Bonjour, c’est Eric à Hong Kong, où l’on vient d’apprendre que le magnat de la presse Jimmy Lai, reconnu coupable d’actes tombant sous le coup de la loi sur la sécurité nationale, a écopé de 20 ans de prison.
Ce lundi, je vous parle du week-end électoral très chargé au Japon, en Thaïlande et au Portugal, avec des enjeux et des contextes très différents, et puis du travail législatif en Chine, certes moins ouvert démocratiquement, mais tout aussi important pour un gouvernement qui doit se montrer efficace.
Bonne nouvelle venant de l’OMS: 40% des cancers qui nous touchent seraient en réalité évitables. |
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Les infos que j'ai retenues pour vous
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Sanae Takaichi, première ministre du Japon et présidente du Parti libéral-démocrate, appose des épinglettes portant les noms des candidats qui ont remporté les élections à la Chambre basse, au siège du parti à Tokyo, dimanche 8 février 2026. © Keystone / AP / Kim Kyung-Hoon
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Japon: victoire écrasante du Parti libéral-démocrate (PLD) aux élections de la chambre basse du parlement.
Historique même, puisque c’est la première fois depuis que le PLD a été créé en 1955 que la formation de Sanae Takaichi remporte une majorité des deux-tiers. La première ministre devrait donc avoir tout loisir de faire avancer rapidement son programme politique particulièrement conservateur. En passant de 198 sièges à plus de 310 – sur un total de 465 –, son parti aura même la possibilité de modifier la Constitution – et notamment le fameux article 9 qui postule que «le peuple japonais renonce à jamais à la guerre». Le gouvernement pourra également faire promulguer des projets de loi en dépit de sa position minoritaire à la Chambre des conseillers, la chambre haute de la Diet. La victoire est largement attribuée à la popularité de Sanae Takaichi, et permet au PLD de laver l’affront de la défaite aux élections de 2024.
The Asahi Shimbun (EN)
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Le parti du premier ministre Anutin Charnvirakul remporte une victoire éclatante en Thaïlande.
Les résultats ne sont pas encore définitifs, mais la Commission électorale centrale a déjà fait savoir que le Bhumjaithai aurait remporté 175 sièges sur un total de 400 mis en jeu au scrutin majoritaire à un tour. Le principal parti d’opposition, le Parti populaire progressiste aurait obtenu 85 sièges, et le parti Pheu Thai, appareil de la famille de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, 60 sièges. Le parti Klatham, allié potentiel du gouvernement, devrait remporter 56 sièges. Cent autres sièges de la Chambre des représentants sont attribués à la proportionnelle, en fonction du nombre de voix obtenues à l’échelle nationale, ce qui devrait permettre à la coalition au pouvoir d’obtenir au final plus de 300 sièges sur 500, et donc à Anutin d’être facilement renommé premier ministre. Combo gagnant pour séduire un électorat en quête de stabilité et de sécurité: l’annonce de mesures sociales généreuses, un discours nationaliste fort ayant su capitaliser sur les tensions frontalières avec le Cambodge et une forte implantation provinciale ayant su exploiter l’influence des puissants clans politiques du pays.
Channel News Asia (EN)
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Le socialiste Antonio José Seguro, futur président du Portugal.
Avec 66,8% des suffrages, le candidat de la gauche modérée, auquel les caciques du centre-droit avaient appelé à se rallier, devance donc largement son rival d’extrême-droite André Ventura dans ce duel du second tour de l’élection présidentielle. Une victoire saluée notamment par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui a souligné la «résilience démocratique remarquable» du peuple portugais et le fort message de soutien adressé aux «valeurs européennes communes». Ventura parvient néanmoins à faire progresser ses soutiens, puisque plus de 1,7 million d’électeurs l’ont choisi au second tour, contre un peu plus de 1,4 million de voix pour son parti Chega lors des législatives de mai dernier. Un président de gauche, un premier ministre de droite et une opposition parlementaire principale d’extrême droite…
France 24 (FR)
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La civilisation «judéo-chrétienne» est-elle une imposture? Comment et pourquoi nos racines européennes, que l’on disait «gréco-romaines», sont elles soudainement devenues «judéo-chrétiennes»? C’est le sujet de dernier ouvrage de Sophie Bessis, invitée par la bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne. Réponse courte: pour se laver de la honte de la Shoah et afficher défense inconditionnelle de l’État d’Israël.
L’entretien sera mené par Serge Michel, rédacteur en chef de Heidi.news.
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Visite officielle de quatre jours du président israélien Isaac Herzog en Australie.
