Bonjour, c’est Eric à Hong Kong, où se tiennent toujours les auditions de la commission d’enquête sur le gigantesque incendie de Tai Po (168 morts en novembre 2025). Multiples négligences ou défaillances systémiques?
Ce lundi, je vous parle du raz-de-marée qui a balayé Viktor Orban du pouvoir en Hongrie et de la visite en Chine de Cheng Li-wun, cheffe de l’opposition taïwanaise. Le prix du baril, lui, flambe à nouveau avec l’annonce du blocus des ports iraniens par l’armée américaine. |
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Les infos que j'ai retenues pour vous
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Peter Magyar, chef du parti d’opposition Tisza, brandit le drapeau hongrois après l’annonce des résultats des élections législatives à Budapest, dimanche 12 avril 2026. © Keystone / AP / Denes Erdos
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Fin de règne pour Viktor Orban.
Une «défaite douloureuse», selon les propres mots de l’intéressé, à la tête de la Hongrie depuis 16 ans, éconduit lors des élections législatives d’hier. Le parti d’opposition Tisza obtient une majorité supérieure aux deux tiers, soit 138 sièges sur les 199 du parlement hongrois, ce qui lui permettra de transformer en profondeur le cadre constitutionnel et institutionnel du pays. Avec 77,8%, la participation est à son plus haut niveau depuis 1989. Grand vainqueur de ces élections, le conservateur pro-européen Peter Magyar a déclaré hier soir: «Aujourd’hui, le peuple hongrois a dit oui à l’Europe», avant de promettre de rétablir les contre-pouvoirs et de garantir «le fonctionnement démocratique» du pays, une tâche qualifiée d’«énorme».
France 24 (FR)
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Pedro Sanchez en Chine: vers un rééquilibrage de la relation avec l’Europe.
Le premier ministre espagnol a entamé ce matin une visite de trois jours en Chine, visant à renforcer les échanges commerciaux et à positionner l’Espagne comme porte d’entrée européenne pour Pékin. Madrid mise sur l’agroalimentaire et la tech pour réduire son déficit commercial record (42,3 milliards d’euros en 2025). De son côté, la Chine voit dans l’Espagne un hub stratégique vers l’Europe et l’Amérique latine. Cela n’a pas empêché la franchise: le premier ministre espagnol a pointé l’excédent commercial «intenable» de la Chine avec l’Union européenne (UE), source, à ses yeux, de «souffrances sociales» et de poussées «isolationnistes» sur le continent européen. «L’UE fait sa part, a-t-il ajouté. Nous avons besoin que la Chine fasse de même. Qu’elle s’ouvre pour que l’Europe n’ait pas à se replier sur elle-même.»
Le Parisien (FR)
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Présidentielle au Pérou: un premier tour sous tension.
Le pays a voté hier pour élire son 9ᵉ président en dix ans, dans un climat de défiance envers les institutions et de criminalité galopante. Avec 35 candidats et aucun capable de franchir le seuil de 50% nécessaire pour être élu au premier tour. Selon les sondages sortie des urnes, Keiko Fujimori (droite populiste) mène avec 16%, talonnée par Rafael Lopez Aliaga (ultra conservateur) et Roberto Sanchez (gauche). Plusieurs bureaux n’ont pas pu ouvrir, privant 63’000 électeurs de leurs droits et contraignant à la réouverture de bureaux de vote aujourd’hui. La corruption et l’insécurité ont dominé les préoccupations, tandis que les propositions radicales de certains candidats – comme la construction de prisons dans la jungle, entourées de serpents venimeux – ont reflété une déconnexion entre l’offre politique et les attentes de la population.
RFI (FR)
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Il est temps de raconter le monde
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Le blocus américain des ports iraniens débute aujourd’hui.
Plus exactement à 10h, heure de New York, donc 16h à Genève. Suite à une annonce de Donald Trump, le Commandement central américain instaure donc un blocus interdisant tout trafic maritime entrant dans ou sortant des ports iraniens, y compris dans le golfe Persique et le golfe d’Oman. Mesure «impartiale» – sans exception, quel que soit le pavillon du bateau –, qui épargne cependant les navires transitant vers des terminaux non-iraniens via le détroit d’Ormuz. L’annonce a fait flamber les cours du pétrole hier, le brut américain a grimpé de 8% (104,24 dollars) et le Brent de 7% (102,29 dollars).
