Je partage | Je m'inscris

Bonjour, c’est Serge, rédacteur en chef de Heidi.news, pour vous parler de notre nouvelle enquête «Les enfants de Manille et les prédateurs suisses».

Elle n’a, hélas, rien de réjouissant.

D’un côté, les Philippines sont depuis 50 ans une destination majeure pour les pédophiles. De l’autre, le Covid et Internet ont déplacé ces activités en ligne. La violence, pour les enfants victimes, n’est pas moindre. Notre journaliste les as rencontrés, traumatisés à vie.

Quant à la punition des prédateurs, si punition il y a, elle est très légère. L’Argovien coupable des abus sur les enfants que nous avons interrogés n’a pris qu’une peine symbolique, «faute de preuve» dit la justice suisse.

Des preuves, notre enquête en apporte.

photo journaliste

Serge Michel, Genève

26.02.2026

Vous aimez ce que vous lisez? Soutenez-nous en vous abonnant!

Le boom de la pédopornographie en ligne

Photo article

Alyssa Babasa pour Heidi.news

🌐 Retrouvez l’Exploration en ligne 🌐

🇨🇭La Suisse compterait quelque 90’000 pédophiles, à en croire les études de prévalence. Ceux qui passent à l’acte ne le font pas tous sur le sol helvétique.

🇵🇭 Dix mille kilomètres plus loin, aux Philippines, 500’000 enfants ont été abusés afin de produire du matériel à caractère sexuel, selon l’Unicef.

Notre journaliste Julie Zaugg, basée à Londres, a reçu il y a quelques mois un dossier avec des messages WhatsApp détaillant les actes qu’un pédocriminel argovien qui se fait appeler «Daddy Dave» a fait subir par livestream à trois enfants aux Philippines.
Elle est allée les voir, dans un refuge près de Manille. Ils étaient dans une chambre capitonnée. Les sanglots, les râles, les cris de rage étaient insoutenables, témoignant de la douleur internalisée par ces victimes d’abus sexuels.
Ce sont le plus souvent les parents (surtout les mères) qui exposent leurs enfants à ces pratiques, parce que c’est un revenu facile dans un contexte de très grande pauvreté.

☝️Les autorités des Philippines n’ont que des moyens limités pour lutter contre le phénomène. Elles se plaignent de l’inaction des pays européens, y compris la Suisse.

L’Argovien incriminé a refusé de nous parler. Son profil: 57 ans, taciturne et isolé, amateur d’armes et d’enfants asiatiques. Il n’a écopé que d’une amende et d’une peine pécuniaire avec sursis. 

Tout a commencé dans les années 70 autour d’une base militaire américaine à deux heures de Manille.

«La ville était devenue un bordel géant, avec de nombreuses jeunes filles mineures victimes de ce trafic», nous a dit un prêtre qui a connu cette époque et abrite désormais des enfants abusés.
Plus tard, les pédophiles ont commencé à publier leurs méfaits en ligne. Notamment l’Australien Peter Scully, dont une vidéo montre une fillette de cinq ans se faire violer, verser de la cire sur ses parties intimes et torturer avec des barbelés.
Il a été arrêté en 2015. La police a découvert alors les restes d’une fillette de 12 ans sous son plancher.

Suite au Covid, qui les a mis au chômage, des parents aux Philippines se sont mis à vendre leurs enfants en ligne, allant jusqu’à les violer devant la caméra de leur téléphone si le client étranger le demandait.

Combien ça rapporte?

Le coût d’un livestream est entre 500 et 50’000 pesos (entre 7 et 680 francs), selon le nombre d’enfants, leur âge et les actes demandés.
Les familles peuvent ainsi gagner jusqu’à 10’000 pesos par jour (137 francs) dans un pays où le salaire journalier moyen est de 9,50 francs à Manille et 5,50 francs dans les régions rurales.
Les paiements se font par Western Union ou Money Gram, voire les porte-monnaies virtuels comme Gcash, Maya ou GrabPay. Certaines plateformes de livestream comme LivU permettent d’offrir des cadeaux virtuels, ce qui peut servir de paiement.

