeons notre offre initiale de quelques jours mais passé le 16 septembre, il ne sera plus possible d'intégrer ce club exclusif ;-)

Annick Chevillot, Lausanne,
le 31.08.2019


Toronto, première ville à basculer dans un cauchemar post-démocratique grâce à Google?

Toronto vue des îles du lac Ontario | Annick Chevillot

Avant de débarquer dans la plus grande ville du Canada, je n'en connaissais que les Maple Leafs. Toronto voue un véritable culte à son club de hockey et, depuis le mois de juin, aux Raptors aussi: les nouvelles gloires du nouveau monde depuis que les basketteurs ont remporté le championnat de NBA. Les deux équipes partagent un stade niché au cœur du centre-ville. Plus que niché, il est enseveli sous les travaux de l'imposant complexe CIBC. C'est là, où bat le cœur de la ville, que Microsoft déménagera son siège social canadien l'an prochain.

Si Microsoft s'installe là, c'est surtout pour pouvoir bénéficier de la présence des «technotalents» (comme les appellent les Québécois) qui n’hésitent plus à délaisser la baie de San Francisco pour des villes plus fascinantes. Les lois anti-immigration américaines, les gesticulations de Donald Trump, le coût de la vie dans la Silicon Valley, mais aussi la présence à l’Université de Toronto de l’un des inventeurs du deep learning, Geoffrey Hinton, rendent les rivages du lac Ontario très attractifs.

Vice Président de Google et à la tête du Brain Team chez Google AI, Geoffrey Hinton embauche de nombreux chercheurs ayant déjà réalisés des contributions marquantes dans le deep learning et ses applications au traitement du langage naturel, de la vision artificielle ou de l’apprentissage par renforcement.

La ville séduit tant qu'elle s'est hissée au troisième rang des meilleurs marchés pour les talents de la tech en Amérique du Nord, juste derrière la baie de San Francisco et Seattle. L'an dernier, c'est Samsung qui a ouvert son centre de recherche en intelligence artificielle à Toronto.

Mais le véritable basculement d'une ville somme toute assez low tech, avec ses magasins de disques vinyle, ses micro-brasseries et ses nombreuses cabines téléphoniques analogiques dans le XXIe siècle pourrait venir d'une autre entreprise américaine: Alphabet, la maison mère de Google. Le géant du net a présenté en juin dernier son projet Sidewalk pour revitaliser le quartier de Quayside, une friche industrielle au bord du lac Ontario. Le projet est pharaonique. Une ville et ses habitants interconnectés dans la ville analogique.

Tout, absolument tout sera connecté à Internet. En dépit d'un emballage de verdure et de constructions en bois alimentées en énergie renouvelables, les trottoirs, les ordures, les bancs publics et les habitants seront reliés au réseau comme nulle part sur terre. Depuis, pas un jour sans que les politiques, les scientifiques, les urbanistes, les universitaires et les médias ne débattent du sujet. Pour les uns, c'est la concrétisation enfin d'un monde où règnera l'intelligence artificielle, dont l’un des papes actuels, Geoffrey Hinton, travaille justement à Toronto.

Pour les autres, sans doute plus nombreux, la municipalité de Toronto et Waterfront Toronto font une erreur historique: ce n'est pas à une entreprise privée de s'emparer d'un domaine public et de proposer des services publics espionnés par ses soins et pour ses propres bénéfices.

Cet été, Roger McNamee, le spécialiste américain du capital-risque que nous interrogions dans le 7e épisode de notre Exploration «Votre cerveau a été piraté», a ainsi écrit une lettre terrible et affolée au conseil municipal de Toronto. «Ce projet de ville intelligente est la version la plus sophistiquée à ce jour de capitalisme de surveillance», a-t-il écrit, suggérant que Google utilisera des «algorithmes pour influencer le comportement humain de manière à faire fructifier ses affaires» et suppliant les fonctionnaires d'abandonner le projet.

Pour l'heure, Quayside est encore une friche industrielle. Pas de capteurs pour optimiser le niveau de bonheur des futurs habitants, ni de robots livreurs de pizza. Mais une Municipalité qui se démène pour faire avancer le projet. Il faut convaincre, alors chaque week-end, des stands d'informations éphémères tentent de présenter le projet sous son meilleur jour: d'ici 2040, 93'000 emplois y seraient créés. 14,2 milliards de dollars canadiens seraient également générés en activité économique chaque année.

Google offre beaucoup pour pouvoir s'offrir son propre labo in situ, y faire travailler ses «technotalents», qui accourent du monde entier, y déménager son siège canadien et soumettre l'humain à une surveillance permanente. La question fondamentale qu'il faut se poser face à un tel projet est: Toronto est-elle en train de signer un pacte faustien?