Celle-ci a commencé ce matin par le dépôt d’une gerbe et de pierres, selon la tradition juive pour symboliser la persistance du souvenir et le poids de la perte, en hommage aux victimes de l’attentat terroriste de Bondi Beach, à Sydney. Le président israélien a été invité par le gouverneur général et le premier ministre à se joindre à la communauté juive en deuil suite aux pertes humaines du 14 décembre, lors de la fête de Hanoukka. Par delà ses rencontres officielles, Isaac Herzog participera également à d’importants événements avec les dirigeants de la communauté juive australienne. Mais sa visite divise, puisqu’une lettre ouverte signée par plus de 1000 Australiens de confession juive ne «le juge pas bienvenu», notamment parce qu’il figure parmi les dirigeants israéliens identifiés par une commission d’enquête de l’ONU comme ayant incité au génocide à Gaza.
Australian Broadcasting Corporation (EN)
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Ça m'est arrivé cette semaine
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Vingt ans de prison.
C’est donc la très lourde peine dont vient d’écoper ce matin Jimmy Lai, l’ancien patron de l’Apple Daily, sous le coup d’une condamnation prononcée en décembre pour avoir comploté afin de favoriser une collusion avec des forces étrangères et s’être livré à des actes de sédition, dans le seul but, avaient dit les juges, de «déstabiliser le gouvernement» hongkongais, mais aussi chinois. On ne s’attendait pas vraiment à connaître cette peine juste avant le Nouvel An lunaire, trêve des festivités oblige, mais beaucoup craignaient une sanction exemplaire. Comme à chaque fois lors de la reprise du procès, de longues files d’attente s’étaient formées la semaine dernière à l’extérieur du tribunal de première instance de West Kowloon, où un peu moins de 500 places – très vite prises – étaient disponibles.
Il risquait jusqu’à la perpétuité, mais la peine est néanmoins lourde, très lourde même pour un homme de 78 ans qui vient déjà de passer plus de cinq ans en prison depuis son arrestation en 2020, et qui se justifie, aux yeux des juges, par la «gravité extrême» des actes de celui qui est désigné comme «le cerveau» de complots en vue de mettre en danger la sécurité nationale – rappelons-le, pour quelques messages subversifs sur des boucles de messagerie et des éditos intempestifs. S’il effectue sa peine dans son entièreté, c’est-à-dire s’il ne bénéficie pas d’une remise pour bonne conduite – la loi sur la sécurité nationale est très restrictive – sa date de libération la plus proche interviendrait en 2044, soit à l’âge de 96 ans. Les juges ont en effet estimé que sa condamnation antérieure à 5 ans et neuf mois de prison pour des actes de «nature entièrement différente» impliquait qu’il purge consécutivement une peine de 18 ans (sur 20).
Les six anciens employés de l’Apple Daily qui avaient plaidé coupable ont, quant à eux, été condamnés à des peines allant de six ans et neuf mois à dix ans de prison – le rédacteur en chef Ryan Law, le directeur de la rédaction Lam Man-chung et l’éditorialiste Fung Wai-kong écopant tous de dix ans.
Plusieurs organisations internationales de défense des droits humains et des journalistes ont immédiatement réagi: Reporters sans frontières dénonçant une «condamnation-mascarade», le Comité pour la protection des journalistes y voyant «un coup fatal porté à la liberté de la presse à Hong Kong» et Human Rights Watch qualifiant la peine de «condamnation à mort».
Ce matin, au tribunal, dans les gradins publics où siégeaient de nombreuses figures connues, c’était surtout la consternation.
Hong Kong Free Press (EN)
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Un livreur fait une pause sur son scooter à Shanghai, le 28 avril 2025. © Keystone / EPA / Alex Plavevski
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Shanghai: le social au cœur des politiques publiques.
En amont des deux grandes sessions parlementaires nationales à Pékin début mars, se tiennent en ce moment les «deux sessions» locales, déclinées à l’échelle de toute la Chine. Et les travaux de ces assemblées, qu’elles aient des pouvoirs véritablement législatifs ou simplement consultatifs, donnent le cap des orientations à venir. A Shanghai, les mesures annoncées sont ambitieuses et concernent avant tout le bien-être de la société: extension de la couverture sociale pour les travailleurs précaires, renforcement des réglementations concernant le tourisme médical dans sa version traditionnelle, allongement du congé paternité et bien sûr meilleure prise en charge des plus de 60 ans, lesquels représentent aujourd’hui plus du tiers de la grande métropole du bas-Yangzi.
Sixth Tone (EN)
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Voyeurisme 2.0 dans l’intimité des chambres d’hôtels chinois.