Les Philippines sont un pays profondément catholique. Parler de sexe y est tabou, ce qui explique que les victimes dénoncent si rarement leurs abuseurs.

La publication de l’enquête ne fait que commencer. Six autres épisodes vont suivre:

Quelle surveillance des contenus sur les sites de rencontre et le dark web?
Comment soigner les victimes?
Qui est Ueli (prénom modifié), l’Argovien ayant abusé des trois enfants que nous avons rencontrés?
La pédophilie, une orientation sexuelle qui peut être mise en veille.
Quand la police joue à cache-cache avec les abuseurs.
Métier: chasseur de pédocriminels.

Suivez nos publications, sur notre site et dans notre newsletter quotidienne, le Point du jour.

☝️Et aussi: nous sommes un média d’investigation et de grands récits, sans publicité. Ce sont les abonnés qui nous font vivre. L’information a un prix, songez-y!

🪶 Cette enquête a été réalisée avec le soutien de la Fondation Brocher et de Action Innocence. Merci à eux!

Une introduction et deux épisodes publiés, six à venir

A propos de l'illustratrice

Photo article

Alyssa Babasa pour Heidi.news

Les dessins de cette enquête ont été réalisés par Alyssa Babasa, illustratrice et directrice artistique à Manille, aux Philippines. Outre cette commande sur un thème bien sombre, son travail s’inspire de ses souvenirs d’enfance, de la beauté et du chaos de sa ville, ainsi que de la nature imprévisible des chats. Elle aime explorer les espaces que nous habitons et s’interroger sur ce qui constitue un foyer. Ses œuvres plus personnelles oscillent entre le désir de grandir et celui de rester jeune.

Le site d’Alyssa (EN)

Il est temps de raconter le monde

Photo article

🦾 Plus besoin de journalistes? Si vous n’êtes pas d’accord avec ce robot (un clin d’œil signé Pitch Comment), soutenez-nous en vous abonnant!
Nous avons fait le pari d’un média indépendant, sans publicité, financé principalement par ses lecteurs. Chaque abonnement compte!

Je m’abonne

Découvrez les premiers éléments de l'enquête

Photo article

Alyssa Babasa pour Heidi.news

«Le prédateur argovien qui m’a plongée dans le monde de la pédocriminalité en ligne». Notre journaliste Julie Zaugg explique: «Les pédocriminels abusent désormais des enfants situés de l’autre côté du globe par livestream interposé. En tant que mère, il me fallait comprendre ce phénomène. J’ai découvert un univers sordide, fondé sur les inégalités socio-économiques et des images qui me hanteront à tout jamais.»

Introduction, libre accès

«Si tu me paies 6000 pesos, je peux baiser mon fils». Lani et ses trois cousins vivent dans une famille pauvre de Manille. Âgés de 6 à 14 ans à l’époque, ils ont été exploités sexuellement sur internet pendant plus d’un an, entre 2020 et 2021. Parmi les clients de ces vidéos pédopornographiques en pleine expansion figure un homme suisse de 57 ans, résident argovien.

Episode 1, libre accès

Comment les Philippines sont devenues l’épicentre mondial de la pédopornographie. Tout est parti d’une base militaire américaine. L’archipel asiatique accueille des touristes sexuels en quête de mineurs depuis plus d’un demi-siècle. Avec l’émergence des livestreams, ces pratiques se sont déplacées en ligne. Un mouvement amplifié par le Covid: les familles au chômage se sont mises à exploiter leurs enfants pour de l’argent facile.

Episode 2, pour abonnés

Vous avez aimé? Partagez:

Facebook Twitter Linkedin Instagram
b696e884-f624-429e-91a6-1af20f5cf9e3.png

Avenue du Bouchet 2
1209 Genève
Suisse