Bonjour, c’est Florent à Nuuk, qui se prépare tranquillement aux élections législatives, quand tous les yeux sont braqués sur l’Iran.
Et ce n’est pas pour déplaire aux Groenlandais, qui redoutent de se retrouver pris dans les phares, le jour où Trump sera lassé du Golfe persique.
Aujourd’hui, on va parler d’un bégaiement américain sur l’Iran, de la Hongrie qui espionne l’Europe en faveur de Moscou et d’une campagne de victimisation russe en Arctique. |
|
Les infos que j'ai retenues pour vous
|
Le président américain Donald Trump s’adresse aux journalistes avant d’embarquer à bord d’Air Force One à l’aéroport international de Palm Beach, en Floride, le 23 mars 2026. Saul LOEB/AFP
|
|
Donald Trump change de cap avec l’Iran.
Le président américain a annoncé hier la prolongation, pour cinq jours, de son ultimatum lancé contre les infrastructures critiques iraniennes. Il a notamment assuré mener de «très bonnes négociations» avec Téhéran. Une affirmation démentie par les autorités iraniennes. Donald Trump avait promis d’»anéantir» jusqu’à 90 centrales électriques si l’Iran refusait d’ouvrir le détroit d’Ormuz. La déclaration a immédiatement dopé les marchés. Téhéran accuse Washington de chercher à faire baisser les prix du pétrole.
BBC (EN)
|
|
Budapest, espionne de Moscou?
L’exécutif européen s’est dit hier «très préoccupé» par les révélations du Washington Post, selon lesquelles Budapest remonterait à Moscou des informations sensibles issues de réunions européennes. D’après le quotidien, le chef de la diplomatie hongroise Peter Szijjarto profiterait de ses pauses à Bruxelles pour appeler son homologue russe Sergueï Lavrov et lui livrer un compte rendu des discussions en temps quasi réel. Une présence fantôme de la Russie «à chaque réunion de l’Union européenne», témoigne une source anonyme.
Washington Post (EN)
|
|
En Italie, premier revers pour Giorgia Meloni.
Le camp du «non» a remporté hier le référendum sur la réforme de la justice avec un peu plus de 50% des suffrages. Une déconvenue pour la Première ministre et pour la droite dure italienne, qui faisait de cette refonte du système judiciaire un marqueur politique. Le projet prévoyait notamment la séparation des carrières de juges et de procureurs, ainsi qu’une révision du fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature. Ses opposants y voyaient une menace contre l’indépendance de la justice.
Le Monde (FR)
|
|
Il est temps de raconter le monde
|
|
Dans mon radar aujourd'hui
|
|
Le Danemark vote à l’ombre de Trump.
Les Danois élisent aujourd’hui leurs députés, après la convocation de législatives anticipées par la Première ministre Mette Frederiksen. La dirigeante sociale-démocrate vise un troisième mandat, misant sur son bras de fer passé avec l’administration Trump au sujet du Groenland et sur l’image de fermeté qu’elle a cultivée depuis le début de la guerre en Ukraine. Mais la majorité est loin d’être acquise. Le Groenland, qui élit deux représentants au Parlement de Copenhague, pourrait faire basculer le scrutin ; soit en envoyant des élus de droite, affaiblissant ainsi Mette Frederiksen, soit en choisissant les indépendantistes de Naleraq. Donald Trump pourrait profiter de telles tensions entre Nuuk et Copenhague.
CNN (EN)
|
|
|
Ca m'est arrivé cette semaine
|
J’ai mangé du narval.
Je n’en suis pas tout à fait fier. Mais ce sera une bonne anecdote à claquer à Noël quand ma tante ressortira pour la centième fois les quelques folies culinaires de sa voyageuse jeunesse. Je pourrai mettre la licorne sur la table. Car oui, pour ceux qui ne le savent pas, le narval est une baleine avec une immense corne. Ou plutôt une dent, qui transperce sa lèvre, on ne sait trop pourquoi. Et si vous vous demandez quel goût ça a: je n’en sais rien. L’animal, une sorte de patatoïde grisâtre et cornu, se cache sous une épaisse couche de peau, collée à une épaisse couche de graisse. Le tout forme la texture caoutchouteuse qui compose le maktaaq, le met le plus raffiné du Groenland, à consommer cru.
Sauf que le mien… j’ai honte… était cuit à basse température sur un barbecue à bois, glacé à la réduction de soja, accompagné de sa graisse en popcorn. Tout un programme. Au final, ça avait le goût du soja fumé. «Cru, c’est assez dégueulasse et dur à bouffer», m’avait balancé le chef danois, qui a mis l’animal au menu pour les touristes friqués plus que par goût de l’aventure culinaire.
Je vous vois venir, avec vos images plein la tête d’expéditions polaires, de chiens de traîneau et de chasse au harpon, à manger de la baleine à corne pour survivre. Mais non. Mon narval à moi m’a été présenté sur une assiette de céramique brute, dans la douceur feutrée d’un hôtel de luxe sur les hauteurs d’Ilulissat, alors que je faisais un reportage sur le tourisme. Ici, l’offre bobo n’a plus de limite.
Enfin si. Pendant le reportage, un couple d’Allemands, longs, élancés et trop propres sur eux (des Allemands quoi) est venu à la rencontre du chef, désirant une expérience en tête-à-tête. «Faites-vous le menu en version végétarienne ?» avait glissé la dame. Le chef s’est décomposé. Car le Groenland, avant d’être de la glace, c’est surtout un caillou. Au-delà du cercle polaire, pas de légumes. Ce qui s’en approche le plus, c’est le flétan. Une herbe ou un champignon pointe parfois le bout de son nez en été, que le chef s’empresse de mettre au congélateur. Pour le reste, le restaurant se veut en circuit court, et de toute façon, les cargos ne s’aventurent pas quand la baie est prise dans la glace.