Sur Heidi.news ce week-end

«Sur le climat et la politique, les romanciers n’osent pas aller aussi loin que la réalité». Dans «Stand-by», une série littéraire signée Daniel Vuataz, Aude Seigne et Bruno Pellegrino, auteurs romands qui font beaucoup parler d’eux, on suit le parcours de jeunes réfugiés climatiques suisses, de l’Italie dévastée par un volcan aux Etats-Unis post-Trump qui profitent de cette crise pour remplacer leurs pauvres noirs par de pauvres blancs. Arrivés à l'épisode 10 sur 20, nous avons demandé à Daniel Vuataz comment il explique que dans une fiction écrite il y a plusieurs mois, on retrouve autant d’échos des événements qui font la Une aujourd’hui.

Heidi.news (A la Une) (FR, Paywall )

Loi volcanique et dictature de la déconnexion «Elles ont éteint la lumière comme pour une soirée pyjama. Je comprends pas comment j’ai fait pour passer à côté de tout ça. C’est énorme, ce qui est en train d’arriver.»
Les premières lignes du 10e épisode de notre thriller climatique «Stand by» sont révélatrices de la catastrophe en cours dans cette fiction. A New York, cinq mois après l’éruption, Florence est sous le choc. Maintenant qu’elle sait qu’Alix n'a pas réussi à s'échapper de Naples dévastée, elle a du mal à se passionner pour les débats sur le statut de réfugié climatique qui agite tant ses amies.

Heidi.news (Les Explorations) (FR, Paywall )

Cinq lectures nord-américaines pour le week-end

Le compte Twitter de Jack Dorsey piraté. Hier après-midi, le compte du patron de Twitter a commencé à publier des messages racistes, blasphèmatoires et des alertes à la bombe. Les posts ont rapidement été supprimés du compte et Twitter a confirmé le piratage.

The New York Times (EN)

Dans les vapeurs de cannabis à Toronto Légalisée en octobre 2018, la vente de cannabis a des fins récréatives réjouit les entrepreneurs. Les agriculteurs se forment et se convertissent. De nouveaux magasins légaux ouvrent tous les mois. Les statistiques fédérales sont étonnantes: ainsi, plus de 40% des consommateurs de marijuana s’approvisionne toujours sur le marché noir. L’offre légale ne suit pas la demande. Dans la ville, la feuille d’érable est remplacée par celle de marijuana sur de nombreuses fresques de street art. Des échoppes proposent des petits déjeuners originaux: fumette - café. Et le nez… Il est en permanence titillé par l’odeur caractéristique de la plante. Un dossier très complet à sur le sujet à découvrir ci-dessous.

Radio-Canada (FR)

Et si vous aviez investi dans le cannabis en 2014? Imaginez-vous en avril 2014. Vous avez 100 dollars canadiens à investir dans un nouveau marché: la production de marijuana thérapeutique. Justin Trudeau, chef du Parti libéral, promet alors de légaliser complètement le cannabis s'il est élu (ce qui est arrivé le 4 novembre 2015). 
Après… Plongez dans cette statistique animée pour voir comment aurait évolué vos 100 dollars. C’est pas très long à lire, mais prenant et ça rend les statistiques financières passionnantes. Moi, j’ai misé sur Aphria. Et vous, vous auriez choisi quelle compagnie?

Radio-Canada (FR)

La crise des opioïdes touche aussi le Canada La journaliste Chantal Lavigne a mené une enquête sur la crise des opiacés au Canada. La publication date de novembre 2018, mais reste d’actualité dans une ville qui n’est pas encore trop touchée par le phénomène, contrairement à Vancouver.

Radio-Canada (FR)

Justin Trudeau sera-t-il réélu le 21 octobre? La campagne pour les élections fédérales de cet automne commence officiellement demain, le 1er septembre. Justin Trudeau est affaibli par l’affaire SNC-Lavalin et son rival principal Andrew Scheer est lui aussi embarrassé par ses positions sur l’avortement. Les semaines à venir s’annoncent «méchantes» entre les deux clans.


Narcity (EN)

C'est pas nous! Hier après-midi, deux journalistes d'un journal romand n’ayant encore jamais rien publié sur notre nouveau média ont tenté de nous joindre d’urgence. Chic, nous sommes-nous dit, nous les intéressons enfin! Ils veulent connaître les offres d’abonnement que nous préparons pour la rentrée après celle de «Membre fondateur»! Ou les grandes lignes du Flux santé dont le lancement est imminent!

Que nenni. Ils voulaient des infos et des réactions sur le scandale d’harcèlement sexuel qui secouait notre rédaction…

Sauf que ces journalistes se trompaient. C’est la marque neuchâteloise de vêtements Heidi.com qui semble filer du mauvais coton, selon une enquête d'Arcinfo. Chez Heidi.news, tout va bien. Déception chez nos interlocuteurs, soudain pressés de raccrocher. Si tout va bien, alors il n’y a rien à écrire.


Vous avez aimé? Partagez:

Séance de rattrapage avec:

le Point du jour de vendredi

Bon week-end!

b696e884-f624-429e-91a6-1af20f5cf9e3.png

Chemin de La Mousse 46
1225 Chêne-Bourg
Suisse