En 2023, un Hongkongais découvre, horrifié, que sa nuit d’amour dans un hôtel de Shenzhen a été filmée à son insu et diffusée sur des plateformes pornos clandestines. Ce phénomène de «spy-cam porn», florissant en Chine malgré son illégalité, exploite des milliers de victimes via des caméras cachées dans les chambres. Les réseaux sociaux et apps de messagerie, singulièrement Telegram, monétisent pour quelques dollars ces livestreams payants qui viennent ensuite enrichir des archives de plus en plus conséquentes. Malgré le durcissement des réglementations en avril 2025, obligeant notamment les propriétaires d’hôtels à vérifier régulièrement la présence de caméras cachées, le phénomène prospère puisque la BBC vient de mettre au jour des milliers de vidéos récentes. Au grand dam des victimes, obsédées par la peur d’être reconnues, qui se démènent pour effacer les fichiers les concernant.
BBC (EN)
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Les taxis autonomes seront chinois dans le Golfe.
Les entreprises chinoises WeRide, Baidu et Pony.ai dominent le marché des robotaxis au Moyen-Orient, devançant les Américains Waymo et Cruise, qui demeurent timorées dans leurs ambitions internationales. WeRide, de son côté, vient de remporter un contrat exclusif à Ras el Khaïmah, l’un des sept Emirats arabes unis, pour moderniser son réseau de transport avant l’ouverture d’un casino en 2027, tandis que Baidu veut mettre en circulation 1000 véhicules autonomes à Dubaï d’ici 2028. Les conditions climatiques idéales, les infrastructures adaptées et le soutien des gouvernements locaux désireux de transformer leur image favorisent cette expansion. Les entreprises chinoises misent sur la souveraineté des données et des partenariats flexibles, transformant ainsi la région en laboratoire mondial de la mobilité autonome.
Rest of World (EN)
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Quatre cas de cancer sur dix pourraient être évités à l’échelle mondiale.
Selon une étude conjointe de l’Organisation mondiale de la santé et du Centre international de recherche sur le cancer portant sur 30 causes de cancer évitables, ce serait donc plus de 7 millions de nouveaux cas qui pourraient être évités. Le tabagisme (15% des cas), les infections (10%) et l’alcool (3%) demeurent les facteurs les plus importants, avec des disparités régionales et entre les sexes. Les cancers du poumon, de l’estomac et du col de l’utérus représentent néanmoins près de la moitié des cas évitables dans le monde, chez l’homme et la femme. Le cancer du poumon est principalement lié au tabagisme et à la pollution de l’air, le cancer de l’estomac est en grande partie attribuable à l’infection à Helicobacter pylori et le cancer du col de l’utérus est dû au papillomavirus humain dans l’immense majorité des cas. Pour les chercheurs, le potentiel en termes de prévention est donc énorme.
Medical News Today (EN)
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En direct de la Trumposphère
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L’art du déni
«A partir de quel moment sommes-nous entrés dans la Trump economy? Je dirais que nous y sommes déjà. J’en suis très fier.»
L’appropriation que fait Donald Trump de l’économie américaine, provoquée par la question du journaliste de NBC Tom Llamas, a de quoi faire sourire, d’autant qu’elle est proférée dans un contexte particulier. Avec le maximum d’audience, puisque l’entretien réalisé mercredi dernier dans le bureau ovale a été diffusé hier pendant le Super Bowl. Cela alors que les sondages sur le regard porté par les Américains sur la gestion de l’économie par l’administration Trump sont au plus bas: selon NPR/Marist/PBS, ce serait dorénavant 59% d’entre eux qui la désapprouvent! Et puis chaque affirmation de l’occupant de la Maison-Blanche s’avère être au final au mieux une demi-vérité et plus souvent qu’à son tour un mensonge pur et simple. S’agissant de l’économie seulement, les inexactitudes et faussetés viennent se nicher dans les chiffres de l’inflation, de l’emploi, des investissements et de la croissance… Ne manque que le commerce pour un bingo de l’affabulation gagnant!
NBC (EN)
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Votre correspondant.
J’ai découvert l’univers chinois dans les années 1980, avant de m’installer à Hong Kong en 1994. Depuis, je m’efforce de rendre cet Orient de moins en moins lointain aussi accessible que compréhensible. A lire dans la version internationale de Der Spiegel, sous un format whodunit, cette superbe exploration de la communauté chinoise de Prato, en Toscane, sur fond de rivalités entre triades dans le plus grand centre européen de la fast fashion.
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Avenue du Bouchet 2
1209 Genève
Suisse
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