ABC News (EN)
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Ça m'est arrivé cette semaine
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Parler d’Europe.
En ce moment, j’ai un peu la tête dans le guidon avec ma fin de semestre à la fac. Lecture et ultimes recommandations pour des mémoires de fin d’études. Rattrapage des séances qui ont sauté ces deux derniers mois. Correction des partiels. Organisation des examens de fin de session. Dernières invitations d’intervenants extérieurs. Etc, etc.
Et puis, vu l’état du monde contemporain, j’ai intérêt à arriver bien préparé en cours car mes étudiants de «European politics» ne me lâchent pas d’une semelle, plus encore quand il s’agit d’aborder les questions de défense et de solidarité européenne en matière de politique étrangère. Ou bien sûr d’envisager la beauté contractualiste d’une institution hybride, supposée reposer sur des valeurs de respect des droits humains et de tolérance, sur fond de montée en puissance de l’extrême droite et de ses accents xénophobes qui contaminent tout le continent, de Stockholm à Rome et de Paris à Budapest. Heureusement, ce matin, il y a eu les résultats des législatives en Hongrie.
Un de mes étudiants en échange, qui se spécialise en questions européennes, m’a d’ailleurs abordé après une séance en me disant: «J’apprécie vraiment votre cours parce que vous êtes l’un des rares, sinon le seul ici, à montrer un quelconque enthousiasme pour la politique en Europe. Et ça me donne des idées pour contrer tous les discours ambiants, particulièrement négatifs sur l’Europe, côté profs, mais aussi côté étudiants». Ça m’a flatté, bien sûr – il n’aura pas une meilleure note pour autant, et il n’en a pas besoin – mais surtout ça m’a fait me rendre compte que j’exerçais forcément une influence normative.
La semaine passée, à une question particulièrement brute de décoffrage sur le rapport entre «immigration et délinquance en Europe», j’ai répondu par une pirouette sociologique, et surtout en indiquant que la plus préjudiciable des délinquances, celle qui pénalisait le plus fortement toute la société, était avant tout «la délinquance en col blanc», et que celle-là, comme par hasard, était largement «de souche», de nos bonnes élites sociales et professionnelles bien de chez nous.
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Cheng Li-wun, la présidente du principal parti d’opposition taïwanais, et le président chinois Xi Jinping à Pékin, le 10 avril 2026. © Keystone / EPA / Kuomintang
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Vers une nouvelle ligne de fracture au sein du parti nationaliste à Taïwan?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la présidente du Kuomintang, Cheng Li-wun, a été traitée avec tous les honneurs lors de sa visite en Chine, du 7 au 12 avril. Et les autorités pékinoises en ont été payées de retour, puisque celle que l’on moque parfois sous le sobriquet de «déesse de l’unification» n’a pas hésité à reprendre la vulgate communiste selon laquelle ce sont les «forces impérialistes» qui imposent la séparation de l’île rebelle de la mère patrie. Ce glissement rhétorique, inédit de la part d’une dirigeante du vieux rival du Parti de Mao, laisse entrevoir une quasi-convergence idéologique avec Pékin. Au point de mettre la démocratie taïwanaise en danger si Cheng remporte la présidence en 2028? Les mots doux n’ont pas, pour le moment, empêché l’Armée populaire de libération de doubler ses manœuvres navales au large de Taïwan.
Asia Times (EN)
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Perspectives chinoises sur la guerre israélo-américaine en Iran.
Le tout en cinq points essentiels: une réelle inquiétude vis-à-vis des risques d’escalade, de façon plus aigüe encore pour un pays qui place la stabilité au pinacle; une stratégie iranienne avant tout perçue comme réactive et défensive; une hégémonie américaine comprise tout autant comme une cause qu’une victime de cette guerre – tout sera bientôt à reconstruire; des conséquences aux antipodes des intentions des fauteurs de troubles; et la redéfinition d’un ordre mondial nécessairement placée sous le signe de la multipolarité.
The China-MENA Newsletter (substack) (EN)
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A Kunming, le stand-up trouve sa voix.