Il me tarde maintenant de tester le Kiviak: de petits pingouins entiers fermentés dans un phoque évidé… Mais la version avec quinoa, je vous prie.
|
|
Un soldat sur la base militaire russe de Kotelny, au-delà du cercle polaire, en avril 2019. Maxime POPOV/AFP
|
|
Moscou débute sa stratégie de victimisation dans le Grand Nord.
Un an avant l’invasion de l’Ukraine, le narratif russe était le même: l’Occident, par le biais de Kyiv, menaçait la sécurité russe. Cette semaine, la diplomatie russe a accusé l’Occident de transformer l’Arctique en zone dangereuse en y intensifiant sa présence militaire. Selon Maria Zakharova, la porte‑parole du ministère des Affaires étrangères, cette présence accrue ferait grimper le risque d’un accrochage armé. La Russie dit vouloir préserver la paix et la stabilité dans une région devenue stratégique, tout en multipliant ses bases militaires aux abords de la Scandinavie.
Reuters (EN)
|
|
Le Danemark s’est secrètement préparé à une invasion américaine du Groenland.
Des soldats danois, accompagnés d’alliés européens, ont été déployés dans l’île en janvier avec des poches de sang et la consigne de «faire le plus de pertes possible» dans les rangs américains. Une indication du sérieux avec lequel les capitales européennes ont pris les menaces de Donald Trump. Selon la chaîne publique danoise DR, Copenhague avait également constitué des stocks d’explosifs destinés à détruire les pistes de Nuuk et de Kangerlussuaq, et préparé la coupure de toute logistique fournie à Washington. À Nuuk, nombre de résidents anticipent de nouveaux développements d’ici l’été, lorsque la fonte des glaces facilitera l’accès à l’île.
DR
|
|
Il ne faut pas oublier les Svalbard.
Sur cet archipel norvégien, il est obligatoire de sortir armé des zones urbaines pour se protéger d’éventuelles attaques d’ours polaires. Mais depuis l’invasion de l’Ukraine, ce ne sont pas les plantigrades qui collent les jetons. Moscou y exploite son accès légal pour affirmer une présence stratégique, s’appuyant sur des décennies d’investissements dans l’Arctique : bases, sous-marins nucléaires, flotte de brise-glaces. À la clé, des frictions de plus en plus fréquentes avec l’OTAN autour de l’archipel, pourtant officiellement dépourvu de toute activité militaire. Avec le recul de la banquise et l’ouverture de nouvelles routes maritimes, l’équilibre fragile établi par le traité du Svalbard se délite. La Russie mise sur ses atouts, tandis que l’Alliance s’efforce de combler un retard capacitaire, dans un contexte déjà saturé par la guerre en Ukraine et la crise iranienne.
Deutsch Welle (EN)
|
|
|
Quand des bureaux deviennent refuges.
À Saint-Jean-de-Braye (centre de la France), Jean-Pierre, 50 ans, transforme chaque soir l’austère salle de réunion d’une entreprise en petit studio. Il déplie son canapé-lit, lance sa kitchenette et prend une douche. Il y a encore quelques semaines, faute de place en hébergement d’urgence, cela lui était impossible. Un progrès qu’il doit à l’association Bureaux du Coeur, qui encourage les sociétés à ouvrir des locaux inoccupés, près de 70% du temps, pour accueillir, durant trois à six mois, des personnes en situation précaire. Après une rupture et la perte de son emploi, Jean-Pierre s’était retrouvé à la rue. Hébergé au sein de l’entreprise, il dit avoir retrouvé «stabilité» et «énergie». Il a pu décrocher un nouveau travail.
Le Parisien (FR)
|
|
|
De la bonne et saine relation entre Bibi et Donald.
Si Trump aime clamer qu’il est maître de ses décisions, Reuters nous rappelle qu’il lui faut parfois un petit coup de pouce. Dans une enquête, le média britannique affirme que le maître de la Maison-Blanche aurait donné son feu vert pour attaquer l’Iran juste après un appel de Benjamin Netanyahu, qui l’aurait convaincu que l’occasion d’éliminer Khamenei était «historique».
Trump assure que la décision venait «uniquement de lui», et Netanyahu qu’il n’a «poussé» personne. Mais la décision militaire semble avoir été déclenchée moins par une doctrine personnelle que par une opportunité présentée au bon moment.
Pendant ce temps, l’Iran a riposté, la région s’est embrasée, les alliés paniquent, les marchés s’envolent et la succession de Khamenei a porté au pouvoir un dirigeant encore plus hostile à Washington. Une belle action diplomatique, qui montre qu’en 2026, un simple coup de téléphone peut, parfois, peser plus lourd qu’un Conseil national de sécurité tout entier.
Reuters (EN)
|
|
|
Votre correspondant.
Plus ou moins journaliste, plus ou moins photographe, j’aime les pancakes et les bonnes histoires. Historien de formation, aussi organisé que l’armée russe et ponctuel qu’un bus malien, je fuis les lourdeurs de l’administration dans les pays où il n’y en a plus. Après douze palus et trois typhoïdes en Afrique, je suis allé prendre un peu de repos en Ukraine. Je suis maintenant au Groenland, où je dois choisir la meilleure façon de me faire poursuivre en justice par le WWF: nems de phoque ou curry de baleine (véridique)?
|
|
|
|
Avenue du Bouchet 2
1209 Genève
Suisse
|
|
|
|