En plein cœur de la province du Yunnan, le club More Than Comedy incarne la métamorphose du stand-up en Chine. Née il y a dix ans d’une culture marginale, cette scène comique a conquis la capitale provinciale, loin des métropoles de Shanghai ou de Pékin. Fondé par deux associés, le club a transformé des angoisses quotidiennes –stress au travail, pression familiale – en carrières pour une vingtaine d’humoristes locaux, dont beaucoup de femmes. Les débuts furent chaotiques: des salles quasi-vides, des spectateurs silencieux, des comédiens arpentant les rues pour attirer un public, etc. Aujourd’hui, ils affichent complet. Leur force? Des sketches ancrés dans le quotidien du cru qui résonnent auprès d’un public désespérément en quête de rire et de vérité.
Sixth Tone (EN)
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La Chine bientôt le premier producteur mondial d’énergie nucléaire.
Avec 62 réacteurs actifs, 39 en construction et 11 approuvés, sa capacité totale atteint 125 GW, ceux en construction représentant à eux seuls plus de la moitié de la capacité mondiale. Et, entre 2022 et 2025, quelque 41 nouveaux réacteurs ont obtenu leur autorisation de mise en chantier, pour un investissement de 800 milliards de yuans (92 milliards de francs suisses). Cette expansion, motivée par la sécurité énergétique et les objectifs de neutralité carbone, a renforcé une filière industrielle dont les machines critiques et les matériaux essentiels sont conçus, fabriqués et fournis localement à hauteur de 90%. Plus près de moi, la centrale de Daya Bay, en service depuis 32 ans, alimente Hong Kong d’un quart de ses besoins en électricité.
Yicai Global (EN)
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© Usbek & Rica
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France: lutte contre le pillage des contenus culturels par l’IA générative.
Et la proposition de loi visant à lutter contre ce «pillage» a de fortes chances d’aboutir sous une forme ou une autre, puisqu’elle a été adoptée à l’unanimité par le Sénat le 8 avril. Le texte vise à instaurer une «présomption d’utilisation de contenus protégés», inversant la charge de la preuve afin de contraindre les entreprises d’intelligence artificielle à rémunérer les créateurs. Une proposition qui vient compléter l’«AI Act» européen de 2024 (pleine application en 2026), qui impose déjà une transparence sur les données d’entraînement et le respect du droit d’auteur (opt-out). En mars, le Parlement européen a par ailleurs adopté le rapport Voss, qui appelle à davantage de transparence et au développement de licences négociées entre acteurs de la tech et ayants droit.
Usbek & Rica (FR)
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En direct de la Trumposphère
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Poutine, médiateur de paix
C’est lui qui le dit, ou plutôt la voix officielle du Kremlin, mais c’est quand même le comble. Le président russe aurait ainsi dit à son homologue iranien, Massoud Pezeshkian, lors d’un appel téléphonique hier, qu’il était prêt «à faciliter davantage la recherche d’un règlement politique et diplomatique du conflit et à jouer un rôle de médiateur dans les efforts visant à instaurer une paix juste et durable au Moyen-Orient».
L’échec des négociations menées par JD Vance à Islamabad autorise donc le maître du Kremlin à offrir ses bons offices. Le va-t-en-guerre devient le médiateur de paix, comme une image inversée de celui qui se disait le plus grand faiseur de paix – 8 ou 9 règlements, j’ai perdu le compte – et qui n’en finit plus de s’extasier à l’idée de faire parler les canons de la «force irrésistible» de l’armée «la plus puissante du monde».
AFP (via The Moscow Times) (EN)
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Votre correspondant.
J’ai découvert l’univers chinois dans les années 1980, avant de m’installer à Hong Kong en 1994. Depuis, je m’efforce de rendre cet Orient de moins en moins lointain aussi accessible que compréhensible. Cela devient à l’évidence de plus en plus compliqué de faire du China watching aux Etats-Unis, et le problème, comme nous l’explique très bien Arthur Kaufman, qui vient de perdre son job au China Digital Times, c’est que l’administration Trump ne se contente pas de couper les financements, elle veut aussi imposer sa perspective aux études chinoises. Des mécanismes de contrôle très proches de ceux de la Chine…
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Avenue du Bouchet 2
1209 Genève
Suisse
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